L’abbé Philippe Laguérie exclu de la Fraternité Saint-Pie X

France: Crise sévère chez les disciples de feu Mgr Marcel Lefebvre

Paris/Menzingen, 10 septembre 2004 (Apic) La Fraternité sacerdotale Saint- Pie X – le mouvement intégriste catholique issue du schisme de Mgr Marcel Lefebvre en 1988 – traverse une période de crise. Après l’abbé Christophe Héry, son bras droit à Saint-Eloi à Bordeaux, c’est au tour de l’abbé Philippe Laguérie d’être exclu de la Fraternité Saint-Pie X pour «mutinerie».

L’abbé Laguérie, âgé de 51 ans, a refusé sa mutation au Mexique décidée par son supérieur, l’abbé Régis de Cacqueray, supérieur de la Fraternité pour la France. La sanction est tombée parce que Philippe Laguérie avait interpellé à plusieurs reprises, notamment en juillet dernier, le supérieur général ainsi que 35 confrères, en affirmant que les séminaristes à Ecône étaient mis dehors pour des «broutilles».

On s’en prendrait à toutes les personnalités un peu forte, affirme l’abbé Laguérie. Qui estime qu’il est certainement «plus facile de diriger des béni-oui-oui». Un autre prêtre traditionaliste risque aussi d’être sanctionné, l’abbé Guillaume de Tanoüarn, mais il sera épargné s’il accepte d’affirmer devant ses supérieurs qu’il ne partage pas les positions des abbés déjà exclus de la Fraternité.

Au centre de la Fraternité, à la maison généralice de Menzingen, dans le canton de Zoug (Suisse), on affirme que la lettre sur les séminaristes d’Ecône n’est pas de l’Abbé Laguérie, mais qu’il l’a repris à son compte. De plus, ce document accusateur est erroné sur pas mal de points, notamment sur le nombre des défections.

Une soixante de séminaristes partis d’Ecône ?

Pour le bouillant prêtre, il y a eu une soixantaine de départs de séminaristes depuis 7 ans à Ecône, trois ordinations pour la France en juin 2005 sur les 15 séminaristes de la promotion, de nombreux départs récents en Allemagne et aucune ordination pour les prochaines années, ainsi que 20 départs pour 28 entrées dans le séminaire de la Fraternité aux Etats Unis en 2003-2004.

L’abbé Arnaud Sélégny, secrétaire général de la Fraternité, affirme que les chiffres de l’abbé rebelle sont «tous faux». Ainsi Ecône n’aurait connu que 49 départs ces huit dernières années, et non pas une soixantaine. Il n’y aura pas l’an prochain en France trois ordinations, selon les chiffres de l’abbé Laguérie, mais au minimum cinq, affirme le secrétaire général de la Fraternité. En Allemagne, également, au lieu de l’absence d’ordinations annoncée par l’abbé dissident, il n’y en aura jamais eu autant, tandis qu’aux Etats-Unis, il n’y a pas eu 20 départs, mais 15.

«Alors que les vocations au sein des familles fidèles à la Fraternité sont abondantes, tout paraît être fait pour les décevoir, les décourager et les exclure», peut-on lire sur un site internet dissident, intitulé «crisefaternité.com». Ouvert par les sympathisants de l’abbé exclu, se déclarant porte-parole «d’une majorité silencieuse de laïcs traditionalistes qui craignent une autodestruction de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X», ce site appelle à la «mobilisation contre l’autodestruction de la Fraternité, pour la défense des prêtres et de la Tradition».

Des séminaristes terrorisés ?

Philippe Laguérie affirme sur ce site internet avoir «pris la défense de nos séminaristes terrorisés» et s’être alarmé de la situation désastreuse des ordinations sacerdotales de la Fraternité. Il affirme qu’il n’y a plus d’ordinations en Allemagne avant plusieurs années et qu’à Ecône, «seul un rescapé d’une promotion de 15 sera ordonné en 2005».

«J’ai fait appel de cette sanction, écrit-il, mais nul ne veut rendre la justice. (.) je suis expulsé, exilé, déshonoré, chassé des églises que j’ai gagnées de haute lutte et restaurées de vos seuls dons, à la sueur de mon front et au cal de mes mains». Le prêtre désormais exclu de la Fraternité déplore d’être chassé «ignominieusement aujourd’hui par des procédés indignes». L’abbé Laguérie s’était déjà fait remarquer en 1993 en tentant d’occuper l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, à Paris.

Une «petite crise locale» agite le District de France de la Fraternité Saint-Pie X

Il y a une «petite crise locale» qui agite le District de France de la Fraternité Saint-Pie X, mais qui a tout de même des retentissements au- delà, reconnaît l’abbé Arnaud Sélégny, secrétaire général de la Fraternité basée à la maison généralice de Schwandegg, à Menzingen. Elle ne met cependant pas en cause le mouvement traditionaliste qui compte quelque 460 prêtres dans le monde entier, dont environ 140 en France.

Avant d’aller à Bordeaux, l’abbé Laguérie fut également curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, l’église occupée par les traditionalistes à Paris. «Il a un certain nombre d’attaches et il est bien connu; à l’évidence, c’est une personnalité qui a un certain nombre de personnes avec lui», relève le secrétaire général de la Fraternité. Mais cela reste à ses yeux une affaire «française», d’autant plus que la Fraternité, affirme son secrétaire général, est tout à fait prête à négocier sur le sort de Saint-Eloi avec Mgr Jean-Pierre Ricard, l’évêque de Bordeaux.

Une autre figure des intégristes français, l’abbé Paul Aulagnier, a été exclu de la Fraternité il y aura bientôt un an en raison de dissensions et de désaccords internes, notamment en ce qui concerne les rapports avec Rome. «Pour le moment, ses tentatives d’obtenir une paroisse personnelle en France ont échoué», précise encore l’abbé Sélégny. JB

Encadré

La Fraternité Saint-Pie X est inexistante canoniquement pour le diocèse de LGF

Après avoir tenté de faire recours, en vain, contre sa sanction au supérieur général, Mgr Fellay, ce dernier l’a renvoyé à l’instance supérieure. L’abbé Laguérie s’est adressé d’abord au tribunal de la rote à Rome. Mais comme il s’agissait d’une troisième instance, il a été renvoyé au diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Historiquement, c’est là qu’a été érigée en 1970 la Fraternité Saint-Pie X, précise l’abbé Sélégny, mais l’évêché de Fribourg, qui la considère comme inexistante sur le plan canonique depuis le schisme de 1988, «n’est pas entré en matière». Du côté de l’évêché à Fribourg, on confirme la réception de cette missive – en réalité un fax – qui lui a été envoyée comme à de nombreux autres évêques suisses. (apic/be)

10 septembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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