Mère Teresa par Chas Fagan (photo par courtoisie Chevaliers de Colomb)
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Mère Teresa par Chas Fagan (photo par courtoisie Chevaliers de Colomb)

Canonisation


La célébration romaine du 4 septembre dernier qui mit Mère Teresa sur les autels – expression consacrée! – est l’occasion de débroussailler tant soit peu une plate bande touffue, où l’ivraie pousse avec le bon grain.

Le mot d’abord. “Canoniser” dans le langage ecclésiastique signifie faire entrer un élément dans une liste officielle et reconnue (du grec: kanôn/règle). Une application célèbre est la “canonisation” des Livres qui forment le Nouveau Testament à partir d’un choix d’écrits qui circulaient dans diverses communautés chrétiennes primitives. Une canonisation c’est donc inscrire le nom d’un personnage dans la liste des “saints” à qui l’Eglise rend un culte public. Un culte, faut-il le préciser, qui n’a rien de commun avec celui qu’elle rend au Dieu unique. Méfions-nous des apparences et des contrefaçons!

Ceci dit, en canonisant un homme, une femme ou un enfant, l’Eglise ne se prononce pas sur le statut surnaturel de la personne concernée. Cette prérogative n’appartient qu’à Dieu. Elle ne fait qu’insérer un humain dans la liste de ses saints. Mais en suivant quels critères?

Fondamentalement, un seul critère. A savoir une vie qui a particulièrement rayonné des feux de l’Evangile. L’”héroïcité des vertus”, selon le jargon ecclésiastique. Un “procès de canonisation”, où plaide aussi l’avocat du diable, tend d’en établir la certitude, au terme de longues enquêtes menées auprès de témoins autorisés et assermentés.

La pratique romaine veut encore conforter ce constat par des miracles obtenus par l’intercession du ou de la canonisable. Une exigence qui peut être relativisée selon les cas. Je souhaite – mais qui suis-je pour émettre ce souhait? – que l’exception devienne la règle générale. Non seulement parce qu’il est difficile et même impossible de déterminer l’origine surnaturelle d’un phénomène physique, mais parce que le plus beau prodige qui soit au monde est une vie toute donnée à Dieu et aux hommes. Ce qu’ont tenté de réaliser, tant bien que mal, les saints et les saintes devenus nos modèles.

Et que l’on ne reproche pas aux catholiques cette singularité! En réalité, elle n’en est pas une. Les protestants de Genève rendent hommage aux Réformateurs exposés sur leur mur; les musulmans visitent les mausolées où reposent leurs marabouts et, à Paris, les francs-maçons s’inclinent au Panthéon devant les catafalques et urnes funéraires de leurs héros. Il n’y a guère que les partisans de funérailles “dans l’intimité” qui ne respectent pas ce devoir de pieuse mémoire. Signe de déshumanisation de notre société?

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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