Partager la Parole - Homélie du P. Miserez
Chacune de nos histoires est tissée de moments inoubliables et souvent...
32e dimanche A (Mt 25, 1 -13)
«Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure»
Nous sommes au chapitre 25 de St Mathieu. Le contexte est dramatique: Jésus est à quelques jours de sa mort, violente, suspendu au bois de la croix. Il vient de se «bagarrer» avec les pharisiens. Maintenant, cela sent le fouet et le procès. Les adversaires de Jésus ont décidé de le tuer, comme d’ailleurs ils avaient déjà tué autrefois tous les prophètes (Mt 23,34-37). Bref, nous sommes à la fin, à l’intérieur du cinquième et dernier enseignement de Jésus: «le discours eschatologique» (discours sur les fins dernières). Des images fortes sont données pour comprendre les évènements de la fin des temps, ce moment extraordinaire où l’infini rencontrera le fini, où Dieu se révèlera définitivement à l’homme et à toute la création.
Jésus parle à nouveau en parabole pour nous enseigner l’importance de la vigilance (et de la prévoyance): «veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure».
Les dix vierges du récit représentent la communauté des hommes qui est dans l’attente de la venue du Christ en sa gloire. Elles sont vierges car elles attendent l’Epoux pour s’unir à lui, disposition importante signifiant l’attente et le désir d’être comblé. Cette image nuptiale nous est familière, elle traverse les deux Testaments exprimant l’Amour de Dieu pour l’homme. Et Jésus, le Fils de Dieu, est l’Epoux qui veut s’unir à l’Eglise-Epouse. Concrètement, il s’agit d’une Alliance d’Amour proposée à chacun de nous. Tous nous sommes aimés au point que Dieu veut s’unir à nous pour toujours!
Dans notre récit, les vierges sont dix, un chiffre qui représente une plénitude. Cinq sont insensées parce qu’elles n’ont pas pris assez d’huile; cinq autres sont prévoyantes car elles ont pensé à cette précaution. Selon les hommes, les prévoyantes sont plus que simplement sages, elles ont une certaine intelligence de la volonté de Dieu et de son projet. Elles ont conscience de l’urgence de l’heure et elles agissent en conséquence. Quant aux vierges folles, elles ne manquent pas seulement d’esprit, mais surtout de foi. Plus que de belles écervelées, elles sont mécréantes et impies, elles méconnaissent Dieu et sa volonté. Entendez bien! le fait de ne pas prendre assez d’huile, plus qu’une distraction sans gravité, c'est une très mauvaise attitude spirituelle.
Car l’huile représente l’Esprit Saint. Ainsi, posséder de l’huile en suffisance veut dire être rempli de l’Esprit du Seigneur. St Paul nous donne la liste des caractéristiques des fruits de l’Esprit, par eux, précisément, l’on peut reconnaitre l’Esprit Saint vivant en nous. Il s’agit, entre autres, de l’amour (un don de soi pour le bien des autres), la joie, la paix, la patience, la bonté, la foi et la maîtrise de soi (Ga 5, 22 -26). Qui manque de ces caractéristiques du fruit de l’Esprit devient impatient, se renferme sur lui-même, accorde des compromis et ne parvient pas à discerner la vérité de l’erreur. Selon le langage de la parabole, ils laissent leurs réserves d’huile diminuer et s’épuiser. Bref, ils sont à côté de la plaque!
Et voilà, quel étonnement! l’Epoux est en retard. Non pas qu’il est resté croché au bistrot du coin, mais bien qu’il doit marchander avec son beau-père pour arranger l’affaire et les cadeaux à offrir à la famille de sa femme. Cette image de marchandage sans fin est typique de la Palestine, elle se retrouve logiquement dans la parabole. Ainsi comprend-on bien le sommeil des demoiselles d’honneurs… et leur lampe qui brûle l’huile pendant leur sommeil… pendant leur longue attente…
«Savez-vous ce qu'est attendre un ami, attendre qu’il vienne et le voir tarder? Veiller dans l’attente du Christ est un sentiment qui ressemble à celui-là. Nous devons non seulement croire, mais veiller; non seulement aimer, mais veiller; non seulement obéir, mais veiller. Mais pourquoi veiller? - Pour ce grand événement qu'est la venue du Christ. (Newman)
Puis vient l’heure de la rencontre. Une voix anonyme crie et déchire la nuit: «voici l’époux». A coup sûr, ce cri surprend tout le monde. Personne ne l'attendait plus et, de fait, il vient à l’heure où l’on n’y pense pas (Mt 24, 44). Quand tout le monde dort… vint la minute de la rencontre, quand l’éternité déchire le temps et le fait crier «Voici l’Epoux!». Et les vierges de dormir… car l’attente a été trop longue. Toutes ont été infidèles et ont dormi! Personne n’est resté veiller. Un peu à la manière des disciples à Gethsémani, accablés de fatigue. Or, le Seigneur pardonne cette sorte de fatigue, car le sommeil n’est pas coupable. «Je dors, mais mon cœur veille» dit le Cantique des Cantiques (Cantique 5, 2). Ou encore: «Dieu comble son bien-aimé quand il dort» (Psalmiste).
«Les insensées demandèrent aux prévoyantes: donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. Les prévoyantes répondirent: jamais cela ne suffira pour nous et pour vous». Ainsi nous assistons au désarroi des impies, à leur panique au moment crucial. Mais il est trop tard. Tout se joue en amont, juste avant l’arrivée de l’Epoux. Fondamentalement, il s’agit de se montrer prévoyant plus encore que vigilant, d’avoir fait une réserve d’huile avant l’arrivée de l’Epoux, en clair, d’être rempli de l’Esprit Saint avant le retour définitif de Jésus dans sa gloire. Entendez bien: pas seulement veiller sa venue, mais être rempli de l’Esprit au moment de la venue!
La pointe du récit est cette séparation qui s’opère entre les deux groupes de vierges. Les prévoyantes sont prêtes au moment venu et les insouciantes sont incapables de participer au cortège de la fête. Le jour du jugement sera ainsi, une séparation juste entre ceux qui sont unis à Dieu et ceux qui sont séparés de Lui.
Avec l’arrivée de Jésus, la fin des temps a commencé. Chacun de nous est invité à participer aux noces de l’agneau. Nous sommes tous invités. Attention toutefois, ce qui dispose de pouvoir prendre part n’est pas l’invitation, mais le niveau d’huile de nos lampes, à savoir l’Esprit qui est en nous. Cette allégorie de la parousie est aussi allégorie du jugement dernier. Les temps derniers sont tout proches. L’urgence est à la conversion. Le jugement final pourrait bien exclure ceux qui sont insensés et qui ne donnent à Dieu (et son Verbe fait chair) qu’une place accessoire.
Car «ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté du Père» (Mt 7, 21-23).
Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. De cette terrible sentence il ressort tout le sérieux de notre liberté humaine. Ce n’est pas pour rire que nous avons été aimés. A ceux qui s’obstineront à faire comme il leur plaît, Jésus déclare: «Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité» (Mt 7, 23). Ces gens ne seront pas invités aux noces, parce qu’ils ne seront pas prêts lorsque l’époux arrivera. La porte du banquet se refermera, et ils resteront dehors, en implorant qu’on les laisse entrer! Les questions que nous devrions nous poser sont: Où serons-nous lorsque la porte sera fermée? Serons-nous assis à l’intérieur avec Jésus-Christ, ou serons-nous dehors – désillusionnées et désappointés (Mt 24, 51)?
La parabole des dix vierges contient des leçons extrêmement importantes et pertinentes, spécialement destinées à ceux qui vivent à la fin des temps. Dieu a inspiré ces avertissements dans notre intérêt, parce qu’Il nous aime et parce qu’Il veut que nous fassions partis de Ses prémices, dans Son Royaume à venir. Nous devons tenir compte des avertissements et apprendre les leçons de cette parabole importante, pour ne pas perdre notre récompense!
Seigneur, avec le secours de ta grâce, nous voulons veiller de tout notre cœur, de toute notre force de toute notre âme.
Nous voulons veiller à entretenir en nous le don de Dieu, la sagesse qui permet de lire les signes des temps, d’entendre la voix qui annonce la venue de l’époux.
Seigneur, tu appelles au don total de soi, un don que seul l’Esprit du Christ peut réaliser en nous.
Seigneur, nous voulons enfin te dire le cœur rempli de l’espérance qui ne déçoit pas: «Nous proclamons ta mort Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire». Amen.
Père Jérôme Jean
Bien
Merci Jérôme Jean pour ce texte. Il a le mérite de remettre les idées en place.