Le Père Marie-Dominique Philippe a enseigné pendant près de quatre décennies à l’Université de Fribourg | © freres-saint-jean
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Le Père Marie-Dominique Philippe a enseigné pendant près de quatre décennies à l’Université de Fribourg | © freres-saint-jean

Abus sexuels: la Famille Saint-Jean assure avoir pris des mesures

11.02.2019 par Jacques Berset

Au cours du vol de retour des Emirats Arabes Unis, le 5 février 2019, le pape François a reconnu le scandale des agressions sexuelles dont des religieuses ont été victimes de la part de clercs. La communauté dissoute par Benoît XVI en janvier 2013, dont le pontife actuel a fait mention, est l’Institut Saint Jean et Saint Dominique, composée de sœurs ayant quitté la communauté des sœurs contemplatives de Saint-Jean.

Dans l’avion de retour d’Abou Dhabi, le pape François, se référant à la dissolution d’une congrégation religieuse, a parlé d’“esclavage sexuel”d'”esclavage des femmes de la part de clercs et du fondateur”. Il entendait par là “manipulation, une forme d’abus de pouvoir qui se traduit aussi par un abus sexuel”, a précisé le lendemain Alessandro Gisotti, directeur ad interim de la Salle de presse du Saint-Siège.

“Les sœurs de Saint-Jean n’ont jamais été dissoutes”

Dans une lettre commune datée du 7 février 2019, les responsables des trois branches de la Communauté de Saint-Jean, fondée par le Père Marie-Dominique Philippe – frères (dits “petits gris”), sœurs contemplatives et sœurs apostoliques – précisent que la communauté dissoute par Benoît XVI est l’Institut des sœurs de Saint Jean et Saint Dominique. Ce groupe avait quitté la communauté des sœurs contemplatives de Saint-Jean.

Dans leur missive, Frère Thomas Joachim, prieur général des Frères de Saint-Jean, sœur Paul-Marie, prieure générale des sœurs contemplatives de Saint-Jean, sœur Claire de Jésus, prieure générale des sœurs apostoliques de Saint-Jean, “condamnent toute situation d’abus sexuel et de pouvoir”. Les signataires précisent en outre que “les sœurs de Saint-Jean n’ont jamais été dissoutes”.

Tous trois “réaffirment leur engagement, en communion avec le pape François, dans la lutte contre les abus” et expriment “leur profonde compassion en particulier à ces femmes qui, offrant généreusement leur vie à Dieu, se sont retrouvées victimes”.

Le Père Marie-Dominique Philippe a commis des abus sexuels

Dès 2013, le prieur général des Frères de Saint-Jean avait révélé “de sa propre initiative” que leur fondateur, le Père Marie-Dominique Philippe, décédé en 2006, avait “posé des gestes contraires à la chasteté à l’égard de plusieurs femmes adultes qu’il accompagnait”.

“La Famille Saint-Jean condamne les abus sexuels et les abus de pouvoir de leur fondateur dont les témoignages convergents ont fait état. Parmi ces femmes victimes de ces abus, se trouvaient des sœurs”, peut-on lire dans le communiqué.

Des cas encore “en cours de traitement”

Des témoignages concernant des sœurs ou d’anciennes sœurs font aussi état d’abus commis dans le passé par des frères. Des sanctions ont déjà été prononcées et des cas sont en cours de traitement. “Les autorités des Frères de Saint-Jean sont déterminées à ce que tous les cas d’abus soient traités en conformité avec les directives de l’Eglise catholique et les lois civiles”, affirme le communiqué.

Depuis plusieurs années, les Frères affirment avoir mené de nombreuses actions pour prévenir et gérer les situations d’abus: amélioration du discernement à la vocation, formation des frères à la maturité affective, à la gestion des cas de pédophilie et d’abus sexuels, mise en place de procédures “validées par le Vatican” impliquant notamment une remontée d’information vers les autorités judiciaires. Les Frères de Saint-Jean mentionnent encore la  création d’une commission – comportant des laïcs – chargée d’examiner tout témoignage, aveu ou plainte d’un comportement d’abus.

Religieuses exclues par le pape François

“Les 80 sœurs contemplatives qui composent actuellement la communauté des Sœurs de Saint-Jean ont toujours fait le choix de coopérer avec les décisions des autorités de l’Eglise prises en 2009 et de mettre en œuvre les réformes demandées à l’époque qui portaient sur des questions de gouvernance et d’emprise”.

Le communiqué rappelle que les sœurs de Saint-Jean n’ont jamais été dissoutes. “Les sœurs qui n’étaient pas d’accord sont sorties de la communauté des sœurs contemplatives de Saint-Jean et ont fondé en 2014 une nouvelle communauté en Espagne, du nom de ‘Maria Stella Matutina’, après qu’une première tentative sous le nom de ‘Saint Jean et Saint Dominique’ ait été dissoute par le pape Benoit XVI en 2013”. En 2014 le pape François a exclu définitivement de la vie religieuse 4 anciennes responsables qui s’étaient opposées aux décisions des autorités de l’Eglise et avaient promu la scission.

Une commission interne pour gérer les abus

Les frères et les sœurs de la Famille Saint-Jean redisent leur volonté d’accueillir et de se rendre disponibles pour toute personne ayant été victime d’abus par un membre de la Famille Saint-Jean. En 2015, les Frères de Saint-Jean ont créé une commission internesos.abus@stjean.com – afin d’accueillir tout témoignage mettant en cause un frère de Saint-Jean et afin de discerner les mesures à prendre. Elle est composée d’une psychologue, d’un juriste et de frères. La Famille Saint-Jean encourage les victimes à signaler ces faits à la justice. Elle dit porter “un regard d’espérance sur le travail de vérité qui se fait dans l’Eglise et met tout en œuvre pour que ses lieux de vie consacrée soient une maison sûre pour tous”. (cath.ch/com/be)


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