Son cœur veille dans l'unique désir d'accueillir le Maître quand il viendra, sans le faire attendre, l’accueillir au nom de tous ceux du dedans. (Photo: SXC/Csaba Szilvási) 1er dimanche Avent B (Mc 13, 33 - 37)
Voici une nouvelle année liturgique qui commence! Année après année, le temps s’écoule, silencieusement. Inexorablement. Et chaque instant nous rapproche du grand rendez-vous: la venue définitive de Jésus. Bien sûr, nous sommes dans l’incertitude quant à l’heure où le Maître reviendra. Néanmoins, ce qui serait beau, c’est qu’à mesure qu’il se rapproche de la terre, nous nous rapprochions du Ciel.
Ainsi, chacun ferait un bout du chemin. Ainsi serions-nous en route l’un vers l’autre, comme des partenaires, comme des amis. Ce qui serait triste, c’est qu’à mesure qu’il se rapproche de la terre, nous dormions toujours plus profondément, assoupis et usés par la longue attente, comme des paresseux, comme les disciples à Gethsémani. Dans le fond, la terre et le ciel ne sont séparés que par un voile. Un voile tout fin qui va se déchirer un jour. Et alors ce sera le dernier jour. Alors nous verrons Dieu tel qu’il est!
Il est un homme dans l’évangile de ce jour qui a un rôle particulier: le portier. Une mission lui a été confiée: il doit veiller. Qu’est-ce que ce portier qui veille pendant que les serviteurs s’affairent à leur ouvrage? Le portier est un homme dans une position toute particulière, située à la frontière entre deux espaces, l’intérieur et l’extérieur, entre l’intérieur où il se trouve et l’extérieur où il pose son regard. Il partage ainsi sa vie avec ceux du dedans, il mange à leur table, il discute avec eux, mais son travail, sa tâche particulière est de regarder dehors, vers l’extérieur. Son attention est tournée vers le dehors, vers l’horizon, un horizon d’où le Maître peut surgir à chaque instant. Le portier est donc celui dont le regard scrute l’invisible. Son cœur veille dans l'unique désir d'accueillir le Maître quand il viendra, sans le faire attendre, l’accueillir au nom de tous ceux du dedans.
Ce portier, veilleur, sentinelle du matin, c’est d’abord Pierre dans le groupe des Douze. Pierre, le pape Benoît et les évêques sont les premiers responsables de la vigilance de tout le peuple de Dieu. Mais ce portier c’est aussi un peu chacun d’entre-nous…Nous avons tous à être vigilants, à être des veilleurs guettant la venue du Maître et des éveilleurs pour réveiller les serviteurs assoupis par la digestion difficile.
Voilà qu’une question se pose: comment fait-il ce portier-veilleur pour que son attention ne se relâche pas. Cela doit être terriblement difficile; il regarde depuis si longtemps et rien ne semble, en apparence, venir. Je pense qu’il tient le coup, qu’il est fidèle, parce qu’il est habité d'un immense désir. Paradoxalement l’absence nourrit son attente. Elle creuse le désir. Son immense désir est un peu comme une possession latente. La merveille de la fidélité de ce portier s’explique par le verset entendu dans la première lecture: «Tu viens à la rencontre de celui qui pratique la justice avec joie et qui se souvient de toi en suivant ton chemin». Cette phrase tout à fait étonnante dit deux choses: D’abord Dieu est en chemin vers l’homme. Il n’est pas immobile, statique dans le Ciel, regardant sa création comme du dehors. Non, il vient à la rencontre, il est en route. C’est un Dieu en mouvement vers celui qui pratique la justice avec joie, i.e. celui qui garde les commandements que Dieu a prescrits. Ainsi Dieu s’approche du juste, et le juste se rapproche de Dieu. Mais alors que Dieu est en marche vers l’homme en s’abaissant, l’homme marche vers Dieu non pas en regardant en haut, en regardant devant, là où Dieu n’est pas encore, mais bien au contraire, et cela est tout à fait étonnant, l’homme est en marche vers Dieu…en se souvenant!!!
Il s’agit donc, pour avancer… de faire mémoire, de se rappeler. Quel étonnement! c’est donc en regardant derrière que l’on avance le plus sûrement! Relisons: «Tu viens à la rencontre de celui qui pratique la justice avec joie et qui se souvient de toi en suivant ton chemin». Dans la vie de tous les jours, celui qui veut avancer en regardant derrière lui celui-là a toutes les chances de tomber très rapidement. Mais dans la vie spirituelle, celui qui veut avancer doit faire mémoire. Il doit se rappeler les promesses faites par Dieu. Il doit se rappeler sa fidélité de toujours. Il doit écouter la voix qui a retentit du passé et qui veut le rejoindre dans son présent. Il doit obéir à cette voix, «parce que lui obéir, c’est s’approcher de lui» comme le disait Newman.
Soyons clairs: l’homme qui avance ainsi est un homme qui marche vers l’inconnu. Il ne sait pas où il va. Il ne connaît pas le chemin. Le chemin se dessine à mesure qu’il avance, mais la direction, elle, vient de derrière, du passé. Un proverbe africain le dit très bien, «si tu veux savoir où tu vas, rappelle toi d’où tu viens».
Le grand malheur aujourd’hui est que l’on risque de ne vivre plus que dans le présent, dans la jouissance du présent, dans le profit à court terme, comme si l’avenir ne se préparait pas. Comme si le passé n’avait plus rien à nous enseigner. Lundi dernier Monseigneur Bruguès donnait une conférence à Sion. Il parlait de l’importance de l’écologie chrétienne et du développement durable dans la pensée du pape Benoît, dit le «pape vert». En clair, si nous ne changeons pas notre regard et notre manière de vivre, nous allons détruire la Nature qui nous a été confiée. L’homme ne peut pas consommer toujours plus en sacrifiant son environnement. Pour l’archevêque émérite d’Angers, nous devons retrouver un art de vivre ensemble, entre l’homme et la Nature, qui respecte l’Alliance voulue par le Créateur, sans domination écrasante de l’homme sur la création. Ainsi, l’écologie doit-elle être d’abord éthique avant d’être technique. Aujourd’hui l’homme est fasciné par les prouesses techniques. Cette fascination le paralyse, car il attend tout de la technique. Mais la technique dirige le monde comme un cheval fou. L’homme doit retrouver ses repères éthiques et comprendre la Nature comme une famille, avec des solidarités dans le présent (partage / justice) et dans les générations (consommation). En une phrase: «Si tu veux construire la paix, protège la création»: c'était aussi le titre du message de Benoît XVI pour la 43e Journée mondiale de la Paix, le 1er janvier 2010.
Soyons réalistes sans tomber dans le pessimisme, la Sagesse du passé n’est plus écoutée. L'homme occidentale ne sait plus d’où il vient ni où il va. Le désir d’un avenir éternel, d’une rencontre personnelle avec son créateur et sauveur, ce désir n’est plus alimenté. C’est peut-être pour cela que l’homme contemporain désespère si souvent, ne sachant plus d’où il vient, ne cherchant pas à savoir où il va, il jouit anxieusement dans un présent qui n’a plus de sens, plus de direction.
Seigneur, apprends-nous à rester éveillés, aides-nous à être vigilants, comme le portier-veilleur, vivant au-dedans, scrutant au-dehors.
Seigneur, creuse notre désir, afin que notre attention ne flanche pas.
Seigneur, tu viens à la rencontre de celui qui se souvient de toi; et celui qui se souvient, celui-là marche sur ton chemin.
Seigneur nous attendons ta venue dans la confiance et la joie, parce que nous croyons que ta venue est certaine, comme celle de l’aurore.
«Jésus est en agonie jusqu’à la fin du monde: il ne faut pas dormir durant ce temps-là». Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure.
Amen.
Père Jérôme Jean
Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée).
Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.
Voilà, au plaisir de continuer à vous rédiger mes homélies.
Que Dieu vous bénisse!
Abbé Jérôme Jean Hauswirth
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