Chantal Reynier

Evangile de dimanche: Attendre…

Encore une parabole sur le Royaume. Cette fois-ci, il n’est pas comparable à un trésor enfoui, à du levain, à un marchand, ou encore à un festin. Luc met en scène deux groupes de cinq jeunes filles invitées à des noces. Elles sont dans des postures diamétralement opposées. Et la finale adressée par l’époux à celles qui n’ont pas pris les moyens pour venir à sa rencontre sonne comme une condamnation: «Je ne vous connais pas».

Jésus nous met devant des questions fondamentales. Dans la vie, qu’attendons-nous? La liberté, le bonheur, l’argent? ou encore la fin d’une épreuve, une sortie de crise, la guérison…? Comment notre foi façonne-t-elle cette attente de choses tout à fait légitimes? Quel est le fondement sur lequel nous tenons?

Sommes-nous de ceux et de celles qui veulent veiller mais qui ne se munissent pas d’huile pour leurs lampes? L’oubli d’une chose aussi indispensable révèle que l’objet de l’attente est, aux yeux de qui commet un tel oubli, sans importance. Et dans ce cas, il n’est pas question de compter sur les autres. La réserve d’huile ne se partage pas.

L’égoïsme n’en est pas pour autant valorisé! L’huile des uns ne peut servir aux autres. En effet, personne ne vit par procuration. Etre chrétien, c’est laisser grandir, dans ce que la personne a de plus sacré, le désir de rencontrer le Seigneur. C’est prendre les moyens de l’accueillir.

«Désirer le Seigneur comme Celui qui vient, nous libère de nos replis sur soi, de nos désillusions, pour nous permettre d’entendre la souffrance de nos contemporains.»

Parce que cela ne va pas de soi, saint Paul, dans la deuxième lecture, nous met en garde: «ne soyez pas comme ceux qui n’ont pas d’espérance ». Et Jésus, par le biais de la parabole, nous interroge chacun personnellement: nous, chrétiens, qu’espérons-nous? Partageons-nous la morosité, voire la désespérance de certains de nos contemporains?

La première lettre aux Thessaloniciens et l’Evangile comparent la mort à un endormissement. Or, Jésus a la capacité de nous réveiller, c’est-à-dire de nous arracher à ce sommeil mortel. C’est ce que nous croyons lorsque nous proclamons qu’«il est ressuscité d’entre les morts». Celui qui est vivant pour toujours a la capacité de nous nous faire vivre. Comment nous appuyons-nous sur sa parole? Notre vie intérieure est-elle orientée vers l’attente du Seigneur de sorte que nos choix et notre manière d’être soient peu à peu modelés par elle? 

Croyons-nous vraiment que Jésus va revenir, «au milieu de la nuit», c’est-à-dire au moment où on ne l’attend pas et au milieu des tourments que traversent nos sociétés? Désirer le Seigneur, l’attendre au fond de son cœur, ce n’est pas se soustraire aux événements qui secouent notre monde.

Bien au contraire, désirer le Seigneur comme Celui qui vient, nous libère de nos replis sur soi, de nos désillusions, pour nous permettre d’entendre la souffrance de nos contemporains. La veille attentive et responsable nous porte, dans la simplicité du quotidien, non seulement à la rencontre du Christ mais elle nous rend apte à témoigner de l’Espérance auprès de tous nos frères.

Chantal Reynier | Vendredi 6 novembre 2020


Mt 25,1-13

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples cette parabole :
    « Le royaume des Cieux sera comparable
à dix jeunes filles invitées à des noces,
qui prirent leur lampe
pour sortir à la rencontre de l’époux.
    Cinq d’entre elles étaient insouciantes,
et cinq étaient prévoyantes :
    les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile,
    tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes,
des flacons d’huile.
    Comme l’époux tardait,
elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
    Au milieu de la nuit, il y eut un cri :
›Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.’
    Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent
et se mirent à préparer leur lampe.
    Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes :
›Donnez-nous de votre huile,
car nos lampes s’éteignent.’
    Les prévoyantes leur répondirent :
›Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous,
allez plutôt chez les marchands vous en acheter.’
    Pendant qu’elles allaient en acheter,
l’époux arriva.
Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces,
et la porte fut fermée.
    Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent :
›Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !’
    Il leur répondit :
›Amen, je vous le dis :
je ne vous connais pas.’

    Veillez donc,
car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »

«Les vierges sages et folles». Par Peter von Cornelius, 1813 | Domaine public
6 novembre 2020 | 17:00
par Chantal Reynier
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