Homélies du Père Jérôme Jean

14 avril 2011 | 14h36

La résurrection de Lazare - Homélie du Père Jérôme Jean pour le 5e dimanche de Carême

 « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi ne mourra jamais »
 
Il ne faut pas lire la Parole de Dieu. Ce n’est pas une information. Il faut l’écouter. Dieu parle. Et ce qui authentifie la qualité de l’écoute, c’est le fait de vivre la Parole. La Parole écoutée trouve ainsi son accomplissement quand elle est mise en pratique.
 
Le récit de la résurrection de Lazare est un évangile dont le but est de nous présenter Jésus comme vainqueur de la mort. Jésus, le Vivant, plus fort que la mort. Jésus, capable même de réveiller un mort qui sent depuis quatre jours. Le sommet de notre page d’Évangile est sans doute dans cette affirmation : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi ne mourra jamais ». Ainsi, il nous est dit que par la foi, nous pouvons prendre part à la victoire de Jésus sur la mort. C’est d’ailleurs-là le but clairement avoué par Jésus : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé…si j’ai parlé, c’est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé. »
 
Que Dieu soit le vainqueur de la mort, cette idée avait déjà fait du chemin dans l’ancien Testament. Dans son apocalypse, Isaïe attend de Dieu qu’il fasse disparaître la mort à tout jamais, qu’il essuie les pleurs sur les visages (Is 25, 8). Dans le même
sens, le livre de Daniel prévoit que les morts se réveilleront pour la vie ou pour la mort éternelle (Dn 12, 2). Mais c’est surtout la vision d’Ézéchiel entendue en première lecture sur les ossements desséchés qui nous intéresse car elle apporte le plus à notre propos. Le prophète comprend que ces ossements représentent le moral du peuple qui est au plus bas. Les gens disent : « Notre espérance est détruite, c'en est fait de nous ». Alors la promesse de Dieu leur est adressée : « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir... Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ».
Cette image magnifique est celle du rétablissement d’Israël après la catastrophe de l’exil en Babylone. En clair, c’est une image du peuple d’Israël qui recommence à espérer après l’exil. Plus qu’une annonce de la résurrection des corps, cette image
est signe de la « résurrection du cœur ».
 
Certainement que l'histoire de Lazare a été écrite dans le même sens pour nous dire à peu prêt ceci : il y a une résurrection du corps mais il y a aussi une résurrection du cœur. La résurrection du corps aura lieu « au dernier jour ». Mais la résurrection du
cœur peut se produire chaque jour !
 
Entendez comme l’Évangile va au-delà d’une simple espérance portée sur un lointain futur : on voit déjà se réaliser « ici et maintenant » la résurrection et la vie pour ceux qui croient en Jésus. Car celui qui croit en Jésus possède déjà une part de ces dons de la fin des temps. Il possède déjà une vie sans fin que la mort physique ne peut détruire. C’est que dit la lettre aux Hébreux : « Or la foi est la garantie des biens que l'on espère, la preuve des réalités qu'on ne voit pas ». Ainsi, il nous est rappelé que la foi est comme une « possession anticipée » et une « connaissance assurée » des réalités célestes. Pour le dire encore autrement : en Jésus, le salut est réellement présent et celui qui choisit de s’y associer est déjà vainqueur de la mort et il ne peut
plus être livré aux puissances de la mort.
 
« Moi je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même si il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « oui Seigneur, tu es le Messie, je le crois ; tu es le Fils de Dieu, celui qui
vient dans le monde ». Ayant dit cela, elle s’en alla appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. »
 
Aujourd’hui Dieu se propose à nous. Il veut faire alliance avec chacun personnellement. C’est une alliance d’amour. La foi est proposée. Le saut de la foi est ce qui dispose à entrer dans l’alliance. Et la récompense promise, c’est la vie éternelle au-delà du dernier jour et l’espérance certaine déjà ici et maintenant d’être uni à Dieu en toutes choses.
 
L'histoire de Lazare devrait être entendue comme le son anticipé des cloches de Pâques. Elle est une hymne à l’espérance. Alors que d’ordinaire les paroles d'encouragement laissent derrière elles le même terrain qu'elles ont trouvé, ici, le fait d’appeler Jésus, comme le firent les sœurs de Lazare, change tout : le mort retrouve la vie, le désespoir s’efface et fait place à l’espérance. Ce retournement radical a été rendu possible par présence de Jésus et la foi qui comme notre consentement à son action.
 
Seigneur,
Tu es de Dieu de la vie, le Dieu des vivants.
Tu poses des signes extraordinaires pour nous disposer à la foi.
 
Je veux te prier pour tous ceux qui désespèrent et qui sont incapables de prier.
Je veux te prier pour tous les Lazare enfouis dans la nuit de la tombe.
Il faut faire quelque chose pour eux. On ne peut pas les laisser ainsi.
Que leur cœur ressuscite !
 
Seigneur,
Rien ne t’est impossible.
Amen.
 
Père Jérôme Jean


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