Rembrandt, Le retour du fils prodigue, 1668, (détail).
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Rembrandt, Le retour du fils prodigue, 1668, (détail).

Dimanche de la Miséricorde


Dans le calendrier de cette «Année Sainte de la Miséricorde» à laquelle le Pape François nous convie, la fête de ce dimanche revêt une dimension particulière. Nous célébrons en effet demain le «Dimanche de la Miséricorde» institué par le Pape Jean-Paul II. L’occasion de revisiter cette célébration à la lumière du Jubilé.

Un peu d’histoire

Il est frappant de noter qu’au cours de l’histoire de l’Eglise, trois fêtes liturgiques sans lien particulier avec les épisodes de la vie du Christ ou des saints ont été progressivement introduites, chaque fois à l’initiative d’une religieuse bientôt déclarée sainte. La première fois, au milieu du XIIIème siècle à Liège, sainte Julienne du Mont-Cornillon obtient de son évêque l’institution de la Fête-Dieu. Dans un contexte marqué par les guerres et les premières contestations de la présence eucharistique, il s’agissait de rappeler que le Seigneur ne craint pas de nous rejoindre, dans la réalité de sa divinité, jusque dans le quotidien de nos vies, de nos places et de nos quartiers. La procession du Saint-Sacrement devenait ainsi le moyen de célébrer en même temps la merveille de l’eucharistie et son étonnante proximité.

Plus tard, dans le XVIIème siècle français empreint de l’austérité janséniste, sainte Marguerite-Marie Alacoque reçoit au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial la révélation de l’amour infini du cœur de Jésus. A travers bien des épreuves, elle parvient à diffuser la fête du Sacré-Cœur, «ce cœur qui a tant aimé les hommes». Tandis que l’Europe peine à se relever d’une Guerre de Trente Ans qui lui aura coûté le quart de sa population, sainte Marguerite-Marie a l’audace de rappeler que Dieu a un cœur, et que ce cœur est plein d’amour et de compassion pour le monde. Enfin, dans la Pologne meurtrie du XXème siècle, sainte Faustine Kowalska contribue fortement à répandre la dévotion à la Miséricorde divine dont saint Jean-Paul II fixera la fête au dimanche suivant Pâques – jour à la veille duquel il mourra quelques années plus tard.

La miséricorde se révèle donc bien comme la clé de l’histoire du salut.

A travers ces événements se dégage ainsi comme une constante. A chaque fois, le contexte historique se trouve marqué par les guerres et les épreuves. Et à chaque fois, une religieuse rappelle que le Seigneur n’est pas un dieu de guerre, mais de paix; qu’il est proche et miséricordieux; qu’il est plein de bonté et d’amour pour les hommes.

La divine miséricorde

On peut penser que le Pape François avait ces éléments en mémoire lorsqu’il a voulu promulguer une Année Sainte de la Miséricorde. En hébreu biblique, le mot de la miséricorde évoque l’émotion des entrailles maternelles à la vue de la misère de son enfant. Ce mot, «rahamim», entre bientôt dans le nom d’Abraham, père de tous les croyants, et qualifie l’amour du Seigneur qui n’oublie aucun de ses petits. Dans la traduction grecque, cela donne le thème bien connu du «Kyrie eleison»: la miséricorde est la compassion de Dieu qui nous «prend en pitié» et aime pardonner.

Ce même thème se retrouve d’ailleurs plusieurs fois dans l’Evangile pour qualifier l’émotion éprouvée par Jésus face à la souffrance des hommes, que ce soit le deuil de la veuve de Naïm (Lc 7) ou la faim de la foule sans berger (Mt 15). Dans la célèbre parabole du fils prodigue (Lc 15), le père aussi se trouve «pris de compassion» au retour tant attendu de son enfant. «C’est bien lui, le père, qui a pleuré le plus», note Paul Baudiquey; et c’est sous la figure de ce père tendre et miséricordieux que Jésus nous invite à reconnaître les véritables traits de Son Père qui est Dieu. Faut-il aller jusqu’à penser que c’est à la faveur de l’éloignement de son fils que le père se découvre ainsi à lui-même un tel désir de miséricorde et de pardon? Le fait est que Dieu ne permet rien dont il ne soit capable de tirer un bien plus grand, et que «tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu» (comme l’écrit saint Paul aux Romains) – «même le péché» (commentera saint Augustin). La miséricorde se révèle donc bien comme la clé de l’histoire du salut. Dieu a créé le monde pour le sauver. Il n’a pas de plus grand désir que d’étendre son pardon à tous ceux qui veulent bien l’accueillir. Il est des réconciliations plus belles que des innocences. A quoi bon vivre sinon pour être sauvé?

Un dimanche de fête

Jusqu’à l’introduction de la «fête de la Miséricorde» en 2001, on appelait le second dimanche de Pâques «in albis», en raison de sa couleur liturgique blanche au terme de l’Octave pascale. Cette note s’accorde bien sûr parfaitement à celle de la Miséricorde. Celle-ci se présente comme la joie d’être aimé au-delà de tout mérite et de toute mesure. La Miséricorde ne s’affranchit pas de la justice, mais va au-delà de ses strictes exigences pour offrir un amour toujours plus grand, un par-don qui «donne par-dessus».

Dans des situations inextricablement conflictuelles, à quelque niveau que ce soit, avons-nous un autre chemin pour nous en sortir? La miséricorde se donne, elle peut se recevoir de Dieu dans le sacrement de la réconciliation, elle s’illustre par des œuvres qui témoignent de sa réalité dans nos vies. Au cœur de cette Année Sainte qui lui est consacrée, que ce Dimanche de la Miséricorde nous y encourage!

Pierre-Yves Maillard| 31.03.2016

Pierre-Yves Maillard

Prêtre du diocèse de Sion, l’abbé Pierre-Yves Maillard est actuellement vicaire général de ce diocèse

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