Les nouvelles tombent jour après jour. Elles sont mauvaises. Jour férié, le vendredi est généralement le plus sanglant. Chars d’assaut, hélicoptères de combat, policiers et boucliers, bastonnades sont les parties les plus visibles (et encore!) d’un iceberg glacial: tortures, disparitions, exécutions, descentes de police se succèdent. La Syrie souffre, la Syrie hurle, mais le peuple résiste, se défend, défie le régime qui l’oppresse. Plus de 1200 morts… et ce n’est pas terminé, hélas.
Berceau du christianisme et de l’islam, ce pays composite vit un cauchemar. Bachar Al Assad, héritier «digne» et indigne à la fois, reste fidèle aux principes du parti Baas: armée et police contre la population. Au pays des Omeyyades, le printemps arabe a des goûts d’hiver. Le plus admirable, c’est que les intimidations, la répression, les tirs dans la foule ne calment pas l’ardeur des manifestants. Une aversion généralisée se manifeste, qui ne peut être contenue par un régime aux abois. «Ceux qui ont fait ça sont des rats charognards et hallucinés», note l’écrivain Tahar Ben Jelloun dans Le Monde des 12-13 juin, en évoquant le martyre d’Hamzah, 13 ans, exécuté par les sbires d’Assad après avoir été torturé.
Les Etats-Unis, l’Europe et Israël donnaient crédit au président syrien, «occidental» et ouvert. Cette «modernité» affichée sombre aujourd’hui dans la barbarie. Conséquence immédiate, le Proche-Orient voit les nuages s’accumuler. Un basculement hypothétique vers un Etat musulman dur ne rassure guère. Israël craint pour sa survie (un ennemi connu est plus prévisible), la Turquie devient terre d’accueil (mais les camps sont déjà remplis), le Liban tremble (en redoutant chez lui un attentat organisé par les Syriens). Et le monde entier tergiverse… En Syrie, les fleurs du printemps arabe sont aussitôt arrachées.
La démocratie n’est pas un combat vain. Il y va de la dignité de l’homme. Que valent nos calculs d’apothicaire devant un peuple qui soulève un couvercle trop pesant? Croyons-nous suffisamment à la cause des peuples? La réponse à la crise ne se trouve pas qu’à Damas.
Bernard Litzler
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