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Homélies du Père Jérôme Jean

20 juin 2012 | 21h05

La grandeur de l’effacement, comme la lune devant le soleil

St Jean-Baptiste (Lc 1, 57-68.80)

Parmi les enfants des femmes, nul ne s’est levé plus grand que Jean-Baptiste!

 

L’Eglise célèbre aujourd’hui avec joie la naissance de celui qui a désigné « l’agneau de Dieu ». Le plus grand prophète. La voix au service de la Parole. « Je suis la voix qui crie dans le désert ». Il est magnifique, avec Augustin, de comprendre Jean comme la voix. Vous le savez tous, on dit de Jésus qu’il est le Verbe, i.e. la Parole du Père. Il est la Parole de Dieu. Et vous le savez également, quand on parle, les cordes vocales vibrent avant que le son de la voix ne soit entendu. Eh bien, de même, Jean est la voix qui précède la Parole, cette corde vocale vibrant avant que Jésus se fasse entendre. Oui, il est vraiment la voix qui résonne avant la Parole de Dieu.

 

L’Eglise ne célèbre que trois naissances, celle du Fils de Dieu, celle de sa mère et celle de Jean-Baptiste. La nativité de ce dernier fut même célébrée dès le IVe siècle, bien avant celle de la Vierge Marie. Habituellement les saints ne sont fêtés que le jour de leur mort terrestre, celui de l’entrée dans la vie éternelle. Et voici que Jean-Baptiste fait exception puisque l'on fête le jour de sa naissance terrestre. L’évangile de la Visitation en donne la raison: Jean fut sanctifié dès le sein de sa mère. «J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom».

 

Relevons un fait astronomique intéressant. Selon le calendrier, Jésus est né au solstice d’hiver et Jean au solstice d’été. C’est-à-dire que Jean naît au sommet de la Lumière, au maximum de la clarté et donc au moment où les jours commencent à diminuer. Cela rend compte du fait qu’il est le plus grand des prophètes, et que la lumière était alors suffisante pour reconnaître l’Agneau de Dieu. Jésus naît, au contraire, au cœur de la nuit de l’hiver, au moment le plus sombre et donc aussi à l’exact moment où les jours commencent à augmenter. Ainsi Jésus apparaît comme la Lumière du monde devant qui les ténèbres de la mort et du péché reculent, alors que Jean s’efface devant plus grand que lui. Il convient donc que Jésus naisse dans l’obscurité qui recule et Jean dans le midi de la lumière qui s’efface.

 

Vous entendez ainsi l’extrême convenance des paroles de Jn: «Il faut qu’il grandisse et moi que je diminue» (Jn 3, 29-30). Les jours grandissent pour Jésus et les jours diminuent pour Jean.

 

La grandeur de Jean est paradoxale. Il est grand d’avoir reconnu sa petitesse. Sa grandeur, c’est l’humilité sincère. Celui que l’on célèbre à l’heure où les jours commencent à diminuer a su s’abaisser. Au point que Jean prétend n’être même pas digne de dénouer la sandale du Seigneur. Il n’est rien d’autre que la voix annonçant la venue du sauveur, une voix qui porte loin parce qu’aucun orgueil ne l'étouffe.

 

L’Eglise a fait coïncider la nativité de Notre-Seigneur avec le solstice d’hiver et celle de son Précurseur avec le déclin des jours d’été pour une raison supplémentaire. Pourquoi les 24 décembre et le 24 juin? Eh bien parce que cela fait 6 mois exactement de différence! Ainsi les paroles de l’ange à l’Annonciation révèlent à Marie que sa «cousine a conçu elle aussi un fils dans sa vieillesse et qu’elle en est à son sixième mois». La naissance du Précurseur précèderait donc effectivement de six mois celle du Seigneur auquel il avait mission de «rendre témoignage, afin que tous croient en lui» (Jn 1, 7).

 

Enfin, pour terminer de les comparer, Jean naît d’une vieille femme stérile, Jésus au contraire naît d’une jeune vierge. Les parents de Jean sont vieux, parce que Jean représente l’Antiquité, les temps anciens dont il est le sommet. La mère de Jésus est jeune, car par Lui le monde nouveau doit advenir.

 

La naissance de Jean rencontre l’incrédulité, celle de Jésus au contraire la foi de Marie puis de Joseph.

 

Jean meurt en martyr à cause du caprice d’une femme et de la cruauté d’un roi. Jean est mort parce qu’on voulait le faire taire. Jésus meurt pour la même raison. Mais alors que Jean fut la voix pour un temps seulement, Jésus est le Verbe, la Parole de Dieu pour toujours, éternellement.

 

Jean et Jésus, deux prophètes qui courtisent notre liberté pour que nous choisissions librement d’aimer à l’image et la ressemblance de Dieu, deux témoins pour nous faire avancer sur le chemin du bonheur. L’un désigne l’autre et s’efface, l’autre se donne sur la Croix, par amour, et demeure mystérieusement toujours présent.

 

L’amour se donne sans jamais reprendre. Le propre de l’amour est de s’abaisser.

 

Seigneur, aide-nous à la suite  de Jean-Baptiste à désigner prophétiquement la présence de l’Agneau de Dieu parmi nous.
Que nos yeux s’ouvrent à l’invisible, à ce qui est caché, mais toujours présent au milieu de nous.

Amen

 

Père Jérôme Jean


Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée).

Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

Voilà, au plaisir de continuer à vous rédiger mes homélies.
Que Dieu vous bénisse!
Abbé Jérôme Jean Hauswirth

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