Homélies du Père Jérôme Jean

03 mai 2011 | 17h07

Les disciples d’Emmaüs - 3e dimanche de Pâques A (Lc 24, 13 - 35)

Comment reconnaître Jésus? Comment faire l’expérience que Jésus est vivant ?

Les pèlerins d’Emmaüs ont beaucoup à nous apprendre. Parce qu’ils ont reconnu Jésus.

 

Nous pouvons retenir trois moments importants dans cette profonde histoire.

 

D’abord, relevons que  ces deux hommes sont tristes et découragés. Ils tournent le dos à Jérusalem. Ils fuient loin de leurs échecs. Leur espérance est brisée : ils attendaient un libérateur pour le peuple d’Israël.Ils attendaient une délivrance, et au lieu de cela, leur leader est mort, misérablement sur une croix.

Je pense qu’il en est souvent de même pour nous. Dieu s'engouffre par la porte de nos déceptions et de nos tristesses pour nous rejoindre. Dans la mesure où nous reconnaissons notre faiblesse, notre fragilité, Dieu peut venir nous relever, nous sauver. Il ne peut pas y avoir de sauveur s'il n'y a personne à sauver.

C’est pour cela qu'il est si important de commencer par dire à Dieu où nous en sommes dans notre vie, lui dire ce qui fait mal, ce qui fait souffrir et ce qui manque. Tout commence donc par ces simples paroles que nous lui adressons. Il s’agit de faire de Dieu, progressivement, notre confident, notre ami, celui avec qui nous partageons nos peines d’abord, nos joies ensuite.

De même que l'on se confie à nos amis, de même faut-il se confier à Dieu. Comme les disciples d'Emmaüs, dans un premier temps, confions-nous à Dieu pour le reconnaître.

 

Mais vous l’avez entendu, ce n’est pas encore suffisant pour le reconnaître. Il ne suffit pas de dire à Dieu notre peine; prier, ce n’est pas « ressasser nos malheurs », mais se mettre en relation avec quelqu'un. Les disciples ont relu leurs soucis, leurs déceptions, à la lumière des écritures. Il en va de même pour nous. Il nous faut concrètement prendre l'habitude de relire notre vie, nos joies et nos peines, à la lumière de la Parole de Dieu, à la lumière de la Bible.

Nous croyons que la bible est beaucoup plus qu’un livre. Elle est la Parole de Dieu, elle est Dieu qui nous parle dans notre aujourd'hui. Ainsi, pour accueillir le sens caché de nos épreuves, faut-il nous mettre à l'écoute du Seigneur là où il nous parle, à savoir dans les écritures. Beaucoup de vies de saints témoignent que, dans l’humble écoute de la Parole, Dieu se révèle en se donnant.

Dans un deuxième temps donc, relisons notre vie, notre épreuve, à la lumière de la parole de Dieu. Ce qui ne suffit toujours pas pour le reconnaître, une autre chose encore s'impose.

 

A la fraction du pain, vous l'avez entendu, les disciples l’ont reconnu. La fraction du pain, c’est l’eucharistie, c’est la messe à laquelle vous participez aujourd’hui.
Oui, nous croyons que Dieu se donne réellement dans le pain et le vin. Ce n’est pas une image. Plus qu’un signe, c'est une présence réelle ! Voilà le troisième et dernier temps pour reconnaître Dieu, aller à la Messe et communier au corps du Christ. De même que Dieu a donné sa vie sur la croix il y a deux mille ans, de même il se donne aujourd’hui sur l’autel, lors de la messe. Le catéchisme nous le dit: « Le sacrifice de la croix et le sacrifice de l’eucharistie sont un unique sacrifice ».

C’est extraordinaire ! C’est une merveille ! Avec les disciples nous avons envie de dire à Jésus: « reste avec nous, le soir approche, et déjà le jour baisse ». Jean-Paul II commentant ce verset disait que « aux disciples d’Emmaüs qui demandaient à Jésus de rester avec eux, ce dernier répondit par un don beaucoup plus grand : il trouva le moyen de demeurer en eux par le sacrement de l’eucharistie ». Dieu comble ainsi notre plus grand désir, notre plus grande faim, celle d'être unis à lui. La communion nous est donnée pour nous rassasier de cette faim sur la terre dans l’attente qu'elle soit totalement comblée au Ciel.

 

En conclusion, il n’est pas facile de reconnaître Jésus. Il faut d’abord se laisser rejoindre dans la souffrance, dans les désillusions et autres désespérances. Il faut ensuite, avec son aide, relire nos croix à la lumière de sa Parole. Il faut enfin, progressivement, le laisser entrer réellement au plus intime de nous-même.

 

Par ce pauvre corps
qui ouvre la bouche,
par ces lèvres
qui disent amen,
disposant ainsi l’âme
à recevoir celui qui veut se faire connaître
pour nous combler parfaitement.
    
Dieu nous a donné deux tables pour refaire nos forces.
La table de la Parole et la table de l'Eucharistie.
Nous ne pouvons pas cheminer jusqu’à lui sans y refaire nos forces.

C’est l'Eucharistie
illuminée par la parole
qui éclaire nos vies
et en dévoile le sens caché.
Amen

 

Père Jérôme Jean


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