Samedi matin.
Corvée commissions de la semaine.
8 heures. Il faut que je me dépêche sans quoi les magasins pris d’assaut plus tard dans la matinée, me donneront plus encore le tournis. Je m’habille, quitte la maison pour affronter le froid hivernal. Ma voiture tousse un peu – elle n’est pas plus motivée que moi – mais me conduit vers les grandes surfaces, en ville.
J’entre, prends un chariot et commence à arpenter rapidement les rayons. Plus j’irais vite, plus je pourrai profiter de ma journée en famille.
Ici il faudrait consommer sans même en avoir la nécessité. Je presse le pas. La voix masculine - fort sympathique, ma fois - fait son travail; mais la propagande, elle, me dérange. (Photo: Sabine Gisler)
Voilà que, pour m’interpeller – et interpeller tous les clients d’ailleurs – une voix nasillarde diffuse sur les haut-parleurs du magasin:
«Achetez, mesdames et messieurs, achetez… du jamais vu, une polaire d’une valeur de Frs 25.- laissée pour Frs 5.- seulement. Même si vous n’avez pas froid, à ce prix, ça vaut la peine!».
L’annonce m’agace. Pourquoi acheter ce dont je n’ai pas la nécessité? Ailleurs on meurt de faim et de froid actuellement. Ici il faudrait consommer sans même en avoir la nécessité. Je presse le pas. La voix masculine - fort sympathique, ma fois - fait son travail; mais la propagande, elle, me dérange.
«Un plat d’une valeur de Frs 85.— vendu aujourd’hui Frs 10.—! Et oui vous avez bien entendu! Surveillez vos chariots Mesdames et Messieurs, on serait bien tenté de vous les voler!»
Je n’ai pas rêvé. J’ai «bien entendu» comme la voix masculine le dit. Alors qui sont les c… dans l’histoire? Un plat d’une valeur de Frs 10.— aujourd’hui, de qualité exceptionnelle, vendu ordinairement plus de huit fois ce prix? Les grands magasins nous volent-ils toute l’année? Ou se sont-ils reconvertis en Pestalozzi momentanés, peinés de constater la souffrance de leurs clients tout alléchés par les articles hors de leur portée? Des deux hypothèses j’aurai tendance à privilégier la… première!
J’accélère la cadence de mon chariot, passe en hâte à la caisse et décide de faire mes achats dans un autre commerce, pour quelque temps. Non pas que le commerce en question soit moins bien que tous les autres. Il est identique. Il propose, c’est tout. Moi, je ressens le besoin impérieux de boycotter à ma manière! Le devoir d’acheter «plus réfléchi» encore. De me poser chaque fois la question «en ai-je vraiment besoin ou n’est-ce que céder à une pulsion du moment?». Rester un «consomm’acteur» et non pas subir les fluctuations de ventes. Consommer responsable, en somme!
«Quand Dieu veut délivrer de leurs tentations ses enfants, il ne leur enlève pas les épreuves, mais leur donne la patience de les supporter.»
Saint Isaac Le Syrien
Sabine Gisler
Retrouvez Sabine Gisler dans Echo magazine. Elle y tient la chronique "Comme une maman".
Une fois ouvert, consommer sans retenue (sans en parler à votre pharmacien). Convient à toute catégorie d’âge et de religion. Pas d’agent conservateur, seulement les piments et colorants naturels de vie.
Date péremption: jusqu’à prescription
Composants: douceur, humour, humilité, sincérité, patience et impatience aussi…
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