Fulvio Caccia, président de Caritas suisse (Photo: Gilles Gay-Crosier) "Remplissez neuf fois le Stade de Suisse. Cela représente le nombre d'enfants pauvres en Suisse. C'est inacceptable", a lancé la Conseillère nationale socialiste zurichoise Jacqueline Fehr. "Pauvre un jour, pauvre toujours", a rappelé le président de Caritas Suisse Fulvio Caccia, dans son mot d'ouverture. Pourtant, cette inégalité des chances n'est pas toujours le legs d'un "héritage social", a martelé le recteur de la Haute Ecole de travail social de Lucerne Walter Schmid. Et de l'illustrer: "Jean-Sébastien Bach était orphelin à huit ans".
La pauvreté revêt des notions multidimentionnelles. C'est aussi "l'incapacité de faire des projets", a rappelé la directrice de l'Institut Marie Meierhofer pour l'enfance, Heidi Simoni, reprenant la définition de l'enseignant Jean-Paul Fragnière. C'est encore l'impossibilité de réaliser son potentiel. L'enfant voit son avenir comme bouché, souvent à l'image de celui de ses parents. Pour s'en sortir, il doit rêver de dépasser la pauvreté. Là, il puisera une véritable force, a insisté le président de la Conférence suisse des institutions d'action sociales (CSIAS) Walter Schmid. Rêve concrétisé par de nombreux participants au Forum 2012.
Des progrès importants sont apportés par l'école, a précisé la présidente de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP) Isabelle Chassot. Elle a rappelé plusieurs postulats pour l'égalité des chances, mis en place par le Concordat HarmoS, comme l'école enfantine pour tous à quatre ans, la prise en charge extrafamiliale ou l'harmonisation des objectifs de formation au plan national. Toutefois, a-t-elle tempéré, "si l'école peut beaucoup, elle ne peut pas tout".
Les enfants ont des droits: droits à la formation, à la santé, à l'intégrité, à la sécurité sociale, à un niveau de vie approprié, a exposé la présidente de la Fondation suisse pour la protection de l'enfant Jacqueline Fehr, dans sa conférence "L'enfant au centre: droits de l'enfant et prévention de la pauvreté". Ces droits sont fortement limités par la pauvreté, tout comme par les politiques qui se renvoient constamment la balle depuis les années 90. De plus, la mobilité réduite entre les différentes couches socio-économiques en Suisse diminue les chances de s'en sortir.
Que fait-on de la Constitution fédérale qui reconnaît une égalité des chances? Ne pas la donner ou ne pas permettre sa réalisation, c'est tomber dans la discrimination. "La passivité est une autre forme de violation de la Convention des droits des enfants", a insisté Jacqueline Fehr. "Car l'Etat est en mesure d'y remédier".
Des solutions existent. Les autorités publiques – Confédération, cantons, communes – s'y engagent et prennent des mesures. Mais leurs responsabilités en matière de lutte contre la pauvreté sont limitées. Leurs politiques sociales jouent un rôle subsidiaire et d'accompagnement, ne pouvant se substituer aux parents, a précisé le vice-directeur de l'Office fédéral des assurances sociales Martin Kaiser.
De son côté, Caritas s'engage à réduire la pauvreté de moitié d'ici 2020. Concrètement, l'œuvre d'entraide tient 23 épiceries en Suisse, où les personnes à revenus minimum peuvent acheter à meilleur marché, a rappelé Carlo Knöpfel, responsable du secteur Etudes de Caritas suisse. Il existe aussi la "CarteCulture Petit budget, grand spectacle", qui offre aux personnes socialement défavorisées des réductions sur des propositions culturelles, sportives et de formation. Ces diverses initiatives visent notamment à favoriser l'équilibre entre les droits des enfants, les obligations des parents et la coresponsabilité de la société.
Que faire de plus? "Nous pouvons changer le monde. Il faut y travailler. Nous devons y travailler", a conclu Jacqueline Fehr. Cette volonté est partagée par les spécialistes réunis à Berne. Encore faut-il s'entendre sur un cadre commun pour fixer des objectifs et définir un plan de lutte contre la pauvreté, placé sous l'égide de la Confédération. 2020 est encore loin.
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