Mission possible
On en attendait 30. Ils sont venus à plus de 100. Le colloque sur...
Une journée de réflexion, le 12 janvier 2012 à l'Université de Fribourg, fera le point sur la politique de communication de l'Eglise catholique à la lumière de Communio et Progressio. André Kolly, ancien directeur du Centre catholique de Radio et Télévision (CCRT) à Lausanne, a suivi attentivement l'évolution de la politique de communication de l'Eglise catholique sur la lancée de Vatican II et a livré son analyse à l'Apic. Extraits de son interview.
Apic: Pourquoi y a-t-il tant d'années entre la fin du Concile (le document conciliaire "Inter Mirifica" sur la communication a été rédigé en 1963) et la sortie de l'instruction pastorale Communio et Progressio?
André Kolly: Car le document a été créé de façon participative. Il y a eu 5 ou 6 versions différentes jusqu'à son adoption. Les épiscopats du monde entier ont été consultés deux fois, ce qui est un phénomène peu ordinaire. J'interprète cela comme une prise de conscience de l'importance des médias dans l'Eglise catholique et une volonté de ne pas se laisser dépasser par cette évolution.
Apic: Quels ont été vos sentiments à la sortie de ce document?
AK: Je n'ai eu aucune réaction lors de sa sortie car je ne l'avais pas lu. Mais six mois plus tard, j'ai été engagé par Jacques Haas pour rédiger un rapport sur une journée d'étude, en janvier 1972 à Crêt-Bérard, sur Communio et Progressio. Elle avait rassemblé les collaborateurs du CCRT, les équipes des émissions religieuses radio et TV, les rédacteurs en chef des journaux catholiques et d'autres professionnels des médias.
C'est à ce moment que j'ai reçu le document et que je l'ai étudié. Depuis, il ne m'a plus quitté!
Apic: Comment Communio et Progessio a-t-il été accueilli dans le monde des médias et dans les milieux d'Eglise?
AK: Il a été partout très bien accueilli. Les gens des médias à qui on l'avait officiellement adressé se sont sentis reconnus dans leur profession. Et dans les milieux d'Eglise, il a été perçu comme un document élaboré dans la mouvance du Concile.
Je relève une de ses particularités: Communio et Progressio fait apparaître une forme de théologie de la communication. Les médias y sont perçus en fonction de leur finalité: la communication, la relation entre les personnes. Ils ont rôle participatif au mystère de la Trinité, au mystère de la Création, et au mystère de l'Incarnation. Le Christ est présenté comme le "parfait communicateur". Il est communication.
Apic: Une valeur fondamentale de la Déclaration universelle des droits humains est la liberté d'opinion et d'expression, que l'on retrouve en long et en large dans Communio et Progressio. Etonnant de la part de l'Eglise, perçue (à tort?) comme un grand censeur?
AK: Cette revendication de la liberté d'opinion et d'expression est à placer dans le contexte plus large de la liberté religieuse, qui est une des valeurs fondamentales développées durant le Concile.
Apic: Sur quels points l'instruction pastorale Communio et Progressio interpelle-t-elle le plus l'Eglise aujourd'hui?
AK: Réapprendre à donner et à recevoir. L'Eglise catholique trouve dans ce document les moyens d'écouter encore davantage le Peuple de Dieu.
On y affirme également que la communication par les médias est une affaire de professionnels, avec des principes et des règles (no 118). Et que "le langage des médias n'est pas celui de la chaire".