Le plus grand commandement
30e dimanche A (Mt 22, 34 - 40) «Quel est le premier de tous...
28e dimanche A (Mt 22, 1 -14)
«Le royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils»
L’image du repas de noces est fameuse dans les deux Testaments. Déjà dans le Premier, chez Isaïe: «Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t’a construite t’épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu» (Is 62,5). Cette image signifie et la proximité de Dieu et son Amour. Et bien sûr dans le Nouveau Testament, Jésus va accomplir parfaitement cette image. Jésus se présente et comme l’Epoux (s’arrogeant ainsi la place réservée à Dieu) et comme étant non seulement celui par qui Dieu réalise son Alliance définitive, mais surtout celui qui est lui-même (en personne) cette Alliance. Bref, depuis que l’homme était devenu sauvage en sortant du premier jardin, le projet de Dieu a toujours été de «faire alliance» avec sa créature. Alliance d’amour, de paix et de réconciliation. Alliance qui se propose à notre libre arbitre pour pouvoir – ou non – prendre part à la vie même de Dieu.
La parabole de ce dimanche, par les contrastes qu’elle met en évidence, nous enseigne des réalités essentielles. D’abord une surprise: alors que tout est prêt, alors que la viande est grasse et que de bonnes bouteilles sont débouchées… stupéfaction: les invités refusent de venir! Chacun d’eux veut poursuivre ses occupations propres (commerciales/agricoles/matrimoniales). Certains même passent leur mauvaise humeur en frappant et tuant les serviteurs venus les inviter. C’est absolument ahurissant!!! Mais voilà que l’on peut s’interroger: quels sont les motifs profonds pour lesquels les invités refusent de venir?
Ils sont aveuglés par l’orgueil, ils n’ont absolument pas compris le sens de l’invitation qui leur est adressée. Le roi ne les invitait pas à manger et à boire pour les déranger dans leur travail. Au contraire, le roi les invitait à prendre part à une alliance, à un engagement devant lequel il fallait des témoins et des amis pour communier à cette «Bonne Nouvelle». Mais voilà, les invités n’ont aucune envie de partager la joie d’un roi pour lequel ils nourrissent plutôt du mépris, du ressentiment, voire de la haine. Ils ne viennent donc pas d’abord parce qu’il n’aime pas le roi et ensuite parce que ce qui réjouit le roi les attriste (et ce qui attriste le roi les rend contents). Ainsi la raison première de leur absence est un manque d’amour ne les faisant pas communier à ce qui réjouit le roi.
Si nous prenons le temps de lire l’Evangile de Luc, on découvre précisément les raisons qui justifient ce refus. «J’ai acheté un champ, et je suis obligé d’aller le voir… j’ai acheté cinq pairs de bœufs, et je pars les essayer… Je viens de me marier, et pour cette raison, je ne peux pas venir» (Lc 14, 18 -20). Nous comprenons qu’ils avaient tous quelque chose d’urgent à faire. Et c’est là le nœud. Ces hommes ont confondu l’urgence de leur quotidien et l’importance de leur vie. Ils avaient des choses urgentes à faire et cela les a aveuglés au point de ne plus distinguer ce qui est vraiment important. Et là, pour le coup, c’était vraiment important! Le banquet représente les biens messianiques, la participation au salut, bref la possibilité de vivre pour l’éternité.
Combien de fois, dans l’ordinaire de nos vies, n’avons-nous pas fait la même faute? Nous avons confondu l’urgence et l’importance. Dans la vie spirituelle, typiquement, au moment même où l’on avait prévu de donner un peu de temps à Dieu, voilà que tout à coup, un truc urgent nous traverse la tête. Et bien souvent, nous avons là une excuse toute trouvée pour négliger le bon Dieu et la prière. Ainsi l’évangile de ce jour nous invite-t-il concrètement à établir des priorités pour ne pas nous laisser déborder par les urgences et tendre fermement vers ce qui est vraiment essentiel. C’est-à-dire vers ce qui fondamentalement seul a du sens!
Cet échec cependant ne décourage pas le roi, qui tient absolument à ce que la salle de noce soit remplie. C’est la merveille d’un Dieu qui se sert toujours de nos échecs pour faire avancer quand même son plan. Puisque ceux qui étaient invités de longue date n’ont pas voulu répondre à l’appel, le roi se tourne vers le «tout-venant» de ses sujets. Il envoie ses serviteurs «à la croisée des chemins», les chargeant d’inviter tous ceux qu’ils rencontreraient, sans faire de tri entre «les mauvais et les bons». Le plan fonctionne puisque la salle de noces fut remplie de convives. En clair, puisque le peuple élu s’est montré indigne, alors la table s’ouvre aux païens de tous bords. Pour le dire autrement: puisque le petit reste des hommes de la Première Alliance a rejeté le Messie, alors ce sont la multitude des pauvres hommes en attente de la Révélation, errant sur des chemins sans issue du péché et de la mort, ce sont ces pauvres-là qui sont invités par substitution aux noces éternelles.
Le récit aurait pu se terminer ici - comme c’est d’ailleurs le cas dans l’Evangile de Luc - annonçant que l’échec de la prédication de Jésus auprès des juifs, ouvrirait aux nations les portes du Royaume. Mais voici que Matthieu fait mémoire d’un troisième volet, tout à fait inattendu, de la parabole: après le refus des invités de la première heure (1), l’accueil improvisé des passants (2), voici maintenant l’épisode du vêtement de noce (3): «Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce?». Ce vêtement de noce paraît très important puisque le fait de ne pas l’avoir exclu du cercle des invités.
Augustin rédige un beau commentaire de ce passage. Il s’interroge d'abord: «Qu’est-ce donc que cette robe nuptiale?» Et le grand saint de scruter les écritures, interrogeant les apôtres et tout à coup, Paul dans sa lettre au Corinthiens chapitre 13 de lui répondre: «Quand je parlerais les langues des hommes et des anges … Quand j'aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j'aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes… Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien».
Ainsi, le vêtement de noce, c’est la charité! C’est l’amour! La voici cette robe nuptiale que nous cherchions! «L’amour prend patience, l’amour rend service, l’amour n'est pas envieux ni jaloux; l’amour ne se gonfle pas d’orgueil; il ne fait rien d'inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas, ne tient pas compte du mal; il ne se réjouit pas de l'injustice, mais il met sa joie dans la vérité. Il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. L’Amour ne passera jamais» (1 Co 13, 1 - 8).
Merci Seigneur parce que «chaque jour tu viens au devant de ton Epouse pour la combler de ta présence et lui redire ces paroles de feu: “Tu seras ma fiancée, et ce sera pour toujours. Tu seras ma fiancée, et je t’apporterai la justice et le droit, l’amour et la tendresse; tu seras ma fiancée, et je t’apporterai la fidélité, et tu me connaîtras” (Os 2, 21).
Heureux les invités au festin du Royaume! «Soyons dans l'allégresse et dans la joie, rendons gloire à Dieu, car voici les noces de l'Agneau, et son épouse s'est faite belle: on lui a donné de se vêtir de lin d'une blancheur éclatante -- le lin, c'est en effet les bonnes actions des saints. Puis il me dit: "Ecris: Heureux les gens invités au festin de noce de l'Agneau» (Ap 19, 7).
Oui, heureux les invités au repas du Seigneur, voici venir maintenant l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
Amen.
Père Jérôme Jean