Exposition au MHAF: Garçon du foyer du Sonnenberg, Kriens, 1944 (Photo: Paul Senn, FFV, Kunstmuseum Bern)
Anders Behring Breivik tient sa tribune. Chaque jour, il distille ses révélations sur la tuerie d’Utoya... Comment il s’est préparé, comment il s’est inspiré de jeux vidéo, comment il a coupé ses relations. Pire encore: comment il a redouté le moment d’entrer en action. Il a dû se «faire violence» pour exécuter son macabre projet. Et 69 jeunes sont tombés sous ses balles...
Il est de l’honneur d’un pays d’accorder un procès équitable à un tel criminel. Les parents des victimes ont une attitude admirable à l’égard du meurtrier de leurs enfants. Car Breivik tient la vedette, avec notre complicité parfois malsaine, curieux que nous sommes de raisons et des détails de cet effroyable massacre.
L’attitude des parents tient du prodige. Côtoyer l’assassin de vos enfants tous les jours et durant trois semaines doit être psychiquement éreintant. Le sentiment qu’on leur a volé leur enfant doit les étreindre parfois. Toutefois, ce vol en série de leur descendance trouve, espérons-le, un peu de consolation dans le partage d’une souffrance commune... 69 vies volées et un meurtrier qui peut s’expliquer devant un tribunal.
Ce sentiment de vol et d’injustice saisit aussi le visiteur de l’exposition «Enfances volées», au Musée d’art et d’histoire de Fribourg. Des adultes autrefois placés dans des familles ou des orphelinats racontent leur jeunesse marquée par une douleur muette: humiliés, battus parfois, exploités souvent, ils ont enfin la possibilité de dire l’«irracontable». Arrachés à leurs parents, surtout des «filles-mères», ils font toucher le poids de souffrance que l’humanité porte parfois.
L’un d’eux exprime comment il a mis une barrière entre lui et ses sentiments. Pour éviter l’émergence de sa douleur, il l’a remisée au tréfonds de lui-même. «C’est ma tête qui commandait, rien d’autre... J’ai appris à me couper de mes sentiments». Se couper de son ressenti pour devenir indifférent au monde alentour. Hélas, Breivik le tueur norvégien a eu le même réflexe, pour d’autres raisons.
Un autre témoin fribourgeois se réjouit de s’en être tiré après, dit-il, l’enfance «que j’ai -z- eue». Admirable maladresse de la liaison en français... Rappel de la profonde solidarité de celui, Jésus, qui a pris notre humanité jusque dans ces vols tragiques d’enfances pour en faire jaillir une autre source que celle de la haine. Jésus, à Oslo comme à Fribourg...
Bernard Litzler
Bernard Litzler, directeur du Centre Catholique de Radio et Télévision (CCRT), nous fait l'honneur et l'amitié de tenir sur cath.ch une chronique politico-religieuse baptisée : "Rue Brique". Elle devient de plus en plus "Rue Briques" !
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