Se déclarer catho sans honte ni reproche? | © Pixabay
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Se déclarer catho sans honte ni reproche? | © Pixabay

Un catholique s’est échappé!


Jean Pierre Denis, journaliste, directeur du magazine La Vie, sait de quoi il parle quand il porte son regard sur ce qui reste du catholicisme français. De l’avis général, “une religion en voie d’évaporation”.

Son père mourant le pria avant de fermer ses yeux de lui montrer le chemin, au milieu des ruines et des gravats.  Cette ultime supplique paternelle encouragea le fils à sortir du bois où il se cachait, passer du silence à l’attestation. Autrement dit, se déclarer catho sans honte ni reproche. Mais sans prosélytisme aussi. Denis avoue ne rien transmettre, mais donne simplement ce qu’on lui demande ou ce qu’il croit déceler comme attente.

Dans une société “fluide”, désacralisée et spirituellement anémique, des millions d’humains, sans même qu’ils ne le crient, ont faim d’un Dieu dont le nom ne se prononce ni ne s’écrit dans leur langue. Le journaliste veut répondre à cette attente inexprimée et encourage les derniers cathos à sortir de leur ghetto cadenassé pour conduire à la source d’eau vive tant d’hommes et de femmes qui, à l’image de son père, n’en connaissent pas ou plus le chemin.

“Jean-Pierre Denis, c’est certain, agacera quelques lecteurs”

Une démarche qui ne va pas de soi. Sept tentations retiennent les “vieux croyants”. Tout d’abord, le déni de la crise ecclésiale, puis la croyance naïve en l’éternel retour des beaux jours. La tentation peut être l’auto-complaisance: nous sommes les meilleurs, à quoi bon nous soucier des autres? Mais encore la séduction d’un catholicisme social et politique à la Maurras, quoique sans Dieu. Ou se contenter de rites saisonniers folkloriques, à moins qu’on ne cède à l’attrait d’une sécularisation tranquille qui dilue la foi en “valeurs” fades et sans reliefs. Et pour finir, la pire tentation, celle du découragement geignard et pleurnichard, alors qu’il y a tant de ressources inexploitées et de trésors cachés dans le subconscient catholique français. Et notre journaliste de se plaire à explorer ces mines oubliées ou désaffectées: clochers romans qui émergent d’un village inhabité, bons petits saints qui dorment sur les pages jaunies des almanachs et des calendriers. Et tant d’autres merveilleuses trouvailles et retrouvailles.

Jean-Pierre Denis, c’est certain, agacera quelques lecteurs. Il en prend son parti, situant avec précision son poste d’observation: “Pour ma part, je me sens de moins en moins apte à arbitrer les élégances. Je préfère me retirer sur la pointe des mots. Habiter quelque part entre l’admiration sans adulation, la critique bienveillante et le silence sans abdication”. Du haut de son perchoir, face à la jungle ou la toundra ecclésiale, le journaliste sourit et, comme il l’avait fait pour son père, lève la main et montre un chemin pour sortir de l’impasse.

Guy Musy

 19 juin 2019

Guy Musy

Le Frère Guy Musy est né en 1936 à dans le canton de Fribourg. Entré dans l'ordre des Frères Prêcheurs en 1956, il accomplit ses études de théologie en Belgique puis en Suisse. Ordonné prêtre en 1962, il poursuit ses études à la Faculté évangélique de l’Université d’Heidelberg, avant d’être rappelé en Suisse pour prendre en charge l’aumônerie catholique de l’Université de Lausanne.

En 1970, il répond à un appel de ses supérieurs qui l’envoient au Rwanda. Il y demeurera quelques vingt ans durant lesquels ils assumera différents ministères: aumônier à l'Université nationale de Butare, puis en milieu populaire à Kigali, mais aussi responsable de la Caritas de la capitale du Rwanda.

De retour à Genève en 1989, entre autres activités, il enseigne à l’Atelier Œcuménique de Théologie et à l’Ecole de la Foi de Fribourg. Passionné d’écriture – il a déjà publié quatre volumes de ses «mémoires» – il collabore notamment, depuis plus de vingt ans, au périodique romand «L’Echo-Magazine». Enfin, il continue d’assumer depuis plusieurs années la charge de rédacteur responsable de la revue dominicaine «Sources».

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