Suisse

2020: l'année des «distanciations»

L’année 2020 a été particulièrement difficile pour l’humanité et pour l’Eglise. Entre pandémie mondiale, révélations scandaleuses sur des personnalités catholiques et records de sorties d’Eglises, elle a été synonyme de «distanciations» en tous genres. cath.ch la retrace en 20 articles clés.

Le 30 janvier, le cardinal Philippe Barbarin, ancien archevêque de Lyon, est relaxé du délit de non-dénonciation d’abus sexuels. C’est le chapitre final d’une saga judiciaire de plusieurs années. Malgré le verdict salvateur pour le Primat des Gaules, l’affaire a durement écorné l’image de l’Eglise catholique en France. Le pape François accepte la démission du cardinal le 6 mars.

L’exhortation apostolique Querida Amazonia, du pape François, est publiée le 12 février. Elle fait suite au synode des évêques de l’automne 2019 sur l’Amazonie. L’objectif principal est de soutenir une région durement touchée par l’exploitation commerciale et la pauvreté.

La révélation, le 22 février, des abus sexuels commis par Jean Vanier, le fondateur de l’Arche, décédé en 2019, est un coup de tonnerre dans le monde catholique. Celui qui a lutté toute sa vie pour l’intégration des personnes porteuses d’handicap mental dans la société bénéficiait chez beaucoup d’une très haute estime.

Le cardinal Barbarin a dû se défendre devant la justice | © Maurice Page

Dès fin février, le nouveau coronavirus baptisé Covid-19 commence à se répandre dans le monde et en Suisse. La pandémie bouleverse la vie de l’Eglise. Les diocèses, tels que Lausanne, Genève et Fribourg (LGF) prennent très vite des mesures de sécurité. Dans le sillage du semi-confinement imposé en mars, tous les offices religieux sont supprimés. Des paroisses et des diocèses s’organisent pour offrir aux fidèles des célébrations par des moyens technologiques. De nombreuses paroisses et associations font aussi preuve d’une impressionnante solidarité en mettant en place des réseaux d’aide.

Alors qu’une grande partie du monde est confinée et que le virus fait des ravages, le pape François donne, le 27 mars, sa bénédiction urbi et orbi. L’image du pontife seul, sur une Place Saint-Pierre battue par la pluie, marque les esprits.

Le 7 avril, le cardinal australien George Pell est acquitté des accusations d’abus sexuels sur mineurs dont il faisait l’objet. Comme pour le cardinal Barbarin, la justice a finalement tranché en sa faveur. De nombreux observateurs estiment cependant que ces procès ont jeté une lumière défavorable sur la haute hiérarchie de l’Eglise.

La théologienne française Anne Soupa annonce le 25 mai qu’elle est candidate au poste d’archevêque de Lyon, laissé vacant par le cardinal Barbarin. Elle désire ainsi attirer l’attention sur la place «mineure» réservée à la femme dans l’Eglise. Mgr Olivier de Germay, jusque-là évêque d’Ajaccio, est toutefois nommé le 22 octobre archevêque de Lyon. Le collectif Toutes Apôtres! qui a soutenu sa candidature, exprime «son immense déception».

La théologienne Anne Soupa s’est portée candidate au poste d’archevêque de Lyon | DR

En Suisse, la situation sanitaire s’améliore peu à peu au cours du printemps. Les offices religieux sont à nouveau autorisés à partir du 28 mai. Des mesures sanitaires strictes sont toutefois mises en place.

Au même moment, les Eglises protestante et catholique en Suisse sont touchées de plein fouet par des scandales sexuels. Le 28 mai, Gottfried Locher, président de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), démissionne suite à des plaintes concernant des comportements abusifs.

Démission également fin juin de Paul Frochaux, curé de la cathédrale de Fribourg. Le chanoine était suspendu depuis le mois de février, après que des accusations d’abus sexuel sur un jeune homme se soient précisées. L’affaire connaît un important rebondissement le 15 juillet. Alors que le diocèse de LGF dévoile les résultats des enquêtes sur Paul Frochaux, un magazine suisse révèle la double vie du chanoine A.C., pressenti pour le remplacer comme curé de la cathédrale de Fribourg. Le chanoine en cause se retire finalement, en automne, dans un couvent de la région fribourgeoise.

L’abbé Philippe Blanc, ancien curé de la cathédrale de Monaco, occupe finalement, dès le 1er octobre, le poste délicat de curé de la cathédrale de Fribourg.

Dès l’automne, le vent du scandale commence à souffler aussi sur le Vatican. Dans le domaine financier cette fois. Il touche l’un des plus hauts dignitaires de l’Eglise, le cardinal Angelo Becciu. Le 24 septembre, il quitte son poste de chef du bureau chargé de superviser les causes des saints et renonce aux droits liés au cardinalat. Une affaire qui connaîtra encore de nombreux développements dans la deuxième partie de l’année, mais dont on ne connaît pour l’heure toujours pas la conclusion.

Muraz le 31 mai 2020. Messe de Pentecote. Les fideles respectent les normes sanitaires de distanciation a l’occasion de le reprise des messes en Suisse.

Début octobre, une autre figure vénérée de l’Eglise voit son aura s’assombrir: un livre accuse Marthe Robin, co-fondatrice des Foyers de Charité, de «fraude mystique». Un doute qui vient s’ajouter à la mise en cause du Père Georges Finet, co-fondateur des Foyers. Un audit externe publié en mai l’accusait d’abus sexuels sur des filles mineures.

Dans ce contexte troublé, le pape François signe le 4 octobre à Assise sa nouvelle encyclique Fratelli tutti, sur la fraternité humaine. Le texte est salué pour l’accent qu’il met sur la solidarité dans ces heures difficiles pour l’humanité.

Alors que l’automne avance, la pandémie de coronavirus connaît un net regain, dans le monde, et spécialement en Suisse romande. Dès le 18 octobre, les masques sont rendus obligatoires dans tous les espaces clos, donc également dans les églises. Au vu de la dégradation de la situation durant la fin de l’année, des restrictions de plus en plus sévères sont prises. Cela va, dans certains cantons, jusqu’à une suppression des messes. Les mesures sont toutefois adaptées à la situation épidémiologique locale, ce qui fait grandement varier le nombre de personnes admises aux offices religieux.

Joe (Joseph) Biden est le 46e président des Etats-Unis, le 2e catholique après John Fitzgerald Kenndy | © Flickr/PhotoNews/CC BY-SA 2.0

L’actualité de début novembre est accaparée par l’élection présidentielle aux Etats-Unis. Après quelques jours d’incertitude, Joe Biden est assuré de devenir le second président catholique de l’histoire du pays.

Le Vatican affiche sa volonté de transparence face aux scandales en publiant, le 10 novembre, le «Rapport McCarrick«. Le document, qui décrit comment l’ex-cardinal a pu s’adonner à ses agissements pédophiles sans être inquiété est très commenté et suscite de vives interrogations sur les mécanismes de contrôle à l’intérieur de l’Eglise.

Fin novembre, des statistiques révèlent que les sorties d’Eglise ont atteint un record en Suisse, en 2019. Les divers scandales qui ont marqué l’institution ces dernières années sont considérés comme l’une des causes du phénomène.

En cette année si particulière, les Eglises de Suisse appellent à faire tout de même briller la Lumière (Andreas Lischka sur Pixabay)

Le diocèse de Coire n’est pas épargné par le tumulte général. Alors qu’il est depuis plusieurs années sans évêque, et géré par un administrateur apostolique, le processus de nomination tourne court lorsque le chapitre de la cathédrale rejette la terna de Rome, le 23 novembre. La décision concernant le nouvel évêque viendra probablement de Rome en 2021, pour tenter d’apaiser un diocèse troublé depuis des décennies par de profondes tensions internes.

A l’approche de Noël, la situation sanitaire reste préoccupante et les célébrations sont menacées. Les Eglises en Suisse décident quoiqu’il en soit de garder allumée la flamme de l’espérance. Elles lancent conjointement, pour la période de l’Avent, la démarche «Lumière quand-même, Noël a lieu».

L’espoir se profile aussi pour l’année qui vient avec l’annonce, le 7 décembre, d’un voyage du pape François en Irak, en mars 2021. Le premier voyage du pontife depuis l’apparition du coronavirus aura notamment pour objectif d’encourager les chrétiens du pays, durement meurtris par des années de guerre et décimés par l’émigration.

(cath.ch/rz)

L'image du pape François seul sur la Place Saint-Pierre a été emblématique de 2020 | © EPA/YARA NARDI / POOL/Keystone
29 décembre 2020 | 17:00
par Raphaël Zbinden
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