Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, reçu par le pape avec les prêtres lyonnais (Photo: Maurice Page)
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Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, reçu par le pape avec les prêtres lyonnais (Photo: Maurice Page)

Le cardinal Barbarin auditionné par la police

09.06.2016 par Raphaël Zbinden

Le cardinal français Philippe Barbarin a été auditionné par la police lyonnaise, le 8 juin 2016, dans le cadre de plaintes pour non-dénonciation d’abus sexuels par un prêtre. L’archevêque de Lyon devait s’expliquer sur le cas du Père Bernard Preynat, laissé en fonction alors que le prélat le savait coupable d’agressions sexuelles sur mineurs.

“Portant les victimes dans sa prière, le cardinal Barbarin forme le vœu que son témoignage contribue à la manifestation de la vérité et à l’œuvre de la Justice”, communique le diocèse de Lyon sur son site internet, en rapport à la convocation du prélat dans les locaux de la police. Le cardinal Barbarin était entendu pour une audition libre, sans placement en garde à vue, dans le cadre d’une enquête préliminaire ordonnée par le parquet de Lyon, rapporte le quotidien français La Croix. Le Primat des Gaules a répondu aux questions des policiers concernant son attitude vis-à-vis du Père Preynat.

Arrivé dans le diocèse en 2002, Mgr Barbarin avait été informé en 2007/2008 par la rumeur publique des faits de pédophilie. Le prélat s’était alors entretenu à ce moment-là avec le Père Preynat, soit 16 à 17 ans après les derniers agissements pédophiles connus de la part du prêtre. Au cours de cet entretien, le Père Preynat avait reconnu une nouvelle fois son passé, mais assuré qu’aucun autre acte n’avait plus été commis depuis 1991. Suite à cet entretien, le Primat des Gaules avait consulté un spécialiste pour évaluer le risque de récidive, s’assurant qu’aucun fait nouveau n’avait surgi durant les 16 dernières années. Il avait en outre arrangé la supervision d’un autre prêtre dans la même paroisse pour éviter que le Père Preynat soit au contact d’enfants.

Six plaintes de victimes

Mgr Barbarin a été ensuite contacté en juillet 2014, soit 23 ans après les faits, par une victime ayant constaté que le prêtre était toujours en fonction alors qu’elle pensait qu’il avait été mis à l’écart. Mgr Barbarin a ainsi pris en 2015 la décision de retirer le Père Preynat de sa paroisse.

Le prêtre a été mis en examen fin janvier 2016 pour des agressions sexuelles commises sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991. Depuis, les questions adressées au cardinal Barbarin par les victimes, dont au moins six ont déposé plainte, concernent principalement les raisons pour lesquelles il a laissé ce prêtre exercer dans une paroisse au contact d’enfants jusqu’en août 2015 et n’a pas dénoncé les faits à la justice.

Questions de prescription

Le 10 juin 2016, la cour d’appel de Lyon se prononce sur la prescription des faits reprochés au Père Preynat. Si elle les déclarait prescrits, la défense du cardinal Barbarin estime qu’il ne serait plus possible de poursuivre ce dernier, mais les avis juridiques divergent.

D’autres membres du diocèse de Lyon visés par les plaintes ont été entendus dans ce dossier et au moins deux perquisitions ont eu lieu à l’archevêché.

Une autre enquête préliminaire concernant le diocèse de Lyon est en outre en cours pour “non-dénonciation” d’actes pédophiles. Elle résulte d’une plainte lancée par un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur affirmant avoir été victime d’agressions sexuelles, à 16 et 19 ans, de la part d’un autre prêtre lyonnais dans les années 1990. Le cardinal n’était pas entendu dans ce cadre, le 8 juin.

Soutenu par le pape

Confronté à une tempête médiatique parfois violemment accusatrice, Mgr Barbarin a toujours assuré n’avoir jamais couvert le moindre acte de pédophilie. Il a néanmoins reconnu “des erreurs dans la gestion et la nomination de certains prêtres”. Il a également demandé pardon aux victimes.

Le pape François lui a apporté son soutien, l’appelant à ne pas démissionner. Le pontife a en outre publié début juin 2016 une lettre apostolique dans laquelle il ouvre la voie à la révocation d’évêques coupables de négligence face à des cas de pédophilie.

(cath.ch-apic/cx/arch/rz)


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