Violences interethnique en Assam, au nord-est de l’Inde, en juillet 2012 (Image: Eglises d’Asie / DR) Au moins 41 morts, des centaines de blessés, plus de 170'000 réfugiés fuyant les violences et les incendies de leurs villages, un nombre indéterminé de disparus: ce sont les dernières données officielles des affrontements interethniques et religieux qui ensanglantent depuis plusieurs jours cet Etat du Nord-Est de l'Inde, rapporte l'agence "Eglises d'Asie".
L'Assam, peuplé de plus d'une cinquantaine d'ethnies aux traditions culturelles et religieuses très hétérogènes, subit des flambées de violence endémiques qui en font un Etat instable, nécessitant une autorisation spéciale pour y pénétrer. La région, comme l'ensemble du Nord-Est indien est également en proie à des troubles séparatistes et compte de nombreux groupes armés indépendants.
Les aborigènes bodos, qui réclament depuis des décennies la reconnaissance de leur statut de "premier peuple" de la région, sont encore aujourd'hui le groupe tribal le plus important de l'Assam. Majoritairement hindouistes et animistes, ils comptent cependant une forte communauté chrétienne (environ 10%). Depuis des décennies, un conflit ancien oppose dans la région les Bodos aux Santals, sur fond de revendications indépendantistes. Mais ces dernières années, le conflit entre l'ethnie bodo et les communautés musulmanes immigrées du Bangladesh est devenue la cause principale des vagues de violences meurtrières en Assam. Touchant essentiellement la question de propriété des terres dont les Bodos s'estiment spoliés par les colons musulmans, les affrontements sont aujourd'hui récurrents et augmentent au fur et à mesure que s'affirment les disparités dans la répartition des terres cultivées et des ressources du sol (bois, thé, pétrole...).
Selon un prêtre catholique bodo qui s'exprime sous le couvert de l'anonymat, les membres de la communauté aborigène vivent aujourd'hui dans une pauvreté et une marginalisation grandissantes, une situation de "désespoir et de souffrance" qu'il explique par la confiscation progressive de leurs biens par les colons musulmans. "Tout a été pillé et détruit par les immigrés musulmans. C'est partout comme cela, même dans les zones où les musulmans sont minoritaires".
A l'origine des derniers affrontements, qui ont fait en cinq jours plus de 40 morts, des centaines de blessés et des milliers de sans-abris, se trouve le meurtre dans le district de Kokhrajhar de quatre jeunes Bodos par des hommes armés non identifiés dans la nuit du 20 juillet. Soupçonnés d'être à l'origine des assassinats, des musulmans ont ensuite été attaqués par des groupes bodos, déclenchant une série de représailles qui se sont étendues rapidement à tout l'Etat. Selon l'agence Press Trust of India (PTI), les quatre jeunes Bodos auraient été tués par vengeance après que deux responsables étudiants musulmans aient été grièvement blessés par balles, des actes imputés immédiatement à la communauté aborigène.
Malgré l'intervention du gouvernement central, les violences continuaient encore le 26 juillet. "La crise humanitaire en Assam a pris l'ampleur d'un raz de marée", annonce le prêtre catholique bodo qui participe aux opérations de secours des réfugiés qui affluent, toujours plus nombreux, dans les centres d'hébergement saturés du gouvernement.
Mgr Thomas Pulloppillil, évêque de Bongaigaon, diocèse qui couvre l'ensemble des districts touchés par les violences, est revenu précipitamment de sa retraite annuelle dans l'Ouest-Bengale en apprenant les derniers événements. Dès son arrivée, rapporte le 26 juillet la Conférence des évêques catholiques de l'Inde (CBCI) sur son site internet, Mgr Pulloppillil a immédiatement mis sur pied des équipes de secours et un comité pour la paix et la réconciliation.
Malgré sa représentation très minoritaire (moins de 4% de la population, toutes confessions confondues), L'Eglise catholique en Assam est particulièrement investie dans le travail de réconciliation entre les différentes ethnies aborigènes. Depuis l'impulsion donnée par Mgr Menamparampil, ancien archevêque de Guwahati, elle est devenue progressivement le principal organe médiateur dans les conflits intertribaux et a permis la passation de nombreux accords de paix.
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