Jésus leurs dit : "Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. " (Photo: Flickr/Philip Cohen/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-NC 2.0</a>)
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Jésus leurs dit : "Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. " (Photo: Flickr/Philip Cohen/CC BY-NC 2.0)

Evangile de dimanche: Premiers et derniers


Luc 13, 22-30

J’avoue avoir un problème avec l’expression « royaume de Dieu ». Répétée à l’envie dans le discours liturgique et évangélique, que peut-elle bien signifier? Est-ce un programme politique ou social qui nous est imparti? Nous chantons bravement et sans trop réfléchir : « Donne-nous ton Esprit pour bâtir ton royaume ». Ou alors, est-ce une réalité qui nous est donnée, mais qu’il faut encore mériter en passant par une «porte étroite» au risque de raboter ses épaules ?

La pensée juive – et notre texte en témoigne – utilise une image courante pour signifier ce royaume à venir. Elle parle d’un plantureux festin servi à quelques invités de marque, choisis sur le volet. D’où la question angoissante que se sont posés tant de croyants au cours des temps : « mon nom figure-t-il sur la liste des élus ou alors serai-je refoulé face au portail d’entrée ? » Question d’autant plus torturante que le nombre et le nom des convives seraient fixés d’avance, de toute éternité. Cent quarante quatre mille, comprennent les fondamentalistes bibliques. Pas un de plus !

Par contre, la question posée à Jésus par le quidam mis en scène dans notre texte ne manque pas de malice : « Serons-nous nombreux à nous attabler dans la salle du banquet ? Y aura-t-il foule ?»  Autrement dit, « Serai-je assis aux côtés de mes amis ou devrais-je m’accoquiner avec des gens peu fréquentables ? Par exemple  des publicains ou, pire encore, des musulmans ! ».

Pour éviter ces impasses qui ont inutilement perturbé la conscience et l’esprit de tant et tant de bons chrétiens, je préfère donner à l’expression « royaume de Dieu » un sens obvie qui fait l’économie de toute cette imagerie empruntée à la politique, à l’hôtellerie ou au calendrier. Quand je dis « royaume de Dieu », je dis Dieu lui-même, avec la richesse insondable que suggère ce vocable. Et rien d’autre. Je libère mon imagination des représentations qui défigurent et trahissent son nom. Point à la ligne.

C’est donc Dieu qu’il ne faut pas manquer de rencontrer. Et dès maintenant, sans attendre l’heure de sa mort ou je ne sais quel cataclysme qui mettrait fin au monde dans un avenir incertain. C’est Lui qui aujourd’hui se fait des amis aux quatre coins de l’horizon et partage son amour avec ceux qui ont la bonne idée de lui répondre. Ce Dieu-là, Jésus s’est fatigué à l’annoncer sur nos places et nos chemins. Jusqu’à en mourir. Il nous parlait d’un Père tendre et miséricordieux, capable de remettre – avec nous – la création sur ses rails. En avons-nous tenu compte? Depuis deux millénaires, les cloches de nos églises ne cessent de nous le rappeler. Serions-nous devenus sourds ?

Mais voilà que de jeunes pousses se lèvent et grandissent sur nos terres en friche. Nous aurions tort de les froisser, de les piétiner ou de les arracher. Ces nouveaux venus arrivent de partout. Des siècle de mépris les ont situés au plus bas de notre échelle. Les voici désormais hissées au premier rang. Ils nous tendent la main et nous entraînent à leur suite, nous les déclassés !

Guy Musy | le 19.08.2016


Luc 13, 22-30

Dans sa marche vers Jérusalem, Jésus passait par les villes et les villages en enseignant. Quelqu’un lui demanda: «Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés?»

Jésus leur dit: «Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant: “Seigneur, ouvre-nous”, il vous répondra: “Je ne sais pas d’où vous êtes.” Alors vous vous mettrez à dire: “Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.” Il vous répondra: “Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal.”
«Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers.»

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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