01.11.2014 | Tous les Saints - Solennité | Ap 7,2-4.9-14 1Jn 3,1-3 Mt 5,1-12a

Homélies du Père Jérôme Jean

16 août 2011 | 17h10

Ou Jésus est Dieu, ou il est le roi des sabrés du bocal

J’aime contempler l’image du sillage d’un beau navire sur le clair océan pour dire ce qu’est Pierre pour nous catholiques. (Photo: Ariel da Silva Parreira) J’aime contempler l’image du sillage d’un beau navire sur le clair océan pour dire ce qu’est Pierre pour nous catholiques. (Photo: Ariel da Silva Parreira)

21e dimanche A (Mt 16, 13 - 20)

 
Dans l’évangile de ce jour, nous sommes dans «la région de Césarée-de-Philippe», près des sources du Jourdain, i.e. la région la plus au nord d’Israël. A l’époque, le fils d’Hérode le Grand, Philippe, reconstruisait la ville à grands frais. C’est donc dans un grand chantier urbain que se trouve Jésus, un chantier en construction, un chantier pleins de pierres. Ainsi on comprend déjà comment l’image de «pierre de fondation» va prendre ici un relief tout particulier. 
 
Et voilà que Jésus interroge: «Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes?». Cette question semble d’abord relever d’un sondage d’opinion. En terme médiatique on pourrait dire: «où en est ma cote de popularité?». Et les disciples, ravis, répondent volontiers en se référant à la rumeur, à ce qu’ils ont pu entendre autour d’eux dans les murmures de la foule, une foule émerveillée par les miracles du Rabbi: «Pour les uns, le fils de l’homme est Jean Baptiste; pour d’autres, Elie; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes». Le point commun entre toutes ces propositions est qu’elles se réfèrent toutes à de grands personnages du passé. Cela veut dire que la rumeur voyait surtout en Jésus un homme du passé! En somme, un grand prophète qui revient nous redire les mêmes grandes choses passées. Donc, et cela est essentiel, la nouveauté du message et des interventions de Jésus n’était pas encore perçue. Jésus était relégué à du déjà vu et déjà connu. Comme un rappel de grandeurs passées.
 
Je pense qu’il en est de même aujourd’hui: beaucoup de nos contemporains ne voient en Jésus qu’un homme remarquable et admirable, comme l’était déjà Socrate, Gandhi ou Martin Luther King. Oui, aujourd’hui encore, la nouveauté de Jésus est très mal perçue. Aujourd’hui encore, Jésus est comme un vestige des grandeurs de la vie passée. Et de fait, il est toujours rassurant de se dire que Jésus n’apporte somme toute rien d’original. Il est rassurant d’imaginer qu’il ne fait que répéter ce qui s’est déjà dit par le passé: cela permet d’éluder la question d’une véritable conversion! Et de fait, pourquoi changer si c’est toujours la même rengaine? Pourquoi changer si c’est toujours la même chose? Pourquoi se convertir s’il n’y a rien de nouveau sous le soleil?
 
Mais il va sans dire qu’une telle interprétation de la Personne du Christ se méprend totalement sur sa réelle identité et sur l’extraordinaire de sa mission. Car la grande différence entre Socrate, Gandhi ou Martin Luther King et le Christ, est que ces derniers n’ont jamais dit: «Je suis le chemin, la vérité et la vie» ou encore «qui m’a vu a vu le Père». Soyons clairs: si Jésus n’apporte rien de nouveau, il est absurde de se convertir. Au contraire, si Jésus est la révélation de l’amour de Dieu, s’il est le chemin, la vérité et la vie, alors tout change. Alors je dois me convertir!
 
Mais dans notre Evangile, Jésus n’est pas intéressé par ce que les gens disent de lui en général. Ce qui l’intéresse, c’est ce que nous disons chacun, personnellement, en conscience et en particulier. Alors Jésus interroge à nouveau les disciples: «Et vous que dites-vous? Pour vous, qui suis-je?». Cette question a certainement dû troubler les apôtres. Alors que tous répondait volontiers précédemment pour diffuser la rumeur, voici que maintenant on entend comme un silence… puis une seule et unique réponse. Elle vient de Pierre: «Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant!». Cette formule dense mérite une explication. Elle signifie que Jésus est le Christ, celui qui était annoncé par les prophéties, le Fils qui est lié à Dieu par une relation sans pareille, Fils du Dieu vivant (ce Dieu qui est à l’origine de toute vie, ce Dieu vivant qui a autorité sur la mort et qui ressuscitera son Fils obéissant lui donnant la vie éternelle).
 
Bref, par ces quelques mots tout à fait remarquables, Pierre confesse donc la foi chrétienne dans son intégralité! «Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant!». Pierre a bien parlé. Il a parlé comme un homme inspiré. Comme un homme qui a reçu une illumination qui vient «d’en haut». Il a parlé comme un modèle de foi chrétienne authentique. Il est donc beaucoup plus que le porte-parole des douze. Il n’est pas seulement un représentant du collège apostolique, mais il en est surtout le leader, le moteur, le modèle de ce collège. Car par ces profondes paroles, Pierre a manifesté son ouverture à la grâce d’en haut. Ce point est capital! Ce que Pierre vient de proclamer, ce n’est évidemment pas issu des vestiges de son catéchisme d’enfance, ni même le fruit d’un subtil raisonnement humain. Mais il s’agit d’une véritable confession de foi, c'est-à-dire de l’adhésion, à travers des mots connus, d’une réalité inconnue, une réalité radicalement nouvelle, une réalité que Pierre a pressentie non en raison de la chair et du sang, mais à la lumière de la grâce, en la Personne de son Maître. Cet accueil de l’action de la grâce de l’Esprit Saint, fait de Pierre un homme nouveau. Il sera désormais « Pierre de fondation », une pierre qui assurera la solidité à l’édifice. Et tel Abraham, il sera comme un rocher d’où sort tout un peuple.
 
J’aime contempler l’image du sillage d’un beau navire sur le clair océan pour dire ce qu’est Pierre pour nous catholiques. Le sillage s’élargit à mesure que le navire avance, jusqu’à se perdre dans l’horizon. Mais il commence par une toute petite pointe reliée au navire, et le sillage fini dans l’immensité de l’infinie. Ainsi en est-il de l’acte de foi de Pierre: il est comme un rocher solidement accroché à la barque de l’Eglise et qui, commençant par un point unique, s’est élargi au cours de l’histoire pour atteindre les extrémités de la terre.
 
Si l’Eglise tient sur ce roc, si elle s’appuie sur ce rocher, alors les puissances de la mort ne pourront rien contre elle! Ce rocher, cette pierre angulaire rend visible et efficace dans l’histoire le fondement inébranlable qu’est le Christ. Pour le dire autrement, Pierre et ses successeurs qui assument ce rôle sont signes du Christ- Tête. C’est pourquoi ils ont les «clés du Royaume des cieux». On a souvent mal compris cette expression, réduisant Pierre au rôle de concierge du paradis. Vérifiant scrupuleusement et sottement la dignité des entrants. Beaucoup de plaisanteries, plus ou moins drôle, le réduise à ce personnage burlesque. Cela évidemment est faux! Pierre et ses successeurs (le pape) ne sont pas là pour dire qui ne va pas au paradis. Pierre a autorité pour lier et délier, i.e. qu’il a le discernement pour décider ce qui est permis ou défendu. Pierre a donc un pouvoir de discernement qui est au service de tous. Au service de notre sanctification! Pierre, et les papes, ne sont donc pas des juges vindicatifs, mais une lumière qui éclaire le chemin ouvert par Jésus. 
 
Que nous dit dans le fond toute cette histoire? Je pense qu’au final, avec la personne de Jésus, on ne peut pas faire de demi-mesure: Ou bien on reconnaît Jésus comme le fils de Dieu ou bien Jésus est le plus grand sabré du bocal de tous les temps. Il n’y a pas de voie intermédiaire. Jésus impose une radicalité qui ne laisse place à une aucune voie médiane molle ou tiède. Face au mystère Jésus, nous devons prendre position. Et attention: le fait de ne rien faire, c’est déjà se positionner! 
J’ajoute encore une note missionnaire. Pour nous croyants, chrétiens, catholiques romains, il ne suffit pas de croire dans la divinité du Christ, il faut encore la témoigner. Qui la connaît et ne témoigne pas de cette vérité de foi, et même qui la cache volontairement, est plus responsable devant Dieu que celui qui n’a pas cette foi. Oui c’est ainsi et c'est exigeant: à ceux qui ont beaucoup reçu il sera beaucoup demandé.
 
Merci Seigneur, car notre avis sur ta Personne t’intéresse. 
Tu courtises notre liberté. Tu nous l’as donnée pour la conquérir. 
Plus que l’opinion de la rumeur, tu veux connaître notre foi. 
Tu veux entendre de notre bouche notre libre confession de foi. 
 
Tu ne veux pas être reconnu comme un sage, mais tu veux être aimé comme la Révélation de l’Amour de Dieu. 
 
Seigneur, affermis notre foi. 
Eclaire-la par la lumière du pape que tu nous as donné. 
Alors nous aurons le courage de témoigner: «Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant!». Amen.
 
Père Jérôme Jean

 


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Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée).

Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.

Voilà, au plaisir de continuer à vous rédiger mes homélies.
Que Dieu vous bénisse!
Abbé Jérôme Jean Hauswirth

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