Un air d’Europe flotte sur l’Université de Fribourg

Fribourg: Doctorats honoris causa à Wolfgang Schäuble et à Dominique Strauss-Kahn

Fribourg, 15 novembre 2005 (Apic) Un air d’Europe, ou même d’Union européenne, flottait ce mardi sur l’Université de Fribourg. L’alma mater friburgensis a décerné en effet le 15 novembre des titres de docteurs honoris causa à deux personnalités politiques engagées dans la cause européenne, le Français Dominique Strauss-Kahn, et l’Allemand Wolfgang Schäuble.

Ces deux anciens ministres, qui tiennent toujours le devant de la scène politique, viennent de pays qui furent les acteurs principaux de la construction européenne, la France et l’Allemagne, a lancé Urs Altermatt, recteur de l’Université de Fribourg, à l’occasion du 116ème Dies Academicus qui ouvre officiellement l’année académique 2005/06.

Dans sa conférence intitulée «Combien d’anglais pour la Suisse?», Urs Altermatt s’est demandé si l’anglais ne devenait pas une menace pour la cohésion nationale quand on voit certains cantons de Suisse alémanique remplacer dans les classes primaires le français, langue nationale, par l’anglais. Il a estimé que l’offensive de l’anglais était un défi pour l’Université bilingue de Fribourg, la seule de ce type en Suisse, voire en Europe.

Pas question de faire de l’anglais un moyen de communication panhelvétique

Urs Altermatt ne s’est bien sûr pas prononcé contre l’utilisation de l’anglais, mais il a estimé qu’il fallait d’abord une langue principale (langue maternelle) plus une deuxième langue nationale, alors que l’anglais ne serait que la troisième langue. Lors de sa conférence à l’occasion du «Dies Academicus», il a plaidé ainsi pour un modèle de langues «additif», qui intègre l’anglais comme langue étrangère internationale naturelle, aux côtés des langues nationales.

Il ne faudrait pas, aux yeux d’Urs Altermatt, que l’acquisition de l’anglais se fasse au détriment d’une langue nationale, car cela mettrait en danger la Suisse quadrilingue dans son identité nationale multilingue. Pas question donc que l’anglais devienne un moyen de communication panhelvétique, comme le voudraient certains. Tant qu’en Europe l’Etat-nation représente l’élément de base pour les débats politiques et sociétaux et pour l’Etat de droit, les discussions dans les pays doivent être menées dans les langues nationales respectives. Il s’agit pour le recteur d’une exigence «d’importance existentielle», qui prône la création d’une culture du multilinguisme où l’anglais aurait évidemment sa place.

Palmes académiques à l’évêque émérite de Saint-Gall

Au cours de la cérémonie de remise des titres de docteurs honoris causa, Barbara Hallensleben, doyenne de la Faculté de théologie, a remis la distinction à Rüdiger Bubner, professeur de philosophie à l’Université de Heidelberg (excusé), et à Mgr Ivo Fürer, évêque émérite de St-Gall.

Alors que le Concile Vatican II fête son 40ème jubilé, Mgr Fürer, administrateur apostolique de St-Gall et des deux Appenzell, s’est vu distinguer pour son engagement pour l’application des décisions du Concile Vatican II dans le diocèse de St-Gall et au niveau national. Secrétaire général du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE) durant près de 18 ans avant d’être élu comme évêque de St-Gall en 1995, il a développé ses contacts avec les représentants des conférences épiscopales d’Europe, notamment à l’Est. Il s’est particulièrement engagé en faveur des chrétiens persécutés derrière le rideau de fer.

Personnalités politiques honorées

Doyen de la Faculté des sciences économiques et sociales, Andreas Meier a remis le titre de docteur honoris causa à un politicien socialiste engagé dans la construction européenne, Dominique Strauss-Kahn, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris. Homme très écouté des milieux économiques internationaux, DSK – comme on l’appelle couramment – ancien ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie sous François Mitterrand, «est l’un des rares professeurs d’économie à avoir assumé avec compétence et succès des responsabilités de niveau ministériel en politique industrielle, commerce extérieur et finances publiques», a relevé le doyen Meier.

C’est à un autre avocat de la cause européenne, l’ancien ministre de l’Intérieur démocrate-chrétien allemand Wolfgang Schäuble à l’époque d’Helmut Kohl – et pressenti à ce poste par le nouveau gouvernement de coalition – que la Faculté de droit a remis les palmes académiques. L’Université a voulu honorer Schäuble pour son engagement dans le rapprochement entre les peuples européens et l’Union européenne, a souligné la doyenne Astrid Epiney.

La Faculté des sciences économiques et sociales a également remis le titre de docteur honoris causa à Felix Rosenberg, juriste de l’Université de Fribourg, ancien conseiller d’Etat du canton de Thurgovie et ancien directeur général des PTT puis de Swisscom. Assumant des fonctions dirigeantes de plusieurs entreprises publiques et privées dans le domaine de la communication, Felix Rosenberg, en tant que membre du Conseil de l’Université de Fribourg, été l’une des chevilles ouvrières de l’Institut international de management en technologie (iimt) à l’Université de Fribourg.

Bernard N. Schumacher, privat-docent à la Faculté de théologie, pour son ouvrage «Der Tod in der Philosophie der Gegenwart», et Sascha Bischof, pour sa dissertation rédigée à la Faculté de théologie intitulée «Gerechtigkeit – Verantwortung – Gastfreundschaft, Ethik-Ansätze nach Jacques Derrida», ont tous deux reçu le Prix du Prince Franz Josef II du Liechtenstein.

En début de matinée, c’est Mgr Ivo Fürer qui a présidé la messe en l’église du Collège St-Michel, en compagnie de l’évêque diocésain, Mgr Bernard Genoud, et d’une quinzaine de prêtres. Saluant le fait que l’on organise une eucharistie catholique dans le cadre du «Dies academicus» d’une Université d’Etat, l’évêque émérite de St-Gall a souligné que l’Université se trouvait ainsi en relation avec la religion, la foi et l’Eglise.

La foi n’est pas une relique du passé

Certes, Fribourg ne fait pas partie des 50 Universités catholiques qui, au niveau mondial, sont reconnues comme telles par la Congrégation romaine pour l’éducation catholique. Mais elle n’est pas le contraire de telles Universités, à savoir une institution radicalement laïque et excluant toute expression d’une profession de foi. Dans ce cas, une messe durant un «Dies academicus» serait tout à fait un «corps étranger».

Mgr Fürer situe Fribourg quelque part au milieu de ces deux extrêmes, ce qui signifie que les professeurs et les étudiants ayant la foi peuvent se sentir chez eux dans cette alma mater, sans avoir l’impression que leur foi soit une relique du passé. Mais d’un autre côté, un agnostique peut aussi y trouver sa place.

Dans son allocution, la conseillère d’Etat fribourgeoise Isabelle Chassot, directrice de l’instruction publique, de la culture et du sport, a voulu instiller envers l’Université de Fribourg un sentiment de confiance, nécessaire pour progresser et s’affirmer dans une réalité marquée par la dureté de la concurrence et les difficultés financières. «Vos compétences ne font pas de doute», a-t-elle lancé aux universitaires présents. Assumant la présidence d’honneur de la journée, Thérèse Meyer-Kaelin, présidente du Conseil national, se qualifiant de «marraine d’un jour», a qualifié l’Université de Fribourg et son bilinguisme de spécificité unique en Suisse, formant ainsi un «creuset de cohésion nationale». (apic/be)

15 novembre 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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