Les funérailles nationales de Johnny Hallyday ou comment un mauvais garçon devient un symbole national | © DR
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Les funérailles nationales de Johnny Hallyday ou comment un mauvais garçon devient un symbole national | © DR

Johnny: le dernier coup du rocker


Les funérailles nationales de Johnny Hallyday ou comment un mauvais garçon devient un symbole national. Il attire 800’000 personnes dans les rues de Paris et regroupe 700 bikers aux pieds de l’église de la Madeleine, le tout sous l’égide du jeune président de la République française.

Né d’un père belge, abandonné par lui dans une banlieue française, fasciné par Elvis Presley et la musique américaine, il change son nom, de Smet, pour un pseudonyme anglais, Hallyday, quelque part entre Holiday, le jour saint et Hollywood, le temple du cinéma.

Les textes, les témoignages, l’homélie proclamés à l’église de la Madeleine (…) retrouvaient avec aisance le langage éternel du Royaume.

Et le voilà, tout jeune, qui se met à fracasser des guitares sur d’innombrables scènes de France, de Belgique et de Suisse. Il se donne un look de bad boy, poses provocatrices, drogue, fumée, boisson, filles, bande de copains, virées à  moto… Dans la France de Charles de Gaule, très hostile à l’Amérique et face à un monde ouvrier dominé par le parti communiste, il se crée un public populaire qui, derrière les sonorités modernes, retrouve les thèmes les plus traditionnels: l’amour, l’abandon, la solitude, la rage de vivre, l’inextinguible espérance.

Il est un introducteur d’une culture complètement inspirée des States dans l’habillement, les jeans, le Perfecto, la Harley-Davidson, et des sonorités inspirées du rock, du blues, du country, du métal, du hard. Mais finalement, il fréquente l’inusable registre du sentimental, du romantique, de l’extatique, affichant sans pudeur ses vulnérabilités.

C’est par là qu’il a conquis un immense public et qu’il a suscité ce qu’il faut bien appeler une forme de culte, parce qu’il y avait du religieux chez lui. Il portait une croix sur sa poitrine découverte lors des concerts. Il a voulu une grande croix sur son cercueil blanc, son épouse Laetitia la portait également en évidence. Étonnante aussi la cérémonie religieuse avec tant d’artistes et de musiciens partageant des gestes de foi et de piété, sous la bénédiction de la très laïque République française.

Des intellectuels se sont indignés que l’on ait pu faire la comparaison avec les obsèques de Victor Hugo, qui avait suscité un engouement semblable à sa mort. On ne peut comparer le génie littéraire du poète à celui du chanteur rock mais les deux ont su toucher les sensibilités aux travers des classes sociales, par une forme d’authenticité de leur être. Même le clergé s’est mis au diapason. Je pense à Guy Gilbert, qui portait son étole de prêtre sur son habituel blouson de cuir lors de l’encensement du catafalque. Les textes, les témoignages, l’homélie proclamés à l’église de la Madeleine parlaient de douleur, de fraternité, d’amour, d’espérance et retrouvaient avec aisance le langage éternel du Royaume.

C’était vraiment l’inattendu dernier coup du mauvais garçon de la chanson.

Jean-Blaise Fellay | 16.12.2017

Jean-Blaise Fellay

Né en 1941, entrée chez les jésuites en 1961, spécialiste de l’Histoire de l’Eglise, est engagé comme directeur spirituel aux Séminaires diocésains des Diocèses de Lausanne, Genève et Fribourg et de Sion.

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