Cath.ch | 15 mai 2011 | 20h52

Situation des médias religieux en Suisse romande (1971-2011)

Allocution de M. André Kolly à l'occasion des Assemblées générales communes de l'Agence de Presse Catholique Internationale (Apic) et de l'Association Catholink.
Séminaire Communio et Progressio avec Mgr J. Haas, Crêt-Bérard, janvier 1972 (Photo: abbé Beaud/CCRT) Séminaire Communio et Progressio avec Mgr J. Haas, Crêt-Bérard, janvier 1972 (Photo: abbé Beaud/CCRT)

 

Le propre du journaliste c’est de respecter le réel, en l’occurrence la consigne que vous m’avez donnée, à savoir parler de la « Situation des médias religieux en Suisse romande ». Après avoir assisté aux deux assemblées générales de KIPA-APIC et de Catholink, et vous sachant connaissant par ailleurs le CCRT d’où je viens, j’ai le sentiment que décrire la situation des médias religieux en Suisse romande serait pour vous profondément ennuyeux puisque vous la connaissez aussi bien que moi.

 

En revanche, je garde une liberté d’angle. Dès lors j’ai choisi un poste d’observation quelque peu différent puisque je le situe il y a 40 ans, en 1971. En fait c’est une manière de mettre en évidence les ressemblances, les différences et surtout les évolutions.

 

1971, c’est l’année où j’ai été engagé comme laïc au poste d’attaché de presse de langue française pour le Synode 72, et cela aux côtés du P. Nestor Werlen, capucin, pour la langue allemande. Mais 1971, c’est surtout l’année où été publiée l’instruction pastorale « Communion et progrès » (le 23 mai). Mgr Martin Werlen vient de citer opportunément ce document dans quelques interventions publiques, ce qui a incité notre ami Bernard Litzler à proposer, cette année encore, un symposium autour de ce texte de référence sur lequel je reviendrai.

 

Ainsi que se passait-il en 1971 en Suisse romande ? Je me permettrai de répondre à la question sur le plan des personnes, des publications, des associations, des structures ecclésiales d’information, et des conceptions sur le travail des médias.

 

1.    Sur le plan des personnes

 

Qui donc était à l’œuvre en 1971 ? Commençons ici par citer l’abbé Roland Matthey, un prêtre qui travaillait à plein temps à APIC. Mgr Jacques Haas était directeur du CCRT, oeuvrant en radio-tv avec l’abbé Henri Nicod , l’abbé Jacques Richoz et l’abbé Georges Juvet. L’abbé Georges Schindelholz écrivait dans Le Pays, où on lisait encore Mgr Henri Schaller ; à La Liberté l’abbé Alphonse Menoud était directeur ecclésiastique ; il apprenait à faire la place au P. Bernard Weissbrodt, tandis que l’abbé Albert Menoud allait succéder à l’abbé Pilloud pour La Semaine catholique (qui ne portait pas encore le nom d’Evangile et Mission). L’abbé André Babel était alors journaliste ecclésiastique au Courrier de Genève, après avoir couvert la fin du Concile Vatican II pour plusieurs journaux.

 

A l’Echo vaudois ou romand oeuvrait l’abbé Joseph Beaud, tandis que le P. Reymond Bréchet collaborait avec les bulletins paroissiaux et les sœurs de St-Augustin, en particulier Sr Claire Donnet-Descartes et Sœur Marie Wuilloud (tiens! des femmes dans cette cohorte de noms masculins ; elles seront même à Crêt-Bérard pour une journée d’étude sur Communio et Progressio le 12 janvier 1972).

 

Mais vous voulez encore des noms de prêtres : voici le P. Louis Dayer pour les revues missionnaires, le P. Chevalier pour CIRIC, le jésuite Jean Nicod pour Choisir, et le P. Bruno Holtz, futur directeur de KIPA et qui a inventé plus tard le nom d’APIC en français.

 

En 1971, l’abbé Michel Demierre n’avait pas encore été engagé par le CCRT pour la télévision, ni l’abbé Jean-Paul de Sury au Courrier, et l’abbé Roger Richert dans le Jura faisait ses premières armes. Même le P. Albert Longchamp n’était pas encore entré sur la scène médiatique romande. Mais il y avait encore quelques autres prêtres qui, par ci par là, fonctionnaient avec plaisir dans les médias : le P. Jean-Bernard Dousse, l’abbé Claude Ducarroz, ou le P. Georges Cottier pour sa propre revue et pour Table ouverte à la TV.

 

Pourquoi tous ces noms d’ecclésiastiques ? Je crois que jamais on ne les a cités tous ensemble ! En rappelant leurs noms, je rends hommage à nos prédécesseurs et pionniers. Je dis aussi à quel point l’information religieuse était un service majeur, de telle sorte qu’il était convenable de ne la confier qu’à des gens sûrs doctrinalement et bien formés et donc : des prêtres !

 

Il y avait pourtant quelques laïcs en Suisse romande : au premier plan mais discrètement M. Wilhelm Hellenbroich, directeur de KIPA ; mademoiselle Emilienne Jaton à l’Echo vaudois ; ou en activité accessoire Hermann Pellegrini aux bulletins paroissiaux. M Casagrande à l’Echo Illustré n’abondait pas dans les sujets religieux. Parallèlement, des rédacteurs en chef tels que François Gross, et bientôt Pierre Dufresne ou Pierre-André Chapatte avaient le souci que l’information religieuse soit bien traitée dans leurs colonnes et je dirais renouvelée. C’était l’époque où il était normal de publier les communiqués épiscopaux intégralement, voire même les encycliques. Les commentaires avaient souvent le ton du sermon ou de la leçon de dogmatique.

 

40 ans plus tard, les ecclésiastiques à plein temps au service des médias ont presque disparu. C’est normal dans la mesure où les paroisses elles-mêmes n’ont plus toujours des prêtres inculturés à leur service. C’est normal aussi parce que le travail du journaliste en domaine religieux n’est pas un ministère requérant l’onction presbytérale. Il est plus important d’acquérir la compétence sur la matière, jointe à la passion pour un noble métier.

 

2.    Les titres de publications

 

Après les personnes, les titres : l’évocation des noms vous a fait pressentir comment le paysage religieux des médias s’est modifié. Alors que la presse socialiste, conservatrice ou  libérale a quasiment disparu, les titres du monde religieux ont plus ou moins bien résisté à l’épreuve du temps, aux contraintes financières et aux attentes du public.

 

Je voudrais tout de même rappeler à notre mémoire des titres qui ont disparu après avoir été des symboles de l’identité et de l’action catholique : parmi les quotidiens Le Pays (et à sa manière Le Courrier). En Suisse alémanique les quotidiens catholiques ont payé un lourd tribut. Parmi les hebdomadaires disparus en Suisse romande, il faut citer l’Echo romand ou vaudois.

 

Le journal Vivre est devenu un titre à disposition des Eglises évangéliques ; La Voix de St-Paul ne paraît plus, ni le journal Vocations, ni Bethléem, ni Cœur en alerte, ni toute une série de journaux de mouvements et associations. CIRIC a disparu (ce qui permettait peu après à La Liberté de se tromper de photo pour évoquer la mort du cal Lustiger). Disparu aussi Cinédia (qui avait englobé le SIDAV, Communication communautaire et l’Office catholique du cinéma).

 

Si des titres ont disparu, aucune naissance n’a été annoncée, sinon dans le domaine de l’internet. Mais là encore, bien des publications d’autrefois se sont contentées de pages très statiques avec l’illusion qu’internet allait être leur nouveau mode d’informer et d’intervenir dans le débat. Mais dans les rues du monde il y a des vitrines devant lesquelles ne s’arrêtent pas les passants. Raison pour laquelle il est si important de fédérer les forces informatives et d’ouvrir un portail tel que celui de cath.ch, à la mesure des besoins et des convictions que nous voulons partager.

 

Dans cette même période, sous l’égide du CCRT, et en collaboration œcuménique, les émissions religieuses à la Radio et Télévision se sont développées et consolidées, avec l’aide de l’Eglise suisse (la Fédération romande, le Conférence centrale catholique romaine et l’Action de Carême). Le CCRT a également collaboré avec divers lieux pour favoriser la création d’émissions religieuses dans les radios locales. Aujourd’hui, les émissions religieuses sont normalement intégrées au paysage audiovisuel romand.

 

3.    Les associations catholiques

 

Après les personnes et les titres, il convient d’évoquer les associations. Les catholiques avaient tenu à coordonner leur travail ou plutôt à s’épauler mutuellement.
En 1890, on a les premières traces de l’UCIP, Union catholique internationale de la presse. Ceux qui commencent à faire de la radio en Europe lancent UNDA en 1928. La même année naît l’OCIC, l’organisation catholique internationale du cinéma. Dans ces organisations internationales, des Suisses ont joué un rôle important, comme par exemple Mgr Jacques Haas qui a été président mondial d’UNDA, ou l’abbé Babel, président d’UNDA Europe, ou à Zurich le P. Eichenberger qui a été président mondial de l’OCIC, et plus tard le P. Longchamp à l’UCIP.

 

Il était alors normal que les éditeurs et journalistes participent à ces échanges au plan européen ou mondial et s’engagent dans leurs structures. Depuis lors il y a eu des fusions : par exemple UNDA et OCIC ont fusionné en 2001 sous la forme de SIGNIS (qui n’existe pour les Suisses qu’à travers une cotisation et l’éventuelle participation à des festivals de télévision religieuse ou des festivals du cinéma, spécialement à la faveur de jurys œcuméniques). Par ailleurs on sait l’UCIP assez gravement malade. Au reste, le besoin de collaboration internationale s’est largement estompé, notamment en raison des communications électroniques.

 

Le besoin d’association a fait naître en Suisse romande, précisément au début des années 1970 le groupe des Informateurs religieux de Suisse romande. Il s’est réuni d’abord à Fribourg, puis dès 1976 chaque mois à Lausanne. Les rencontres étaient centrées sur l’information mutuelle et l’échange de compétence. Les invités – parfois prestigieux - nous donnaient des informations « off the records ». Peu avant la mort de Paul VI, les informateurs religieux avaient déjà fait un double vote à bulletin secret, l’un pour dire qui serait le prochain pape (le cal Benelli aurait été élu), et l’autre pour dire qui nous souhaiterions avoir comme prochain pape : il n’y avait pas eu de voix pour le cardinal Luciani, mais deux pour un certain Wojtyla.

 

Le groupe des informateurs religieux a été absorbé dans l’Association suisse des journalistes catholiques (ASJC) que Bruno Holtz a relancée avec beaucoup de conviction.

 

Aujourd’hui le niveau associatif est devenu fragile. Même les associations professionnelles des journalistes, telles Impressum, ont beaucoup de peine à mobiliser les troupes. Et les plus jeunes n’ont ni le temps ni l’intérêt pour y participer en dehors de leur temps salarié.

 

4.    La communication institutionnelle

 

Autre chapitre, celui de la communication institutionnelle de l’Eglise. En 1971, il n’existait en Suisse romande aucun poste de chargé de communication ou d’attaché de presse pour l’Eglise. A la suite des décisions du Synode 72, la Conférence des évêques nous a invités, Nestor Werlen et moi, pour présenter ce que pourrait être un cahier des charges du poste d’attaché de presse de la Conférence des évêques. A cette époque, la CES ne donnait pas de conférence de presse, à part les 2 ou 3 qui ont été organisées pour lancer et accompagner le Synode 72.

 

La CES se réunissait peu, et, comme l’avait dit un professeur à l’Université de Fribourg, « au moins une fois par an à Einsiedeln pour déterminer qui écrirait la lettre pastorale, pour fixer les dates des quêtes communes à tous les diocèses, et procéder à des nominations, spécialement pour des aumôniers interdiocésains ». Avant le Concile, les évêques avaient peu à échanger sur des questions de foi et de doctrine. A cause du Synode 72 (dont le lancement dut beaucoup à Ivo Fürer, Alois Sustar et Albert Menoud), les évêques ont dû se réunir beaucoup plus souvent et surtout se prononcer entre eux sur des questions pastorales, sur des conflits ecclésiaux (autour de Mgr Lefebvre, S. Pfürtner), et sur des prises de position à l’égard de la société (statut des saisonniers, objection de conscience, avortement, émissions religieuses dans le service public).

 

Dans le sillage du Synode 72, l’Eglise catholique dans les cantons a aussi éprouvé le besoin de se doter de postes pour les relations publiques. Le premier cahier des charges que j’ai eu l’occasion de rédiger l’a été pour le Jura pastoral. Ce cahier des charges, qui de fait n’a pas été utilisé pour des raisons de personnes, l’a été peu après pour l’Eglise catholique du canton de Vaud. Puis une structure, même minimale, a été mise en place dans tous les cantons romands, et sauf erreur à Genève d’abord avec le SIC – Service d’information catholique pris en charge par le P. Dayer. Quant à l’évêché de Lausanne, Genève et Fribourg, il a fait appel bien plus tard à Yvan Stern qui, en même temps, s’occupait d’Evangile et Mission et de l’Office catholique du cinéma (plus tard Cinédia).

 

Aujourd’hui, il est normal que chaque Eglise cantonale soit dotée d’une structure d’information et de communication. Quand l’Eglise comme telle a une telle structure, cela lui évite d’attendre des journalistes catholiques qu’ils soient eux-mêmes les porte-parole - haut-parleurs -  de l’Eglise. L’existence des PR dans l’Eglise aide à respecter le RP des journalistes, et réciproquement. Mais peut-être viendra le jour où il faudra plaider l’existence d’une activité catholique journalistique car on préférera investir dans les seules relations publiques. Ce serait alors une grande perte pour la crédibilité de l’Eglise dont les relations publiques pourraient être assimilées à celles de Apple, Toyota, Kodak ou celles des états-majors de partis politiques.

 

Dans la communication institutionnelle, je pourrais ici rappeler le démarrage ecclésial d’internet. Il a fallu lutter pour doter l’Eglise de chargés d’information. Il a aussi fallu lutter pour que l’Eglise entre sur la toile. J’avais dit à un collègue journaliste danois qui me disait qu’on pouvait « envoyer des messages par ordinateurs », que cela ne m’arriverait jamais ! En fait je sentais bien que cela arrivait. Nous avons été stimulés en Suisse par Matthias Loretan et son projet KKSO ( Katholische Kirche Schweiz On line). Et très rapidement en Suisse romande se sont réunis à Fribourg les directeurs d’APIC et du CCRT avec l’attaché de presse et l’informaticien de l’Eglise catholique du canton de Vaud. Ensemble ils ont lancé un premier site cath.ch, plus d’un an avant la structure officielle de Catholink.

 

5.    La conception des médias

 

Au-delà des aspects organisationnels, il faut aussi voir si, en 40 ans, quelque chose a changé dans la conception des médias et l’approche de l’information religieuse. Cela mériterait une analyse entière.

 

D’abord, sur le plan théorique – ou doctrinal – 1971 marque effectivement une étape majeure. Alors que l’Eglise a éprouvé des difficultés sérieuses avec les conséquences de l’imprimerie, puis avec le cinéma, elle a eu une attitude de principe très positive à l’égard de la Radio dès 1931, puis avec la télévision dès l’Eurovision de la Pentecôte 1954 avec le pape Pie XII. Elle a gardé cette attitude très positive avec la communication numérique. Mais cet accueil signifiait surtout que l’Eglise voyait dans les divers médias d’abord une possibilité d’amplifier son message, comme si tout à coup la chaire allait avoir un effet démultiplié comme si elle bénéficiait de très grands haut-parleurs.

 

Cette conception utilitariste s’est retrouvée dans le document du concile Vatican II Inter Mirifica (4 décembre 1963). Ce qu’il faut remarquer positivement c’est que le concile qui produira 16 documents en consacre un exprès pour les moyens de communication sociale. Mais ce document est celui dont l’adhésion est devenue de plus en plus fragile lors des votes des évêques, au point qu’il a paru bon, tout de suite, de mettre en route la rédaction d’une instruction pastorale, et cela avec l’aide directe de professionnels de la communication. Ainsi est né le document de 1971 : Communio et progressio, un texte qui reste encore un phare dans la réflexion de l’Eglise sur les médias. 

 

Pour le dire en peu de mots, Communio et Progressio s’éloigne d’une approche purement moralisante et utilitariste pour offrir une théologie de la communication référée aux grands mystères de la foi chrétienne. On y évoque le rôle de l’opinion publique, le droit d’être informé et d’informer, les genres artistiques (comme il y des genres littéraires dans la Bible), la formation des usagers, la responsabilité des journalistes, le dialogue entre l’Eglise et le monde : bref, une réflexion qui après 40 ans tient encore la route et qui mérite sérieusement de faire l’objet d’un colloque cette année (nous en parlerons la semaine prochaine à la Commission pour la communication et les médias).

 

La doctrine stimulante d’il y a 40 ans, ce n’était pas encore la pratique de l’époque, et ce n’est pas encore la pratique d’aujourd’hui, malgré toute une série de documents de qualité sur les médias émanant du Saint-Siège (Aetatis Novae, thèmes particuliers comme ceux de l’œcuménisme ou de la formation du clergé ; messages annuels du Pape pour la Journée mondiale des moyens de communication sociale).

 

En même temps, les médias ont connu en 40 ans des évolutions considérables que vous connaissez : il y a eu la libéralisation des cadres juridiques, la multiplication des vecteurs, l’accélération de l’information, la concurrence des parts de marché, la course à l’audimat, au tirage contrôlé (même gonflé) et aux scoops. On a appris à dire des demi-vérités pour extorquer le vrai parmi le faux ; on est prêt à pratiquer l’intoxication face aux camouflages et au refus de toute transparence. On pourrait trouver d’excellents exemples dans les annonces de nominations d’évêques.

 

Les médias catholiques et les journalistes catholiques ne sont pas en dehors de ces évolutions. Exemple honnête : personne n’irait commenter la béatification du pape Jean Paul II sans se préoccuper des résultats de l’audience et même du nombre d’entrées en simulcasting !

 

En fait, tout est toujours à recommencer. On croyait entrer il y a 40 ans dans une nouvelle culture de la communication : c’est celle de l’aréopage dont parle Jean Paul II dans Redemptoris Missio (1990, no 37c). Les médias sont un lieu culturel supposant l’échange dans la liberté, et pas seulement un moyen technique de « faire passer le message de l’autorité . » Mais on voit que l’Eglise n’a pas une attitude plus exemplaire que celle des gouvernements et des entreprises commerciales : « L’information est une bonne information quand l’information est positive pour l’institution ». Dès quelle ne sert pas à magnifier le parti, le régime, l’entreprise, l’information est considérée comme suspecte, mal intentionnée, nocive. Il faut craindre qu’on puisse dire que le bon journaliste est celui qui fait plaisir à qui le paie ! On connaît la formule d’Oscar Wilde : « Autrefois on avait la torture ; aujourd’hui on a les journalistes ».

 

Je me souviens de cet ancien journaliste qu’avait été Mgr Charrière, gruérien comme moi. Il m’avait accordé une interview pour ses 80 ans. C’est une fois que j’ai fermé mon magnétophone qu’il a dit ce qu’il avait sur le cœur. Je cite : « La curie romaine, c’est des tyrans ». C’est un propos qu’il ne pouvait tenir publiquement, que je ne pouvais pas rapporter non plus, mais c’était l’exacte vérité de ses sentiments à la fin d’un épiscopat qui avait servi sans faille l’institution.

 

Comment pour un journaliste ne pas faire le lien avec l’affirmation de Jésus « La vérité te (vous) rendra libre(s) » (cf. Jn8,31) ? La question pour nous reste toujours celle de la vérité : la vérité avec un grand V quand il s’agit de celle du Christ, mais aussi une vérité plus modeste, plus simple, celle des faits, des sentiments vrais, des convictions profondes, des désirs de partager quelque chose de la joie de croire. C’est la seule manière pour que notre métier soit créateur de ponts, selon le jeu de mots d’André Babel s’adressant au pape à Einsiedeln en 1984 : Vous êtes « pontifex », faiseur de pont. C’est aussi notre mission.

 

André Kolly

Fribourg, 13 mai 2011


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