José Batista Gonçalves Alfonso, avocat de la commission Pastorale de la Terre (CPT) (Photo: Jean-Claude Gerez) Ce rapport a été remis à différents ministères et Secrétariat d'Etat, comme celui des Droits de l'Homme, de la Justice, du développement Agraire, de l'Environnement et au Secrétariat Général de la Présidence. Objectif? "Attirer l'attention sur la violence qui se répand en milieu rural et sur la nécessité de résoudre ce problème à travers des actions réclamées depuis des années comme la réforme agraire, absente des priorités de la présidente Dilma Roussef." Le rapport signale d'ailleurs que, lors la première année de mandat de celle qui a succédé au président Lula, le nombre de familles qui ont obtenu une terre a été le plus bas depuis 1995.
Dès la couverture, le ton est donné. En rappelant l'assassinat des deux militants de la CPT, José Claudio Ribeiro da Silva et son épouse Maria do Espirito Santo da Silva, le 24 mai 2011 à Nova Ipixuna, dans l'état du Para au cœur de l'Amazonie, le rapport souligne à quel point le climat de violence en milieu rural se radicalise chaque année davantage. Abattu par deux pistoleiros le jour même de l'adoption par le Sénat du nouveau code forestier, largement favorable à l'agrobusiness et aux exploitants forestiers, le couple est en effet devenu au Brésil un symbole des violences qui menacent les militants pour la défense de l'environnement. Tout comme l'avait été Sœur Dorothy Stang, la religieuse américaine assassinée sept ans plus tôt dans la même région. Voilà pour le contexte.
En ce qui concerne, les chiffres, ils sont particulièrement inquiétants. En 2011, la CPT a ainsi recensé 1363 cas de conflits liés à la terre, soit une augmentation de 21,32% par rapport à 2010. Carlos Walter Porto Gonçalves, l'un des auteurs du rapport, indique d'ailleurs que "les conflits qui ont le plus augmenté sont ceux à l'origine desquels on retrouve des intérêts économiques privés comme les grands propriétaires terriens, les exploitants forestiers et les compagnies minières. Ils représentent aujourd'hui près de 70% des occurrences."
La violence a également été très présente en milieu rural en 2011. Ainsi, la CPT a enregistré 29 assassinats, soit cinq de moins seulement que l'an passé. "Cette diminution s'explique surtout par la médiatisation aux niveaux national et international de certains cas. Cela a sans aucun doute freiné d'autres projets de meurtres", estime José Batista Gonçalves Afonso, avocat de la Commission pastorale de la terre (CPT) et membre de la Commission des Droits de l'Homme au sein de l'Ordre des avocats du Brésil. Le rapport rappelle néanmoins que sur les 29 assassinats, sept victimes avaient déjà reçu des menaces de morts. Des menaces d'ailleurs en hausse vertigineuse, puisqu'elles sont passées de 125 en 2010 à… 347 en 2011.
Au-delà des chiffres, le rapport 2011 démontre que ce climat de violence préoccupe la population rurale dans son ensemble. D'autant que, de janvier à avril 2012, 12 personnes, pour l'essentiel des militants de l'environnement, ont déjà été assassinées et que des dizaines d'autres ont été menacées. Le sentiment d'impunité est sans doute plus important que jamais, notamment dans la région Amazonie, au centre de toutes les convoitises (grands travaux, agrobusiness, exploitation inières).
"Il est clair que les lois de l'Etat brésilien ne sont pas respectées dans le monde rural, assure José Batista Gonçalves Afonso. Ce qui domine encore aujourd'hui est la loi imposée par les grilheros (grands propriétaires occupant les terres illégalement, ndlr), les exploitants forestiers et les grands fermiers." Des grands propriétaires également montrés du doigt dans le rapport, au moment d'évoquer le thème du travail esclave.
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