Cameroun: La médecine traditionnelle préférée à la «médecine des blancs»

Tradipraticien, un compromis entre tradition et modernité

Douala, 15 juin 2001 (APIC) Marabouts pour certains, charlatans et arnaqueurs pour d’autres, les médecins traditionnels ou tradipraticiens sont régulièrement sujets à méfiance au Cameroun. Et pourtant, les populations ne cessent de les fréquenter, car ils réussissent des exploits spectaculaires là où la «médecine des blancs» a montré ses limites. Mais qui sont-ils, ces individus qui, grâce aux plantes ou aux incantations prétendent guérir folie, diabète, envoûtement, stérilité et sida? Face aux guérisseurs et désenvoûteurs, se profile une nouvelle classe qui allie tradition et modernité.

«Ici, votre guérisseur traditionnel. Soigne toutes sortes de maladies : blennorragie, chaude pisse, chancre mou, tuberculose, sida… ” peut-on lire sur les pancartes de certaines maisons. En Afrique en général, et au Cameroun en particulier, on peu classer ceux qui soignent avec les méthodes traditionnelles en deux catégories. D’abord, les traditionalistes purs, qui ont décidé de conserver les valeurs léguées par les ancêtres. Ils sont appelés guérisseurs. La médecine moderne n’a aucune influence sur eux. De l’autre côté, il y a ceux, toujours plus nombreux, qui allient modernisme et tradition. Ils se font appeler «médecins traditionnels» ou «tradipraticiens».

Pouvoir des guérisseurs transmis en famille

Les guérisseurs sont restés fortement attachés à la tradition ancestrale. Ils tiennent pour la plupart leurs pouvoirs de leurs ancêtres ou d’un membre de la famille. La tradition africaine voudrait que lorsqu’on a hérité des pouvoirs de guérison, avant de rendre l’âme on les transmette à un membre de sa famille. Ces guérisseurs, assez efficaces, traitent à l’aide des plantes, d’écorces d’arbres, le tout accompagné d’incantations. Ces dernières servent selon eux de courroie de transmission entre leurs ancêtres et eux, et sont ainsi un appel, une bénédiction de leur part afin que les pratiques soient efficaces.

Alphonse Ndongo est un de ces guérisseurs qui forcent l’admiration dans la petite localité d’Oveng, à quelques kilomètres de Yaoundé la capitale du Cameroun.

Le village ne dispose pas de dispensaire. Il faut se rendre à plus de 30 km si l’on veut se faire soigner dans un hôpital. On porte chez le guérisseur une jeune femme étendue sur un brancard fabriqué de façon artisanale. Elle a des jambes enflées. Elle parle à peine. Visiblement, elle présente des signes de tétanos. Une ancienne infirmière, en retraite dans ce village, l’a repérée et a proposé à ses proches de l’amener dans un hôpital. Le père de Jeanne, la jeune malade, s’y est opposé. Il faut l’amener chez Alphonse Ndongo, «l’homme qui fait des miracles».

Bagarre avec les démons

Pour le guérisseur, il s’agit d’un envoûtement. La jeune femme couchée sur une natte pleure de douleur. Alphonse fait un petit tour en brousse et ramène quelques plantes qu’il mâche. Il entre en transe pendant qu’un jeune homme frappe sur un tambour. «Il est en train de se bagarrer avec les démons qui troublent la jeune femme», nous lance son assistant. Alphonse transpire abondamment dans une région où il fait pourtant frais. Il sombre dans un long sommeil. Il a réussi à les vaincre et il effectue le voyage retour. «Quant tout se passe bien, le voyage est doux», nous confie encore l’assistant. Au bout de 45mn, Alphonse se lève et invite la jeune fille à en faire autant. Elle se lève et marche d’un pas hésitant. La foule l’acclame. Elle revient de loin. Alphonse lui donne une potion qu’elle doit boire tous les jours durant une semaine. Après quelques jours, Jeanne est rétablie.

Alphonse ne demande pas de l’argent pour soigner et compte beaucoup sur la bonne volonté de ses patients, qui se montrent pour la plupart reconnaissants.

Modernité et tradition

Les médecins traditionnels, pour leur part, ont souvent fait des études de médecine avant de les abandonner. Ce sont des naturopathes et des herboristes qui allient modernité et tradition. Ils sont polyvalents et utilisent les mêmes outils de travail que les hôpitaux modernes (blouses blanches, seringues, stéthoscope, microscope etc.) Certains d’entre eux à l’instar de Michel Kamga ont ouvert de grands centres de soins.

Tradipraticien, Michel Kamga a fait des études de médecine à Dakar au Sénégal. Pourquoi a-t-il a choisi de devenir naturopathe? «J’aime la nature. Je crois beaucoup à la guérison par les plantes, les rites, les coutumes, répond-il. Je suis traditionaliste certes, mais j’aime le compromis». Dans son centre à Douala, il reçoit et soigne beaucoup de malades à l’aide des plantes. Son centre très moderne dispose de salles de consultation, de soins et d’hospitalisation.

Les médecins traditionnels du Cameroun sont regroupés autour d’une association (Fédération Nationale de Médecins Traditionnels du Cameroun), qui a vu le jour en 1995. Les médecins traditionnels veulent être officiellement reconnus par l’Etat. Le président de leur association, Emmanuel Ndebi, a déjà été promu au rang d’expert en médecine traditionnelle auprèès de la cour d’appel de la Province du Centre. Il aide les autorités judiciaires à légiférer sur les litiges impliquant des pratiques de sorcellerie, envoûtement, empoisonnement mystique, etc.

La médecine traditionnelle, qui a fait ses preuves dans plusieurs pays d’Afrique, cherche davantage de reconnaissance et de soutien. Elle marque de la distance face aux charlatans, sorciers et autres arnaqueurs, qui nuisent à sa bonne réputation et qu’elle cherche à faire disparaître. (apic/mbt/bb)

15 juin 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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