Sœur Marie-Paule

Evangile de dimanche: Ce qui était perdu...

S’il est un évangile que l’on connaît depuis l’enfance, c’est bien celui de Zachée. Tout de suite, il nous paraît sympathique. Même si c’est un adulte, il est petit comme un enfant et agit un peu comme un enfant, en montant sur un arbre pour voir Jésus. D’ailleurs cette rencontre le transforme et le rend joyeux… comme un enfant !

Mais les habitants de Jéricho, eux, ne devaient pas le trouver bien sympathique. C’était un collabo et de plus il s’enrichissait sur le dos des administrés. Un escroc, oui et un traître, voilà ce qu’ils voyaient!

Et pourtant, ce personnage, pour le moins douteux, désire ardemment voir Jésus. C’est que la réputation de ce dernier le précède, ses discours mettant en garde contre les richesses et leur pouvoir d’attraction n’ont pas pu lui échapper. Mais pourquoi donc Zachée cherche-t-il pareillement à voir Jésus? Il y a là comme une force d’attraction irrépressible. De son côté, Jésus qui est venu précisément pour les pécheurs, ne peut pas, ne pas s’arrêter. Les deux s’appellent irrésistiblement. Le pécheur se sent à l’aise un peu instinctivement avec Jésus et Jésus s’invite à demeurer chez lui. La raison? Jésus est venu sauver ce qui était perdu.

Ce qui était perdu… C’est cela qui est important à ses yeux. Ce qui a été atteint par le péché est sur le point de se corrompre. C’est cela qui arrête le regard de Jésus, déclenche l’amour et le pardon.

Tous ceux qui se croient juste, la grande majorité des habitants de Jéricho, ceux qui méprisent les pauvres pécheurs, ne se trouvent pas dans l’axe du regard de Jésus, ni dans le rayonnement de son amour. Ils se suffisent à eux-mêmes. N’ayant aucun besoin de salut, ils sont loin de Jésus. Ils ne peuvent même pas comprendre qu’il puisse s’inviter à table chez un pécheur, car ils ne connaissent qu’une seule forme de panégyrique: celle qui célèbre les vertus et les hauts faits.

«Sans détresse, sans faille, il est impossible au salut de se frayer un chemin jusqu’au coeur de l’homme»

Ils n’osent pas confesser leurs péchés parce qu’ils ignorent la miséricorde. Ils doivent donc cacher leurs faiblesses, parce qu’ils ne peuvent imaginer qu’elles permettent de déployer la puissance de Dieu. Sans détresse, sans faille, il est impossible au salut de se frayer un chemin jusqu’au cœur de l’homme. Quel retournement pour les pharisiens de toutes les époques qui recherchent à conserver et atteindre une certaine pureté, quitte à se faire passer pour un autre.

Pourtant, face Dieu, tous les artifices tombent, plus besoin de jouer un rôle. Là, enfin, l’on peut se présenter tel que l’on est avec ses parts d’ombre et d’obscurité, en toute confiance. Pourquoi? C’est la première lecture déjà qui nous le dit: «Tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres (…). En fait, tu épargnes tous les êtres, parce qu’ils sont à toi, Maître qui aimes les vivants, toi dont le souffle impérissable les anime tous.

Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur. » (Sg 11)

Finalement, Zachée devrait nous paraître encore plus sympathique lorsque nous vieillissons, parce nous devenons plus conscients de l’abîme qui nous sépare de Jésus. Alors en avance de quelques semaine, nous pouvons déjà dire : «Viens, Seigneur Jésus !»

«Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu» (Lc 19, 1-10)
En ce temps-là,
    entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait.
    Or, il y avait un homme du nom de Zachée ;
il était le chef des collecteurs d’impôts,
et c’était quelqu’un de riche.
    Il cherchait à voir qui était Jésus,
mais il ne le pouvait pas à cause de la foule,
car il était de petite taille.
    Il courut donc en avant
et grimpa sur un sycomore
pour voir Jésus qui allait passer par là.
    Arrivé à cet endroit,
Jésus leva les yeux et lui dit :
« Zachée, descends vite :
aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »
    Vite, il descendit
et reçut Jésus avec joie.
    Voyant cela, tous récriminaient :
« Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. »
    Zachée, debout, s’adressa au Seigneur :
« Voici, Seigneur :
je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens,
et si j’ai fait du tort à quelqu’un,
je vais lui rendre quatre fois plus. »
    Alors Jésus dit à son sujet :
« Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison,
car lui aussi est un fils d’Abraham.
    En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver
ce qui était perdu. »

«Zachée, descends vite: aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison.» | Abbaye St-Pierre du Vigeois, en Corrèze
1 novembre 2019 | 17:47
par Sœur Marie-Paule
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