Accusés «d’ébranler la foi des musulmans»

Maroc: L’ONG «Portes Ouvertes» dénonce la vague d’expulsions d’Occidentaux

Lausanne, 19 mai 2010 (Apic) Accusés «d’ébranler la foi des musulmans», au moins 28 ressortissants étrangers de confession chrétienne, dont un couple de Suisses, ont été expulsés du Maroc dans la semaine de l’Ascension, annonce mercredi 19 mai l’ONG chrétienne «Portes Ouvertes», basée Romanel-sur-Lausanne.

«Portes Ouvertes», proche de l’Alliance évangélique suisse, relève que ces personnes expulsées du royaume chérifien sont actives dans des entreprises locales ou étrangères, établis dans le pays depuis de très nombreuses années. «Ils ont reçu l’ordre de quitter le pays dans un délai de 48 heures. De nombreux chrétiens marocains se disent inquiets pour leur avenir en raison du silence de l’Occident», déplore encore l’ONG.

Silence de l’Occident

En l’espace d’une semaine, depuis le lundi 10 mai, au moins 28 personnes originaires d’Europe ou d’Amérique latine sont sous le coup d’un arrêté d’expulsion. Dans la plupart des cas, elles ont 48 heures pour liquider leurs affaires et quitter le territoire, ce délai étant parfois ramené à 24, voire 12 heures, relève «Portes Ouvertes». Qui souligne que toutes les personnes visées par cette répression se disent persuadés que cette expulsion est due à leurs convictions chrétiennes. «Tous nient avoir exercé une quelconque activité pouvant être qualifiée de prosélytisme.»

Plusieurs des personnes concernées ont requis l’aide d’un avocat, sans grand résultat. Dans le meilleur des cas, la sentence n’a été différée que de quelques heures. Lorsqu’il s’agit de familles, le mari est expulsé immédiatement alors que l’épouse et les enfants disposent de quelques semaines supplémentaires pour quitter le territoire, pour terminer l’année scolaire. «Ce faisant, sous le couvert d’un acte de mansuétude, les autorités bâillonnent le mari qui ne veut rien dire pour ne pas mettre en danger sa famille», poursuit «Portes Ouvertes».

Couple de Suisses aussi touché

De très nombreuses nationalités sont touchées, dans au moins 10 villes du royaume. Selon l’ONG de Romanel-sur-Lausanne, un couple suisse établi à Fès est également concerné. «Tous étaient connus pour être des chrétiens pratiquants dans des églises officiellement reconnues, mais se gardaient bien de tout prosélytisme. Dans l’optique des autorités, le fait que les Marocains qui les côtoient sachent qu’ils sont chrétiens est de nature à ébranler leur foi musulmane.»

«Par l’ampleur de cette nouvelle vague d’expulsion, il est clair que les autorités marocaines se plient au jeu des islamistes qui font tout pour éliminer tout ce qu’ils considèrent être une menace pour l’Islam, une fitna».

Visés, les chrétiens représentant une fitna risquant de détourner un musulman de l’islam

La fitna dans la religion musulmane est tout ce qui constitue une tentation qui pourrait détourner le croyant de la foi islamique. «Elle doit être combattue par le jihad avec la dernière énergie». Dans cette optique, le prosélytisme de l’islam chiite et du christianisme doit non seulement être éliminé par tous les moyens possibles, mais la présence de personnes disposant d’une liberté de pensée ou pratiquant des actes humanitaires généreux est aussi une fitna. «Elle risque de montrer à un musulman qu’il existe une autre voie, et qu’on peut être épanoui hors de l’islam sunnite dont le roi est le garant, étant un descendant direct de Mahomet. C’est apparemment cette menace qui incite les autorités marocaines à expulser du Royaume tout chrétien représentant une fitna».

Chrétiens marocains inquiets devant l’absence de protestation

De nombreux chrétiens marocains se disent inquiets pour leur avenir. Les vagues précédentes d’expulsions n’ayant recueilli que très peu d’écho dans les médias occidentaux, ils sont convaincus d’être les prochaines victimes de la «campagne de lutte des autorités marocaines pour empêcher la diffusion du credo évangélique, visant à ébranler la foi des musulmans». D’autre part, des employés d’entreprises dont les dirigeants ont été expulsés éprouvent d’énormes difficultés à poursuivre les activités et craignent de se retrouver rapidement au chômage.

Fondée en 1955 par Frère André – le «contrebandier de Dieu» – comme service aux chrétiens persécutés ou discriminés à cause de leur foi, «Portes Ouvertes» se profile comme une association indépendante et apolitique. Son aide s’adresse à tous les chrétiens, sans distinction de confession. «Portes Ouvertes» est soutenue par des dons de particuliers et de communautés. Elle a signé le code d’honneur de l’Alliance évangélique suisse. Ce label de qualité l’engage à une utilisation responsable des dons reçus. (apic/com/po/be)

19 mai 2010 | 11:32
par webmaster@kath.ch
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