24.05.2013 | Férie du Temps ordinaire | Si 6,5-17 Mc 10,1-12

Homélies du Père Jérôme Jean

23 mars 2012 | 07h42

La gloire en forme de croix

5e dimanche ce Carême (Jn 12, 20-33)

«Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul…».

 

Ce qui s'avère vrai, bien sûr, pour le grain de blé, mais étonnement aussi pour une autre réalité pas liée au monde agricole. Pour bien comprendre cette image replaçons-la dans son contexte. Dans l’évangile de ce jour, Jésus est à Jérusalem. Nous sommes au moment de la Pâque. La dernière Pâque juive pour Jésus. Il vient d’entrer triomphalement dans la ville sainte. Mais l’étau se resserre: nombreux sont ceux qui veulent sa mort. Le climat d’opposition s’alourdit. Jésus entre dans le dernier temps de sa vie terrestre. Le dernier moment pour livrer une réflexion sur la mort, son sens et sa mystérieuse fécondité.

 

Alors Jésus déclare: «l’heure est venue pour le fils de l’homme d’être glorifié».

 

Soyons clair! L’heure dont parle Jésus est celle de la croix! celle du don, de l’abandon, l’heure ultime, l’heure de la mort. C’est la grande heure du passage. Et Jésus nous dit quelque chose de tout à fait étonnant, de paradoxal, de fou pour notre intelligence humaine: L’heure tragique de la croix, c’est l’heure de gloire!??

 

Ce qui signifie que l’heure de la croix et l’heure de la gloire sont identiques; c’est le même moment, la même réalité et c’est ahurissant!!!

 

Et pourtant c’est vrai! Sur la croix, Jésus est dans la gloire!

Disons-le franchement, avouons-le sans crainte, entre nous, que nous continuons hélas toujours à attendre une autre heure, une autre manifestation de Dieu. Nous rêvons, pour Dieu (comme pour nous) d’une autre gloire. Nous caressons le doux rêve d’une gloire éclatante de puissance et de superbe, quelque chose de balaise. Comment ne pas s'horrifier de cette gloire en croix, de ce corps suspendu, crucifié, élevé entre ciel et terre?

 

On ne peut voir Dieu, on ne saurait voir Dieu, ni Jésus, à une autre lumière qu’à celle de la croix. Car la Croix est le prisme nécessaire pour voir l’invisible. Elle est la lunette de la foi permettant de percevoir l’heure décisive. De fait, voici maintenant l’heure de la vision, celle où Dieu se donne à voir, où il révèle son amour absolu, un amour crucifié, un amour infini, un amour Don, Abandon.

 

Jésus est en vérité celui qui vient de Dieu et qui retourne à Dieu. Il vient de Dieu parce qu’il est le Fils de Dieu fait homme. C’est le mystère de Noël: Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. Et Jésus retourne à la maison du Père par le moyen de la croix, et de la mort sur la croix. Oh! le mystère du vendredi Saint. Entendez comme La croix devient ainsi le moyen de sa glorification, car c’est elle qui permet le passage du Fils au Père et du Père au Fils dans une communion de Dons infinis.

 

Voyez combien nous sommes loin de nos fausses grandeurs humaines de prestige et de puissance. Sur la croix, l’amour pur est nu, il est le grand Amour de Celui qui se donne. Le plus parfait se donne le plus humblement, le tout-grand se fait tout petit, tout proche, tout intime de nos souffrances et de la mort que nous redoutons tant. Sur la croix, Jésus donne sa vie pour nous faire vivre.

 

«Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perd; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle».

 

Ainsi pour Jésus, la vraie vie - quel étonnement! - c’est de mourir!

 

Car la vraie mort n’est pas la mort du corps, mais le refus de donner, c’est la fermeture stérile sur soi-même. La mort est orgueil et égoïsme, amour de soi jusqu’au mépris de Dieu. Au contraire, pour vivre en vérité il faut mourir, c'est-à-dire mourir à soi et ainsi faire de sa vie un DON. Pour entrer dans la vraie vie, il faut mourir ! Quel étonnement! Pour nous, Dieu meurt en nous donnant sa vie.

Autrement dit, la Loi de la vie est Loi d’amour. Et l’amour est don de soi jusqu’à offrir sa vie pour l’autre. Ainsi La vraie vie est-Elle don de soi.

 

Il est bien sûr trop clair que la mort est un mal et la souffrance l'est également. Mais Jésus sur la croix ne répond pas à la question philosophique du mal. Il vit sa mort comme une obéissance à sa condition d’homme. Il le fait par amour. Il accepte douloureusement la condition mortelle de l’homme. Et parce qu’il le fait ainsi, il en change le sens. La mort devient ce qui permet de donner du fruit, comme le grain de blé.

 

Augustin écrivait en ce sens que «par sa mort, le Christ nous a délivré de la mort: la mort l’a saisi, et il a tué la mort…Le Christ est la vie, et pourtant il a été mis en croix. Le Christ est la vie, et pourtant il est mort. Mais dans la mort du Christ, la mort est morte: en mourant, la Vie a tué la mort, la plénitude de la vie a englouti la mort, la mort a été absorbée dans le Corps du Christ.»

 

«Ô mort, où est ta victoire? Ô mort, où est ton aiguillon?»

 

Seigneur, ta Passion et ta Croix, ce ne sont pas
la victoire des ténèbres sur la lumière,
ce ne sont pas non plus la victoire de la haine sur l’amour,
ce ne sont surtout pas la victoire de la mort sur la vie.

 

Au contraire, ta passion, ta croix, sont lnstrument de ta victoire!

Victoire sur Satan et le mal qu’il représente.

 

Seigneur, tu as dit: «quand j’aurais été élevé de terre, j’attirerais à moi tous les hommes».

 

Oui, nous le croyons Seigneur Jésus, ton élévation sur la croix est le chemin qui nous conduit vers le Père.
Amen.

 

Père Jérôme Jean


Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée).

Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

Voilà, au plaisir de continuer à vous rédiger mes homélies.
Que Dieu vous bénisse!
Abbé Jérôme Jean Hauswirth

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