A Assise, le pape François tentera de poser les bases d'une autre économie | © D'Evon Dewart/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0
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A Assise, le pape François tentera de poser les bases d'une autre économie | © D'Evon Dewart/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0

François, va et répare ma maison…


Le pape François fait sien cet appel que saint François a entendu du Crucifix à l’église de Saint-Damiano pour l’adresser – neuf siècles plus tard – aux jeunes économistes et entrepreneurs du XXI siècle.

L’appel ne va pas par quatre chemins. La maison qui “comme tu vois, tombe en ruines” n’est pas une bâtisse physique – à l’instar du couvent des Cordeliers de Fribourg qui avaient utilisé cette même parole pour démarrer les travaux de rénovation – mais rien de moins que notre époque où l’humain, le social, le politique, l’économique et l‘écologique sont inextricablement enchevêtrés dans une tension potentiellement mortifère.

Depuis le début de son pontificat, le pape François a l’économie en point de mire. Dans sa première exhortation (Evangelii Gaudium, 2013), n’avait-il pas utilisé une formule fracassante, qui, le temps d’un instant, a galvanisé la planète entière: “cette économie qui tue”, avait dit Francois. Le diagnostic est bien connu, la quête de l’efficacité relayée par les méthodes modernes de gestion et de calcul est devenu le dénominateur commun d’une humanité de plus en plus autiste au cris de l’autre, qui s’enlise, en conséquence, dans une cohabitation faite de seuls échanges monétaires.

Le 1er mai, le pape a choisi de s’adresser aux jeunes “économistes et entrepreneurs” pour les inviter à Assise en mars 2020, afin de poser avec eux les jalons de “l’économie de la vie”. Le défi que propose le pape, en ce temps pascal, consiste à faire passer l’économie du camp de la mort à celui de la vie! Pour relever cet enjeu capital pour l’humanité et pour la planète, le pape fait appel aux jeunes.

Le projet est titanesque et le court texte du mois de mai se borne à inviter à se mettre en route sans tarder. Un tel projet implique simultanément une transformation anthropologique et une transformation institutionnelle.

“Une première étape pourrait consister à bâtir l’économie à partir du travail”

Voici plus de deux siècles que les économistes (avec des exceptions) s’obstinent à ne retenir de l’humain que son penchant égoïste et matérialiste. A partir de ces prémices, la science économique justifie des lois et des institutions assurant à cet humain-là épanouissement et “bonheur”; cela pour autant qu’il soit sur le haut du pavé. La refondation radicale de l’économie suppose de partir sur d’autres bases anthropologiques.

Une première étape pourrait consister à bâtir l’économie à partir du travail, c’est-à-dire l’activité économique de base par laquelle l’homme non seulement transforme et construit le monde, mais encore assure sa subsistance. A ce titre, le travail – au sens de tout effort créatif – devrait être au centre de l’économie de la vie. Au nom du “travail décent”, dont l’Organisation internationale du travail (OIT) se fait le héraut, il faut repenser trois piliers de l’économie contemporaine. D’abord, il est essentiel d’intégrer dans la notion du travail, le travail invisible (économie domestique et informelle) qui est largement majoritaire au niveau mondial, ensuite il faut reprendre à la base la forme juridique de la société de capitaux qui réduit le travail à la variable d’ajustement, et enfin, pour compléter un premier inventaire des choses à faire, il faut rééquilibrer la charge fiscale qui pèse sur les familles, dont la contribution à l’harmonie sociale est grossièrement niée au nom de l’humain égoïste et matérialiste.

A nous maintenant de mettre en place des groupes de travail – pourquoi pas au sein de la Plateforme Dignité & Développement – pour que l’appel “Va et répare ma maison…” ne reste pas sans écho en Suisse (romande).

Paul H. Dembinski

30 mai 2019

Paul H. Dembinski

Né à Cracovie, Paul H. Dembinski préside la Plateforme Dignité et Développement, groupe de réflexion romand inspiré par l'enseignement social chrétien. Professeur à l'Université de Fribourg, son enseignement s'articule autour des questions liées à la concurrence et à la stratégie internationale des entreprises. Il dirige également l'Observatoire de la Finance à Genève.

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