Jeudi midi, 12h07. Papa mange au travail; le reste de la famille est à la maison. Tous savourent une party crêpes. Pour maman, il faut jongler. Répartir les portions de pâte sur le four, tourner la crêpe de l’un, tendre le fromage à l’autre, couper la portion qui refroidi dans l’assiette du dernier,… et en plus, comme dit la petite, «le télé-folle» sonne.
Sans savoir qui appelle, je devine mon inconnu. A cette heure, sans doute un vendeur de produit miracle, qui effectivement a le don de me rendre folle! Soit la gelée Royale fait encore défaut dans notre maison, il faudra au plus vite y remédier; soit mon homme n’est pas suffisamment «corticalisé» pour choisir la seule et unique bonne assurance, il faudra donc changer au plus vite sous peine de voire notre vie s’effondrer; soit nos chaussettes ou nos chicklets ne sont pas idéales et risquent de se téléscoper, se pulvériser puis se désintégrer et même pire encore… J’en passe. Répondre ou ne pas répondre? Et si je me trompais? Si c’était quelqu’un de connu, d’apprécié? Je ne peux m’empêcher d’interrompre notre party crêpes. «Attendez les enfants, je reviens de suite. Ne vous brûlez pas!»
A peine décroché, la moutarde me monte au nez. Je comprends ma faiblesse et repose le combiné de suite. Pas de pitié pour la personne qui exerce en toute simplicité son travail. J’en ai mauvaise conscience. Satané «télé-folle»! La publicité m’agresse par son omniprésence. Elle envahit nos espaces vitaux: le bord de nos routes, nos boîtes à lettres, nos e-mails, nos boîtes de céréales,… Il faut encore qu’elle nous «viole» pendant les repas, alors qu’on ne manque d’absolument rien. Deux solutions s’imposent à moi: m’informer sur la manière de bloquer ces appels ou… mieux… en profiter pour laisser s’entrainer ma petite dernière qui rêve d’enfin pouvoir répondre comme son frère et sa sœur ainée! Bonne idée!
Je reviens à table, énervée, les enfants savent déjà pourquoi.
«La prochaine fois que le téléphone sonnera pendant le repas, tu auras le droit d’y répondre, ma puce!»
«Youpi!» me lance-t’elle,
«Tu pourras même lui demander, à la personne qui te parlera, comment elle s’appelle, où elle habite, pourquoi elle veut parler à maman, est-ce qu’elle a aussi un chat comme toi,… et ensuite tu pourras même dire au revoir et raccrocher toute seule»
Comme ma puce n’a pas sa langue en poche, j’imagine déjà… On va bien s’amuser. C’est promis, on ne va plus se laisser emporter par des «télé-folles» indésirables!
D’avance excusez mon manque de charité, de compréhension envers la personne à l’autre bout du fil. Même si j’imagine ce travail vital pour elle, se retrouver en famille pendant le repas de midi, sans interférence externe nocive, est aussi vital de nos jours.
Bon appétit et que «Dieu me pardonne», comme on dit!
Sabine Gisler
Retrouvez Sabine Gisler dans Echo magazine. Elle y tient la chronique "Comme une maman".
Une fois ouvert, consommer sans retenue (sans en parler à votre pharmacien). Convient à toute catégorie d’âge et de religion. Pas d’agent conservateur, seulement les piments et colorants naturels de vie.
Date péremption: jusqu’à prescription
Composants: douceur, humour, humilité, sincérité, patience et impatience aussi…
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