La cathédrale de Lausanne, consacrée en 1275, réformée depuis 1536. (Photo: Pierre Pistoletti)
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La cathédrale de Lausanne, consacrée en 1275, réformée depuis 1536. (Photo: Pierre Pistoletti)

Cathédrale de Lausanne: Marie cherche sa place!


Je suis un tantinet amusé, mais aussi intéressé, par la polémique relative à l’installation d’une statue de la Vierge sur le portail Montfalcon de la Cathédrale de Lausanne. Tout d’abord, je persiste à appeler «cathédrale» et non «grand temple» cet édifice, même si l’évêque qui avait en ce lieu sa «cathèdre» trouva un jour asile à Fribourg.

Si mes informations sont exactes, c’est Monsieur Haury qui plaida avec succès l’ouverture de la cathédrale à d’autres dénominations chrétiennes. Il verrait bien aujourd’hui une statue de la Vierge figurer au centre du portail Montfalcon. Initiative qualifiée d’œcuménique par certains. A moins qu’il s’agisse de rendre justice à la «Dame» à qui les Vaudois d’autrefois avaient dédié leur cathédrale.

Luther tenait en grande estime la Mère de Jésus dont il commenta son Magnificat.

Il semblerait que les envahisseurs bernois ne laissèrent pas le temps au dernier évêque résidant à Lausanne, Sébastien de Montfalcon, de mettre la touche finale à la restauration du portail qui porte le nom de sa famille. Une oeuvre qui fut remaniée au cours des siècles suivants. D’où ma question: une statue de la Vierge y figurait-elle déjà au temps de Sébastien de Monfalcon ou la niche était-elle encore vide à l’arrivée des Bernois?

Dans le premier cas, il s’agirait de rendre à un site architectural sa forme et sa destination primitives et la théologie n’aurait pas à s’interférer dans cette question technique; dans le second cas, la mise en place de nos jours d’une statue de la Vierge à cet endroit pourrait donner lieu à un débat interconfessionnel dont l’envergure dépasse ce portail. Et c’est bien ce qui se produit.

J’entendais il y a quelques semaines un membre protestant de la communauté de Bose rapporter à une assemblée de théologiens vaudois cette succulente anecdote. Il se souvenait de la répartie d’un camarade d’école catholique du pays de Neuchâtel prétendant que les protestants dans leurs temples adoraient les murs, tandis que les catholiques dans leurs églises adoraient les images.

C’est le verbe «adorer» qui fait problème dans les deux cas, tout autant que les murs vides ou les images colorées, objets d’«adoration». Protestants et catholiques sont donc également interpellés sur leur pratique respective. Prier face au mur, ou prier face à une image? Qui a tort? Qui a raison? Chaque attitude révèle une théologie particulière.

Le débat n’est pas simple parce que la Réforme elle-même apporta des solutions différentes. Et ce n’est pas Bernard Reymond[1] qui le contestera, lui qui a pris parti dans cette discussion. Luther ne fut pas iconoclaste. Il suffit de visiter les églises luthériennes de Scandinavie pour s’en rendre compte. Sans donner dans la mariolâtrie, le moine de Wittenberg tenait en grande estime la Mère de Jésus dont il commenta son Magnificat. Un des meilleurs textes, précisent les connaisseurs[2], pour pénétrer la pensée du réformateur allemand. Il y a donc réforme et réforme. Celle de Luther – commémorée cette année – n’est pas celle de Calvin, ni celle de Zwingli qui s’est imposée à Lausanne par Bernois interposés.

Alors, statue ou pas statue? La décision appartient aux Vaudois aujourd’hui propriétaires de la cathédrale. J’aurais préféré quant à moi que Marie ne fut pas une nouvelle fois sujet de dissension entre les amis et amies de son fils. Elle qui, au dire des Actes, priait au milieu de toute la famille chrétienne, quand l’Eglise n’était qu’un petit troupeau apeuré, reclus dans un cénacle. Il se pourrait que cette image saisissante puise correspondre à celle que donne l’Eglise de notre temps, toute dénomination confondue.

Guy Musy | 06.06.2017


[1] Bernard Reymond, Le protestantisme en Suisse. Portraits et effets d’une influence, Labor et Fides, Genève 1999.
[2] Ainsi, le professeur Marc Lienhard, dans une récente conférence à l’Université de Genève.


Voir aussi: 

Une Vierge à la cathédrale de Lausanne: la controverse continue

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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