Des hommes mariés pour célébrer la messe en Amazonie?

Pour le père jésuite et théologien brésilien Francisco Taborda, le synode sur l’Amazonie qui aura lieu en octobre au Vatican évoquera la possibilité pour des hommes mûrs et mariés d’être ordonnés prêtres. Ceci afin de permettre aux les peuples indigènes, vivant dans des zones difficiles d’accès, de pouvoir participer plus régulièrement à l’eucharistie.

 «L’Eucharistie est centrale dans la vie chrétienne», rappelle Francisco Taborda dans un entretien accordé à Crux, le 28 février 2019. Le théologien, auteur de nombreux ouvrages sur les sacrements, regrette le fait que de nombreuses communautés vivant en Amazonie reçoivent l’eucharistie au maximum trois ou quatre fois par an, ce qui «est un grand problème».

«Face à une pénurie de prêtres, il convient de repenser à comment les choses doivent être organisées pour que toute communauté puisse célébrer l’eucharistie le dimanche». Pour le théologien, cette réflexion inclut l’ordination de «viri probati», autrement dit «des hommes mûrs et mariés, forts dans leur foi et qui seraient normalement considérés comme candidats pour être ordonnés diacres».

Le pape pas contre

Francisco Taborda est d’autant plus convaincu que le sujet sera évoqué dans la salle du synode sur l’Amazonie qu’il rappelle qu’au retour des Journées mondiales de la jeunesse au Panamá, le pape François en a exprimé ouvertement l’idée. «Il a dit aux journalistes que, s’il croit que le célibat sacerdotal reste un «don pour l’Eglise» et qu’il n’est pas d’accord pour le rendre facultatif, l’ordination d’hommes mariés pourrait être considéré comme une possibilité, là où il y a une nécessité pastorale. Francisco Taborda estime que si cette option était retenue, il appartiendrait alors à l’évêque de décider en fonction des besoins de son diocèse.

Des hosties de… manioc

Le théologien, présent lors du séminaire préparatoire au Synode tenu du 25 au 27 février à Rome, estime qu’un autre sujet sera également évoqué lors du Synode, moins anecdotique qu’il n’y parait : la possibilité de substituer le pain utilisé pour la célébration de l’eucharistie par le manioc ou «yuca», un arbuste natif des régions tropicales d’Amérique du Sud et dont il est commun de manger les racines de la plante.

Raison de cette proposition de changement ? «parce que le pain normalement utilisé dans les messes de rite latin se transforme en bouillie pâteuse durant la saison des pluies en Amazonie, en raison d’une intense humidité».

Et de poursuivre: «En Amazonie, le pain en tant qu’aliment de tous les jours est remplacé par le manioc. Alors même si changer la matière utilisée pour l’eucharistie est une question très complexe, je crois que cette décision sera prise par les évêques locaux lors du Synode». (cath.ch/jcg/mp)

 

10e anniversaire de l'assassinat de Soeur Dorothy Stang en Amazonie (photo Jean-Claude Gerez)
3 mars 2019 | 09:14
par Maurice Page
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