Roumanie Caritas Bucarest Intitulée "Partenariat Etat-Eglise dans le domaine social", la loi votée par les députés roumains stipule que les Eglises reconnues par l'Etat – l'Eglise orthodoxe, qui représente 88% de la population, les deux Eglises catholiques (de rite latin et de rite byzantin), ainsi que des dénominations protestantes germanophones ou magyarophones – pourront voir leurs œuvres sociales désormais financées jusqu'à 80% par l'Etat.
Pour les élus démocrates-libéraux (PDL, au pouvoir) à l'origine de ce texte, il s'agit de réparer une injustice: avec des dizaines d'orphelinats, d'hospices pour handicapés ou personnes âgées, l'Eglise catholique constitue ainsi la première instance philanthropique du pays, surtout avec son réseau Caritas, palliant les carences flagrantes de l'Etat dans le domaine social. Or, nombre des institutions caritatives existantes ont du mal à boucler leurs fins de mois.
Mais la loi inclut également les œuvres qui pourront être suscitées sur la base de cette manne inespérée. Cette disposition a déclenché l'indignation des ONG. Une douzaine d'entre elles se sont liguées pour en empêcher la promulgation par le chef de l'Etat Traian Basescu. Elles craignent en effet que les institutions religieuses, sous couvert de ces services sociaux, se livrent à un prosélytisme aux frais du contribuable.
Même si la loi prévoit plusieurs niveaux de contrôle avant que de nouvelles actions ou institutions sociales des Eglises puissent bénéficier des deniers publics, les associations qui protestent y voient un vrai risque que les Eglises en profitent pour faire passer leur doctrine, en matière d'éthique médicale ou sexuelle par exemple. Sans parler des accusations d'atteinte à la laïcité.
"C'est une loi de corruption électorale, qui soumet l'Eglise au pouvoir", déclare ainsi Alexandru Patrascu, vice-président de l'association laïque Asur, qui voit là une mise à l'écart des autres ONG du secteur social. Du côté des responsables religieux, on se réjouit en coulisses de ce soutien à l'engagement des chrétiens auprès des personnes défavorisées de la société: un service de longue date, qui s'est toujours voulu désintéressé et ne revendique aucun privilège.
Mais on déplore de n'avoir pas été associé à son élaboration, vu l'expertise des Eglises en la matière. L'Eglise orthodoxe elle-même, dont la tradition sociale est moins prégnante, connaît depuis plusieurs années un net développement de ses œuvres d'assistance sociale. Quant aux évêques catholiques, face à la charge idéologique sensible du sujet, et pour garantir la pérennité économique d'œuvres souvent fragiles, ils sont en train de se concerter pour adopter une position commune.
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