Georges Rouault:  "Les disicples de Jésus"
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Georges Rouault: "Les disicples de Jésus"

Evangile de dimanche: Une marche obstinée


Luc 9, 51-62

Pour bien marquer le tournant irréversible pris par celui dont il narre la vie, l’évangéliste Luc utilise une formule saisissante que l’on traduit diversement, mais dont le sens est clair. Jésus durcit son visage, ses traits se figent et trahissent une détermination inhabituelle. Sa décision est prise ; il ne reculera pas et ne reviendra pas sur sa décision. C’est à Jérusalem qu’il veut se rendre, quels que soient les obstacles du chemin. Son parcours de vie antérieur n’est que le prologue de cet instant solennel. On pourrait même dire: c’est maintenant que les choses sérieuses commencent pour lui.

Jésus se dirige à Jérusalem, nous dit Luc, pour être “enlevé”. Enlevé du milieu des hommes, c’est-à-dire souffrir et mourir, mais aussi être élevé au monde de Dieu par sa résurrection. C’est là le but de sa mission librement consentie: se sacrifier par amour afin de conduire les hommes à Dieu. Le parcours est bien tracé et le charpentier de Nazareth ne se défilera pas. Il ne cherchera pas sur le chemin de pierre où reposer sa tête, ni de logis où passer la nuit, ou encore de nid pour couver ses petits. Libre comme l’air, sans famille ni amis pour le retenir, il va de l’avant avec obstination, ne s’attardant même pas à enterrer son père. Pas plus qu’il ne perd du temps à regretter sa décision. Et ce ne sont pas cette poignée de Samaritains inhospitaliers qui l’obligeront à rebrousser chemin.

Ce périple est d’abord le sien. Mais Jésus ne refuse pas que l’on marche à sa suite, que l’on mette ses pas dans les siens, le regard fixé sur lui, comme le seul chef de file. Bref, il attend de ses suivants qu’ils partagent son obstination.

Avant qu’on ne les appelât chrétiens, les disciples de Jésus étaient reconnus comme ceux qui adhéraient à la “voie” ou au “chemin”. Quel chemin ?  Celui-la même ouvert par le Maître et qui devrait les conduire eux aussi jusqu’à l’épuisement de leurs réserves d’amour.

L’Eglise de tout temps devrait donc s’identifier à ce club de marcheurs. Marcheurs honnêtes qui ne trichent pas avec l’itinéraire, ne monnayent pas leur participation à la course et ne recourent à aucun subterfuge. Notre époque n’aime pas les sportifs tricheurs. Elle ne supporte pas davantage les chrétiens nominatifs, beaux parleurs sans convictions ni cœur au ventre. “Si le sel s’affadit, à quoi sert-il?”

D’ici deux jours, nous fêterons l’un de ces lutteurs. Il avait pour nom Paul, natif de Tarse. Selon ses propres dires, il a mené sa course jusqu’au bout. Non sans difficultés, mais loyalement, les yeux rivés sur Jésus qui l’avait parcourue avant lui. Le disciple n’est pas au-dessus du maître. Mais parvenu au terme de la course, il partage la coupe de son entraîneur.

Guy musy | 24.06.2016


Luc 9, 51-62

51 Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem.

52 Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue.

53 Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.

54 Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? »

55 Mais Jésus, se retournant, les réprimanda.

56 Puis ils partirent pour un autre village.

57 En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. »

58 Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »

59 Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. »

60 Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »

61 Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. »

62 Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »

 

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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