Renoncer à soi-même et prendre sa croix
22e dimanche A (Mt 16, 21 -27) Dimanche passé, Pierre a su dire...
7e dimanche Pâques A (Jn 17, 1 - 11)
L’évangile de ce jour nous invite à entrer dans l’intimité de la prière de Jésus. Prière que Jésus adresse à son Père. Prière qui nous révèle la profonde unité des relations des trois personnes divines. Prière merveilleuse qui nous fait entrer dans la proximité du Père du Fils et du St Esprit. La prière nous met en relation vivante et réelle avec Dieu. Enter dans la prière de Jésus, c’est un privilège insigne et un modèle exemplaire !
Jésus commence par demander à son Père de le GLORIFIER. Ce mot est étonnant. Nous n’en sommes pas familiers. Pour nous la gloire, c’est la renommée brillante, le prestige dont jouit quelqu’un d’exceptionnel. Dans notre monde où la télévision a malheureusement tant d’importance, la gloire se résume souvent à « être vu à la télé », quitte à y faire n’importe quoi… Mais dans la LANGUE DE JÉSUS, le mot gloire à une toute autre signification. LA GLOIRE EST CE QUI A DU POIDS. Est glorieux celui qui a du poids. Glorifier quelqu’un signifie donc lui donner du poids aux yeux des autres, i.e. de la valeur, de l’importance. Dans toutes les religions, on s’était fait une fausse idée de la gloire de Dieu. On imaginait que la gloire de Dieu devait ressembler à la gloire des hommes. Alors comme la gloire des hommes était d’avoir de riches habits, des colliers, des couronnes et des bagues de pierres précieuses, on imaginait que la gloire de Dieu était faite, elle aussi, de toute cette majesté qui signifiait à la fois la richesse et la puissance.
Mais la gloire de Dieu est tout autre. La gloire de Jésus, ce n’est jamais la puissance. Face à la névrose de puissance, Jésus s’abaisse jusqu’à ce qu’il y a de plus bas, jusqu’à s’effacer, à donner sa vie pour glorifier le Père aux yeux du monde ! Et ainsi, paradoxalement, par un renversement prodigieux, LA GLOIRE DE DIEU EST LA CROIX DE JÉSUS. C’est tout à fait étonnant ! A vue humaine, ce serait plutôt le contraire: la condamnation infâmante, les angoisses, les tourments, la torture, la mort après une longue agonie, entre deux brigands sous les sarcasmes des chefs religieux et de la foule, comment toute cette horreur pourrait bien porter le nom de gloire ? Et bien aussi paradoxal que cela puisse paraître, C’EST LA PASSION DE JÉSUS QUI DONNE DU POIDS À TOUTE SA VIE. C’est la Passion qui couronne et donne sens à toute la vie de Jésus. Nous, on aurait envie de réserver la gloire pour le beau jour de la Résurrection. Bien sûr que la Résurrection est glorieuse. Mais la gloire lumineuse de PÂQUES ne saurait être séparée de la gloire ténébreuse de la CROIX ! PÂQUES N’EST QUE LA CONFIRMATION TRIOMPHANTE DE L’HUMBLE ABAISSEMENT DE LA CROIX. Vous entendez bien comme c’est étonnant: On aurait envie de dire que c’est ce qui nous élève, ce qui nous porte aux nues qui nous glorifie. Jésus nous enseigne au contraire que la gloire ne se déverse que dans nos abaissements ! Ce mystère est grand. Il ne se comprend que dans la foi.
Et cela change beaucoup de choses. Particulièrement quant au sens de la souffrance. Pierre le dit dans la deuxième lecture : « Mes bien-aimés, si l’on vous insulte à cause du nom de Jésus, heureux êtes-vous, puisque l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose sur vous ». C’est quand même un grand mystère : LE POIDS, LA VALEUR DE NOTRE VIE, SE MESURE ULTIMEMENT À SON DEGRÉ DE PARTICIPATION À LA CROIX DE JÉSUS NOTRE SAUVEUR. Ainsi ce n’est plus le bien être qui est le BAROMÈTRE DE NOTRE RÉUSSITE, mais notre participation aux souffrances du Christ.
Pour notre monde hédoniste qui fait du plaisir le but de la vie, cela est évidemment très choquant. Il est clair que l’absence de souffrance peut nous donner un sentiment de légèreté, même d’apesanteur. Mais alors, dès que le vent se lève et souffle en bourrasque, nous sommes tristement emportés comme des feuilles d’automne, parce que nous n’avons pas ACQUIS, À TRAVERS LES ÉPREUVES, LE POIDS qui nous aurait permis de résister. On retrouve d’ailleurs cette même idée dans l’expression populaire : « il ne fait pas le poids ». Cela veut bien dire qu’il n’a pas été suffisamment éprouvé pour pouvoir affronter l’actuelle épreuve ou difficulté. Même dans l’éducation, certains en reviennent à l’importance de la frustration. Le fait de ne pas donner à l’enfant ce qu’il désire le frustre. L’enfant aurait bien aimé avoir ce qu’il désirait. Il est déçu affectivement de ne pas jouir de ce qui lui apparaissait comme un bien, par exemple de manger du chocolat avant le dîner. MAIS CETTE FRUSTRATION, LOIN DE LE TRAUMATISER VA AU CONTRAIRE L’AGUERRIR. Elle va lui donner du poids pour pouvoir, plus tard, faire face aux inévitables frustrations de la vie.
L’évangile nous enseigne à ne pas fuir ni maudire les épreuves qui semblent ralentir notre progression. Il s’agit de mettre tout notre effort à les vivre avec le Christ. AINSI NOS ÉPREUVES DEVIENNENT FÉCONDES ET DONNENT DU POIDS À TOUTE NOTRE VIE. Et par extension, du poids aux vies de ceux qui nous aimons.
Seigneur apprends-nous à reconnaître ce qui a vraiment du poids.
Tu as souffert sur la croix pour nous sauver.
Et ainsi le gibet de la honte est devenu le signe de la victoire sur la mort et le péché.
Seigneur, chacune de nos vies est parsemées de croix plus ou moins lourdes.
Seigneur, n’enlève pas ces croix, mais donne du poids à notre offrande.
Que notre gloire soit dans notre participation à ta rédemption.
Ainsi sera complété en nous ce qui est parfait en Toi.
Seigneur, quand nous aurons passé le rideau de la mort et que nous Te contemplerons dans ta gloire, alors tu seras glorifié en nous et nous serons dans joie et la paix.
Seigneur, dans le fond, j’ai l’impression que c’est le bonheur de vivre uni à Toi jusque dans nos croix qui fait la gloire du jour de notre mort !
Et si c’était le fait de mourir un peu à soi chaque jour qui donnait du poids à nos vies ?
Amen.
Père Jérôme Jean.