Un homme a fait trembler la France. Mohamed Merah a semé le trouble en pleine campagne présidentielle. Sept morts, huit avec la sienne, ont marqué la fin de la vie de ce djihadiste enragé. Combattant d’une lutte stérile à l’uniforme (trop) large, «franchisé» discret d’Al Qaida, jeune en recherche de sensations fortes. Ce gamin paumé des cités a mal tourné jusqu’à devenir, au final, un assassin cruel. Chien perdu sans collier qui finit en loup mordant. Triste reflet d’une jeunesse sans avenir, reflet d’un pays qui ne sait pas offrir de rêve d’avenir à certains de ses enfants.
La France et ses souffrances ont occupé l’espace médiatique: Merah et le Raid, Merah et sa famille, Merah et ses revendications, Merah et la banlieue. Itinéraire chaotique d’un «enfant de la patrie» dont le jour de gloire n’est jamais arrivé. Sauf une gloire ultime: celle des médias braqués sur lui.
Après cette folle semaine, ce qui frappe, c’est la soif de reconnaissance de ces jeunes. Un garçon aux yeux rieurs qui aimait les Lacoste et les montres. Mais qui n’avait pas les moyens de se les offrir: une famille désunie, pas de travail, une formation de carrossier avortée, rien pour se structurer. Côté ombre, l’homme apparaît comme un petit caïd désœuvré, fan de vidéos violentes, converti à la lutte radicale en prison. Deux faces d’une même personnalité. Durant ses dernières heures, cerné par la police, Mohamed a eu besoin de parler, de parler et de parler encore... Comme pour mettre des mots sur ses maux. Et ceux de la société française.
La multiplication des méfaits de loups solitaires capables de mettre un pays à genoux - Merah en France, Breivink en Norvège - met nos nerfs à l’épreuve. Comment l’Occident doit-il se prémunir contre ces ombres furtives et surdéterminées, ces rentables soudards de combats qui les dépassent et auxquels ils se raccrochent vainement? Les extrêmes se rejoignent: radicalisme musulman ou supériorité de la race blanche, les modes opératoires se confondent. Ils nous laissent tous deux sans voix et sans solution.
Offrir un avenir à des jeunes reste une tâche recommencée à chaque génération. Serons-nous à la hauteur de cette responsabilité?
Bernard Litzler
Bernard Litzler, directeur du Centre Catholique de Radio et Télévision (CCRT), nous fait l'honneur et l'amitié de tenir sur cath.ch une chronique politico-religieuse baptisée : "Rue Brique". Elle devient de plus en plus "Rue Briques" !
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