Jésus guérit un aveugle. Mosaïque du 5e siècle. Basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne (Italie). (Photo: Flickr/Lawrence OP/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-NC-ND 2.0</a>)
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Jésus guérit un aveugle. Mosaïque du 5e siècle. Basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne (Italie). (Photo: Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0)

Evangile de dimanche: l’échelle de la piscine du baptême


La guérison d’un aveugle. Tout un chapitre – 41 versets – pour transcrire un événement plutôt extraordinaire. L’évangéliste semble s’être mué en reporter, avec micro et caméra. On dirait une page écrite par un journaliste fidèle aux faits bruts, jusqu’au scrupule.

En réalité, l’auteur met en scène, à partir d’un authentique miracle de Jésus, toute une catéchèse baptismale clairement signifiée par l’invitation faite à l’aveugle d’aller se laver dans la piscine de Siloé pour en ressortir guéri, désormais pleinement ouvert à la lumière, à commencer par celle de la foi. Il faut lire attentivement le chapitre en son entier pour repérer un double mouvement sur l’échelle de cette aventure intérieure.

“Et l’aveugle dit: Je crois, Seigneur. Et il se prosterna devant lui.” La foi et la pratique de l’Eglise!

Le premier peut se comparer à une remontée de la piscine, pas à pas, comme sur une échelle qui mène à la foi. Au fur et à mesure qu’il affronte les oppositions et les résistances de ceux qui l’interrogent, l’aveugle grandit dans sa découverte du mystère du Christ. A ses voisins curieux, il déclare qu’il a été guéri par “l’homme Jésus” (v. 11). Aux Pharisiens très soupçonneux, il affirme que ce Jésus est pour lui “un prophète” (v. 17).  A d’autres Pharisiens, qui accusaient Jésus d’être un pécheur, l’homme oppose la croyance en un “homme de Dieu” (v. 33). Mais sa foi va éclater au contact direct de Jésus qui l’invite à croire au “Fils de l’Homme”, avec toute la profondeur de ce vocable dans la tradition juive, à savoir le Messie envoyé du ciel pour rassembler les hommes dans la communion avec Dieu. “Et l’aveugle dit: Je crois, Seigneur. Et il se prosterna devant lui.” La foi et la pratique de l’Eglise!

A l’inverse de l’aveugle re-né des eaux du baptême, les autres protagonistes parcourent l’échelle en la descendant, jusqu’à l’aveuglement intérieur. Ils s’enfoncent. Les voisins ne savent pas que penser. Ils demeurent sceptiques. Les premiers Pharisiens refusent de croire à la réalité de la guérison. Les parents de l’aveugle se défilent devant les questions par peur des conséquences. Pour d’autres Pharisiens, la cause est entendue: Jésus n’est qu’un vilain imposteur. Et ils jettent dehors l’aveugle guéri qui s’obstinait à commencer de croire en lui. Rien de nouveau dans les obscurités du monde.

Monter ou descendre l’échelle de la foi. Qui que nous soyons, nous circulons tous sur cette échelle, tant il est humain d’avancer, mais aussi parfois de reculer, sur le chemin de notre adhésion au Christ. L’aveugle guéri a aussi passé par des étapes progressives jusqu’à la pleine reconnaissance, jusqu’à l’adoration. Qui peut dire qu’il n’a jamais fait quelques pas en arrière ou de côté dans l’aventure de sa foi?

Il y a au moins une vérité à laquelle nous devrions croire sans faille, surtout à la faveur de ce carême: Jésus nous cherche toujours et nous rattrape souvent sur les sentiers de nos quêtes intérieures, y compris quand il fait nuit en nous.

Car il est la lumière du monde.

Claude Ducarroz | 24.03.2017


Jn 9, 1-41

01 En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance.

02 Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »

03 Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.

04 Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler.

05 Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »

06 Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle,

07 et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.

08 Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »

09 Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. »

10 Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? »

11 Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »

12 Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »

13 On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle.

14 Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.

15 À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. »

16 Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.

17 Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. »

18 Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents

19 et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? »

20 Les parents répondirent : « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle.

21 Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »

22 Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ.

23 Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

24 Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »

25 Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. »

26 Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »

27 Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’ave z pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »

28 Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples.

29 Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »

30 L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux.

31 Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce.

32 Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance.

33 Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »

34 Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.

35 Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »

36 Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »

37 Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »

38 Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.

39 Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »

40 Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? »

41 Jésus leur répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure.

Claude Ducarroz

Claude Ducarroz est né en 1939 dans une famille de paysans fribourgeois. Ordonné prêtre en 1965, il a accompli ses études théologiques à Fribourg, Rome, Munich et Paris. Son parcours de ministère l'a conduit dans plusieurs paroisses, mais aussi dans la formation des séminaristes, dans l'aumônerie de la jeunesse et à la direction de l'Ecole de la foi. Il est connu pour ses engagements œcuméniques (Groupe des Dombes), sa sensibilité aux problèmes de société et ses interventions dans les médias. Il a publié plusieurs livres mêlant la spiritualité à la pastorale, dont Pour que plus rien ne nous sépareEn toute sincérité, Ces espérances qui me font vivre, Fleurs de vie ainsi que des entretiens avec Jean-Marc Richard, Rencontres au cœur de l’humain (Editions de la Sarine). Retrouvez ses homélies, articles et livres sur sa page internet.

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