On a souvent compris: le temporel à l’état, le spirituel à Dieu, or le message est plus complexe et plus riche. (Masaccio: Le paiement du tribut). | Wikimédia commons
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On a souvent compris: le temporel à l’état, le spirituel à Dieu, or le message est plus complexe et plus riche. (Masaccio: Le paiement du tribut). | Wikimédia commons

Evangile de dimanche: rendre à César? 


Un climat de suspicion (15)

Depuis que Jésus est entré à Jérusalem (ch.21), les attaques contre lui ne cessent plus. Elles émanent principalement des pharisiens, mais pas uniquement, qui tout comme ici cherchent à le piéger (littéralement: à le prendre au filet en parole) en lui envoyant une ambassade.

Des compliments suspects (16)

Jésus est nommé “Maître”, comme si une autorité lui était reconnue par ses interlocuteurs qui mettent en avant sa droiture, son enseignement, son détachement et son indépendance d’esprit. Jésus est même présenté par eux comme ne faisant pas acception des personnes.

Une question peu innocente (17)

Le recours à un Maître d’une telle compétence semble donc justifié ; en fait la question (en terme de permis-défendu) est piégée (conformément au projet initial: 15). Si Jésus répond qu’il est légitime de payer le tribut à l’empereur, il sera soupçonné, voire accusé de sujétion à l’occupant romain. S’il refuse cet impôt il pourra être dénoncé à ce même occupant.

Lucidité et pragmatisme (18-21a)

Jésus, repérant l’intention mauvaise et l’hypocrisie de ces interlocuteurs, ne se laisse pas prendre au piège. Au contraire il les accule à une opération-vérité, leur demandant de nommer celui dont l’effigie figure sur le denier, ce qui les oblige à reconnaître qu’il s’agit de celle de l’empereur.

Une réponse sans appel (21b)

C’est donc à l’empereur que revient l’impôt.

Jésus ajoute une déclaration, abrupte en apparence, subtile quant au sens: (littéralement): “les (choses) de Dieu à Dieu”.

On a souvent compris: le temporel à l’état, le spirituel à Dieu, or le message est plus complexe et plus riche.

Entendant qu’il est question d’image ou d’effigie l’auditeur ou le lecteur ne peut pas ignorer que dès la Genèse (1,26) l’homme est dit créé à l’image de Dieu. Portant donc cette effigie inscrite en lui, il est normal que soit rendue, vouée à Dieu, toute sa vie, de manière à ce que l’homme soit révélateur de Dieu, son image, c’est-à-dire libre, aimant, complice de la vie. Malheureusement cette image est souvent atténuée, voire déformée par le péché; la violence, les replis sur soi, l’accaparement, l’indifférence, etc., empêchent l’homme d’être l’icône de Dieu… Seul le Fils, Jésus, est parfaite image du Père, complice en tous ses désirs de vie et d’amour, au point qu’en le voyant on voit le Père.

Une non-conversion

Une telle déclaration aurait dû bousculer, voire ébranler, les interlocuteurs de Jésus, les conduire à l’interroger plus avant, ce qui n’est malheureusement pas le cas. Ils en restent à l’étonnement et choisissent de quitter les lieux. C’est le triomphe de la mauvaise foi qui gagne du terrain et qui conduira Jésus à la Croix…

Une belle vocation

Voici donc, grâce à une nouvelle controverse, le lecteur confirmé dans sa vocation première d’image de Dieu (ce qui rend les autres représentations secondaires). Chaque fois que l’homme aime en vérité, gagne en vraie liberté, s’oublie pour laisser Dieu vivre en lui, il dit aux autres, au monde, quelque chose de Dieu et de son mystère.

La lucidité nous oblige néanmoins à reconnaître que nous sommes souvent de pâles révélateurs de Dieu, parfois même des caricatures déformantes.

Il reste alors à se tourner vers le Christ pour apprendre de lui à devenir ce que nous sommes appelés à être, à savoir « images de Dieu » véritables et parlantes pour nos frères et pour le monde.

Marie-Christine Varone | 20 octobre 2017


(Mt 22,15-22)

   En ce temps-là,
les pharisiens allèrent tenir conseil
pour prendre Jésus au piège
en le faisant parler.
Ils lui envoient leurs disciples,
accompagnés des partisans d’Hérode :
« Maître, lui disent-ils, nous le savons :
tu es toujours vrai
et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ;
tu ne te laisses influencer par personne,
car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens.
Alors, donne-nous ton avis :
Est-il permis, oui ou non,
de payer l’impôt à César, l’empereur ? »
Connaissant leur perversité, Jésus dit :
« Hypocrites !
pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ?
Montrez-moi la monnaie de l’impôt. »
Ils lui présentèrent une pièce d’un denier.
Il leur dit :
« Cette effigie et cette inscription,
de qui sont-elles ? »
Ils répondirent :
« De César. »
Alors il leur dit :
« Rendez donc à César ce qui est à César,
et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Marie-Christine Varone

Marie-Christine Varone est née à Sion en 1946. Ses années de collège correspondent avec celles du Concile Vatican II et la découverte des grandes Constitutions, d'où, une envie de faire de la théologie, par intérêt personnel, mais, plus encore, pour aider les laïcs à acquérir une meilleure intelligence de la foi chrétienne.
Etudiante en théologie à Fribourg, c'est rapidement l'Ecriture sainte qui devient son centre d'intérêt premier et qui sera à la base de la formation d'adultes à laquelle elle se consacrera.
Elle mène de front l'enseignement biblique (dans le milieu très international de l'Ecole de la Foi fondée par J. Loew, à la faculté de théologie de Fribourg et à l'IFM, l'Institut de formation aux ministères) et la formation biblique d'adultes en Suisse romande (cours du soir, sessions, cours par correspondance, formation d'animateurs bibliques, etc.), en particulier comme co-fondatrice et animatrice responsable de l'Association Biblique Catholique (ABC).
Avec la rubrique "l'évangile de dimanche", M.-C. Varone souhaiterait amener les lecteurs à lire eux-mêmes (seul ou à plusieurs) l'évangie du dimanche, pour lui "donner réellement ses chances" autant par une écoute respectueuse du texte, que par un accueil existentiel.

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