11e dimanche Ordinaire B (Mc 4, 26 - 34)
Aujourd’hui Jésus enseigne le Royaume de Dieu. Ses contemporains regardent le Nazaréen avec suspicion. «Est-il celui qui doit venir, où devons-nous en attendre un autre?». De fait, cette question se pose. Les amis de Jésus sont dans l’attente du «grand soir» où Dieu manifestera enfin sa puissance et sa grandeur, ne manquant pas, ce faisant, de supprimer les ennemis de tous bords, et ceci certainement de façon spectaculaire. On s'en réjouit!
Et Jésus, conscient de leurs attentes, parle en paraboles. C’est très astucieux de sa part et sûrement la seule manière d’être compris. Car il faut le dire clairement, la leçon du jour est tout de même dure à avaler! Elle va totalement à rebours des attentes.
Quand l'on parle du Royaume de Dieu, l'on imagine toujours la grande puissance, la superbe souveraineté, l’autorité suprême, l'on imagine du supérieur, du très fort, du tout puissant. Le royaume de Dieu - l'on piaffe d'envie de le dire - ne peut qu'être la manifestation du plus fort.
Mais grâce à sa fine pédagogie, Dieu a su partir, dans l’histoire du Salut, de cette fausse grandeur pour amener à la vraie humilité. Ainsi rappelez-vous Moïse avec Dieu dans les orages, les éclairs, le feu et les tremblements de la montagne. Dieu s’était manifesté par la grandeur et la puissance. Souvenez-vous encore d’Elie et du feu tombant du ciel et dévorant le sacrifice jusqu'à l’eau du fossé. Encore grandeur et puissance! Dieu est parti de là où se tenait l’homme, de son pauvre désir de grandeur où il le rejoint.
Le peuple n’aurait jamais pris Dieu au sérieux sans ces manifestations de puissance. La puissance et la grandeur apparaissent comme un point de départ incontournable: C’est notre ancien testament. Mais attention, le sommet de la révélation n’est ni puissance ni grandeur, mais… humilité!!! Voilà la bonne nouvelle du Nouveau Testament.
Le sommet de la révélation est une personne, Jésus, accomplissement de tout le plan divin et couronnement de la révélation; Jésus incarne l’humilité.
La parabole de ce jour nous invite paradoxalement à la confiance en ce qui est encore tout petit et quasi invisible. Il s’agit de croire que Dieu agit, qu'il est à l’œuvre. Le Royaume est une semence germant de façon irrésistible. «Nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, et le paysan ne sait comment».
Cette parole étonne par la place donnée à la passivité de l’homme durant la période de la croissance. L’inaction du paysan donne à penser. Jésus répond à ses auditeurs d'une image très claire: de même que la paysan est inactif durant la croissance, de même Dieu paraît inactif durant notre temps, notre époque, notre siècle, nos journées.
Et pourtant, malgré les apparences, la semence pousse, il y a croissance. Si d'un premier coup d'oeil rien ne semble bouger, Dieu déploie pourtant sa pédagogie, son plan, sa providence.
Il vient le règne de Dieu; chaque jour nous en rapproche davantage.
Souvent dans la vie ordinaire, l'on s’interroge. Comment se fait-il que le Règne de Dieu ne se manifeste pas davantage? Pourquoi Dieu donne-t-il l’impression de se désintéresser de ce qui se passe dans le champ du monde?
Jésus nous répond que Dieu ne s’y prend pas autrement que le paysan. Attendez le temps de la moisson, vous verrez! En attendant ce jour heureux, c’est une illusion d’optique que de penser que rien ne se passe! S'il est vrai que l’on ne voit pas, soyons conscients que l'on ne voit pas tout! Restez une heure devant un épi de blé ou, mieux encore, devant un jeune bambou. Vous ne le verrez pas pousser. Pourtant il aura grandi de deux centimètres.
Le bon sens nous enseigne que ce qui ne se voit pas, n’est pas forcément inexistant. Souvent même le plus réel est le moins visible. «L’essentiel est invisible pour les yeux».
Concrètement, tout cela veut dire que Dieu agit dans le secret. Notre Dieu est un Dieu caché. Comment alors le trouver? Thérèse de Lisieux répondait magnifiquement que pour trouver un Dieu qui se cache, il faut se cacher aussi, pratiquer l’humilité à sa suite et ne jamais désespérer.
Il est injuste de dire que puisque rien ne se voit, rien n’existe.
Patience, attends la moisson et tu verras le beau jour arriver. Contente-toi de semer, de faire ton travail de jardinier, ta mission de baptisé. Fais-Lui confiance, faisons-Lui confiance, la semence poussera toute seule car il agit; voici notre meilleure garantie!
Seigneur, pour être compris, tu parles en parabole.
Tu aimes ce qui est simple.
Pour nous rejoindre et nous amener à toi,
tu nous fait passer de la fausse grandeur à la vraie humilité.
Tu nous invites à la confiance. Tu es à l’œuvre. Tu agis.
Même si cela est invisible à nos yeux.
Le plus réel, c’est le moins visible. L’essentiel est invisible pour les yeux.
Tu es un Dieu caché.
Au jour de la moisson, tout sera visible.
En attendant ce jour de joie, donne-nous le courage de semer.
Seigneur, tu ne sèmes pas à notre place.
Mais tu fais grandir ce que nous avons semé.
Donne-nous assez d’humilité
pour ne pas rechercher la grandeur
pour ne pas désirer des fruits immédiatement visibles.
Alors seulement nous verrons la petite graine devenir un arbuste.
Dépasser toutes les plantes potagères, étendre ses longues branches,
tant et si bien que les oiseaux du ciel pourront y faire leur nid à son ombre.
Amen.
Père Jérôme Jean
Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée).
Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.
Voilà, au plaisir de continuer à vous rédiger mes homélies.
Que Dieu vous bénisse!
Abbé Jérôme Jean Hauswirth
Me suis pris de bec l’autre jour avec l’ami Jean, qui pense ...
[lire la suite...]Devant les consacrés du diocèse, Mgr Grampa a rappelé ...
[lire la suite...]Cette image, que l'Eglise dénonce comme un "détournement blasphématoire ...
[lire la suite...]Parlant à des milliers de pèlerins en la salle Paul VI au ...
[lire la suite...]"Si, au milieu des angoisses et des tribulations, l'Eglise d'aujourd'hui ...
[lire la suite...]Le nouvel ouvrage de l'abbé Amherdt rassemble des articles, certains ...
[lire la suite...]Le 4 septembre dernier à l’aube, les extrémistes juifs ...
[lire la suite...]