"Rue Brique"

08 juin 2012 | 14h53

Y’en a point comme nous

Qu’il paraît loin, ce 17 juin! Ce jour-là, on saura ce que les Vaudois pensent du suicide assisté promu par Exit. Les réactions de tous ordres ne manquent pas pour contrecarrer l’initiative d’Exit et le contre-projet du Conseil d’Etat. Mais que pense réellement le peuple? Sera-ce «Y’en a point comme nous» en matière de suicide assisté ou, au contraire, non et non à un texte entraînant une dérive inquiétante. Encore que l’adoption du contre-projet peut brouiller les cartes et ouvrir un boulevard à l’entrée d’Exit dans les EMS et les hôpitaux.

 

L’enjeu est considérable. Les défenseurs de la vie proclament à hue et à dia que la tentation du suicide, compréhensible, ne doit pas être inscrite dans une loi. A l’inverse, les initiants veulent accélérer la fin des personnes dont le pronostic vital est mis en danger. Ouvrir la brèche du suicide assisté dans les établissements de soins constituerait une pression énorme sur le personnel soignant (le mot aurait-il encore un sens?) et attenterait gravement à la vie reçue de Dieu.

 

Les énormes progrès de la médecine offrent aujourd’hui des perspectives de prolongement de la vie humaine, à son début (prématurés) et à sa fin, inconnues dans les générations précédentes. Les questions fondamentales n’en deviennent que plus aiguës. Et la société, schizophrénique, serait disposée à empêcher à tout prix le suicide des jeunes et à promouvoir celui des personnes âgées! Quel monde laisserons-nous à nos enfants?

 

La votation vaudoise du 17 juin réclame un double non. Non à une initiative hasardeuse et non à un contre-projet paré de respectabilité, mais qui fait sauter un barrage moral. La vie en société a besoin de règles. Et le respect des personnes âgées n’est pas la moindre. «Honore ton père et ta mère», demande le Décalogue. L’illusion de rester maître de sa vie jusqu’au bout est le reflet d’un monde de solitude. La vie humaine, fruit d’une rencontre entre deux êtres, mérite mieux qu’une fin hâtée. «Y’en a point comme nous»: oui, car nous sommes des humains, faits pour l’éternité.

 

Bernard Litzler


Bernard Litzler, directeur du Centre Catholique de Radio et Télévision (CCRT), nous fait l'honneur et l'amitié de tenir sur cath.ch une chronique politico-religieuse baptisée : "Rue Brique". Elle devient de plus en plus "Rue Briques" !

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