des musulmans en prière sur la place Python de Fribourg, 29.11.14 (Photo: Pierre Pistoletti)
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des musulmans en prière sur la place Python de Fribourg, 29.11.14 (Photo: Pierre Pistoletti)

Laïque, là… hic


Le débat est reparti de plus belle. D’ailleurs a-t-il pris fin un jour? La question de la laïcité ressurgit régulièrement en France. Qu’un voile musulman apparaisse dans des collèges ou que des crèches de Noël s’invitent devant des mairies, et déjà ressortent les arguments des deux camps prêts à l’invective. Les camps? D’un côté, les tenants d’une laïcité stricte, garants de la séparation de l’Eglise et de l’Etat définie en 1905. De l’autre, les partisans d’une laïcité ouverte, voire «positive», pour lesquels les religions ont toutes le droit de cité avec la garantie de l’Etat.

En 2016, que 1905 semble loin… Aujourd’hui, Régis Debray, ancien militant de gauche, analyste pertinent du sacré contemporain, plaide pour le pragmatisme en matière de croyances. Avec cette limite: «La France, ex-fille aînée de l’Eglise, n’a pas fait la Révolution pour se retrouver la fille cadette de l’islam, dont une fraction intégriste témoigne aujourd’hui des mêmes ambitions d’emprise que le catholicisme en 1900», confie-t-il dans Le Monde du 27 janvier.

Si le combat laïc consiste encore à chasser le religieux à tout prix, il se trompe de cible.

C’est vrai, le mouvement d’éloignement du christianisme, à l’œuvre en Occident, relègue les religions vers la sphère privée. Mais l’irruption d’un islam conquérant change la donne, lui qui se fait parfois le refuge funeste de solitudes post-adolescentes. L’appartenance à une communauté croyante est alors revendiquée ou, du moins, affichée. Et les militants anti-religieux ressurgissent, au nom d’un laïcisme sans religion et de l’«anti-communautarisme». Mais le réveil des partisans d’un Etat laïque neutre, ouvert et tolérant envers les religions, est également attesté.

Avec le concile Vatican II, l’Eglise catholique avait introduit en 1965 la notion d’«autonomie des réalités terrestres». Il reconnaissait la liberté de croyance pour tout humain. La vraie société laïque est donc constituée de personnes autonomes. Si le combat laïc consiste encore à chasser le religieux à tout prix, il se trompe de cible. Là est… le hic. Car la transcendance a davantage d’attrait. Version Régis Debray: «Si l’homme est quelque chose qui doit être dépassé, la grandeur d’un régime laïque consiste à laisser à chaque individu le soin de choisir, en conscience, sans pression ni soumission, ce qu’il estime devoir dépasser sa pauvre vie individuelle».

Bernard Litzler | 27.01.2016

Bernard Litzler

Bernard Litzler, directeur de Cath-Info tient une chronique politico-religieuse baptisée: «Rue Brique». Elle devient de plus en plus «Rue Briques» !

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