Résurrection du fils de la veuve, San Milla de la Cogolla.
Blog
Résurrection du fils de la veuve, San Milla de la Cogolla.

Evangile de dimanche: Touché aux entrailles


Lc 7, 11-17

2 cortèges se rencontrent (11-12)

Alors que Jésus et ceux qui l’accompagnent (disciples et foule nombreuse) s’approchent des portes de Naïm, un village de Galilée, un autre cortège, funèbre, en sort.

Le mort est le fils unique d’une veuve.

L’intervention de Jésus (13-15)

Jésus, nommé Seigneur, un titre qui dit sa divinité, voit la mère et la profondeur de sa détresse: déjà veuve, la voici  encore privée de son seul fils. Devant un tel malheur Jésus est atteint aux entrailles pour elle (13).

La parole de consolation (ne pleure pas) pourrait paraître dérisoire si elle ne s’accompagnait d’une démarche de Jésus. S’étant approché, il touche ce qui est impur et est sensé rendre impur, interrompant de la sorte la marche des porteurs.

Au jeune homme, il ordonne: réveille-toi, comme s’il s’agissait d’un sommeil; sa parole se révèle efficace: le jeune homme se redresse (s’assied) et parle.

Jésus fait alors ce que le prophète Elie avait fait pour la veuve de Sarepta (1 R 17,23): il le remit à sa mère, rendant à cette dernière ce qui lui revient.

Il nous faut admettre que les miracles accomplis par Jésus sont des signes.

Réaction des assistants et étendue de la renommée (16-17)

Devant ce retour à la vie (qui n’est pas à proprement parler une résurrection puisque la vie du jeune homme se terminera par la mort), tous les assistants (sans exception, alors qu’ordinairement l’assistance se divise) éprouvent de la crainte. Il s’agit là d’une attitude positive qui dit la perception de quelque chose qui les dépasse, c’est pourquoi ils glorifient, non pas Jésus, mais Dieu qu’ils considèrent comme l’auteur de cette victoire sur la mort et le chagrin.

En Jésus, ils reconnaissent un grand prophète, c’est-à-dire un envoyé de Dieu qui parle et agit en son nom, peut-être dans la lignée d’Elie; ils lisent aussi en lui et son pouvoir une visite (positive) de Dieu à son peuple.

Ils ont donc fait preuve de perspicacité, reconnaissant en Jésus une intervention gratuite (il n’est pas question d’une demande de la mère ou de sa foi), aimante et libératrice de Dieu.

Cet acte qui sort grandement de l’ordinaire contribue (17) à faire parler de Jésus dans toute la région.

Une révélation capitale

Il n’est pas rare que nous soupçonnions Dieu, si ce n’est d’être responsable de la souffrance qui nous atteint, tout au moins d’y être indifférent: il ne l’empêche pas, et le plus souvent ne nous en délivre pas.

Cette page désavoue une telle compréhension. Elle nous fait rencontrer un Christ atteint aux entrailles (pour ne pas dire “aux tripes”) devant une telle icône du malheur. Il rend à la mère-veuve le fils dont elle a besoin.

La question devient alors: pourquoi cette intervention en faveur de cette femme et plus en faveur des souffrants de notre monde? Y a-t-il eu un temps pour la compassion et la guérison qui s’est achevé avec l’Ascension?

Il nous faut admettre que les miracles accomplis par Jésus sont des signes. Ils pointent vers une délivrance plus profonde et plus décisive qui s’appelle le salut.

Ce salut, il est offert à tout homme par la résurrection du Christ, victoire définitive sur la mort. Dès lors le signe de Naïm, bien que nécessaire, est peu de chose en comparaison de cet arrachement foncier à la mort; il est comme une préfiguration, un sursis de vie terrestre, mais c’est pour la vie en plénitude et la résurrection que nous sommes faits.

Il nous revient d’ici là de prendre humblement la relève du Christ compatissant auprès de nos frères souffrants, tout en sachant que seule la résurrection délivrera définitivement de toute forme de veuvage et de deuil…

Marie-Christine Varone | 03.06.2016


Lc 7, 11-17
11 Par la suite, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule.
12 Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme.
13 Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit: “Ne pleure pas.”
14 Il s’approcha et toucha le cercueil; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit: “Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi.”
15 Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère.
16 La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant: “Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple.”
17 Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région.

Marie-Christine Varone

Marie-Christine Varone est née à Sion en 1946. Ses années de collège correspondent avec celles du Concile Vatican II et la découverte des grandes Constitutions, d'où, une envie de faire de la théologie, par intérêt personnel, mais, plus encore, pour aider les laïcs à acquérir une meilleure intelligence de la foi chrétienne.
Etudiante en théologie à Fribourg, c'est rapidement l'Ecriture sainte qui devient son centre d'intérêt premier et qui sera à la base de la formation d'adultes à laquelle elle se consacrera.
Elle mène de front l'enseignement biblique (dans le milieu très international de l'Ecole de la Foi fondée par J. Loew, à la faculté de théologie de Fribourg et à l'IFM, l'Institut de formation aux ministères) et la formation biblique d'adultes en Suisse romande (cours du soir, sessions, cours par correspondance, formation d'animateurs bibliques, etc.), en particulier comme co-fondatrice et animatrice responsable de l'Association Biblique Catholique (ABC).
Avec la rubrique "l'évangile de dimanche", M.-C. Varone souhaiterait amener les lecteurs à lire eux-mêmes (seul ou à plusieurs) l'évangie du dimanche, pour lui "donner réellement ses chances" autant par une écoute respectueuse du texte, que par un accueil existentiel.

Auteur
Dernières publications
Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. | Domaine public
On a souvent compris: le temporel à l’état, le spirituel à Dieu, or le message est plus complexe et plus riche. (Masaccio: Le paiement du tribut). | Wikimédia commons