Nikos Dimou: l’hospitalité, chez les orthodoxes, c’est sacré!
Grèce: Une voix discordante à propos de la visite du pape
Athènes, 26 avril 2001 (APIC) Tous les théologiens et intellectuels grecs ne sont pas hostiles à la visite du pape. Parmi eux, Nikos Dimou, écrivain et journaliste. «Cela me gène beaucoup que nous soyons considérés à l’étranger comme des nationalistes, intolérants et fanatiques», a-t-il confié à l’agence missionnaire Fides (Vatican).
Poète, prosateur, philosophe, essayiste depuis 1953, Nikos Dimou, 66 ans, est appelé le «Noam Chomsky» grec pour la variété de ses écrits. Il est connu entre autres pour son essai «La malchance d’être grecs», publié en 1975 et vendu à plus de 100’000 exemplaires. Il se présente comme «intellectuel laïc», même s’il a été baptisé dans l’Eglise orthodoxe, qu’il ne ménage pas aujourd’hui. «Elle est toujours plus fermée et suspecte toujours quelque chose d’être Occidental, dit-il. L’archevêque Christodoulos a déclaré ouvertement qu’il avait été contrant d’accepter la visite».
«Je ne comprends pas, avoue-t-il, comment des différences dogmatiques, insignifiantes pour un observateur neutre, peuvent faire oublier les paroles de Jésus ’Aimez-vous les uns les autres’ ou encore ’Aimez vos ennemis’. L’intolérance devrait être étrangère à tout chrétien». Il y a deux ans, les moines du Mont Athos «ont déjà commis un péché grave en déclarant que le pape était «persona non grata», et «ils répètent leur erreur», ajoute-t-il. «C’est seulement un vieux prêtre qui veut suivre les pas de saint Paul … Ils vont contre la tradition orthodoxe, pour laquelle l’hospitalité est sacrée: elle devrait l’être à plus forte raison encore envers le chef de la plus grande confession chrétienne, le dirigeant spirituel dans des pays qui sont nos partenaires européens».
«Cela me gène beaucoup que nous soyons considérés à l’étranger comme des nationalistes, intolérants et fanatiques…, poursuit l’écrivain. Parmi les raisons historiques de l’anti-papisme, les évêques invoquent la quatrième Croisade. Mais alors on devrait déclarer ’indésirables’ les Romains, les Francs, les Vénitiens, les Serbes, les Allemands… la moitié du monde ! Comment est-il possible de s’accrocher encore à des faits qui remontent à mille ans ? C’est comme cela que l’on détruit l’image de la Grèce à l’étranger !»
Sentiment anti-occidental
A propos de la déclaration du Saint Synode à propos de la visite papale, Nikos Dimou déclare: «Dans l’attitude du Synode, il y a une part de rancune et des peurs nouvelles. L’Eglise orthodoxe se considère assiégée, ce que fait parfois la Grèce tout entière. On pense être les seuls dépositaires de la vérité: ceci alimente un sentiment de profonde insécurité et la conviction de vivre dans un monde hostile ou indifférent. A mon avis, c’est là un aspect du sentiment anti-occidental qui domine dans le pays».
Nikos Dimou déplore que la presse grecque, en général, n’ait pas critiqué la position du chef des orthodoxes, alimentant ainsi le climat d’hostilité: «Il est clair que la majorité des orthodoxes a une conception fausse et négative du catholicisme, du rôle du pape et de sa personne. Grâce à Dieu, il y a des exceptions !» Il note que l’Eglise orthodoxe, «en donnant son accord au voyage, a voulu éviter d’entrer en conflit ouvert avec le gouvernement, même si, à plusieurs reprises, l’archevêque Christodoulos lui-même, otage des groupes intégristes, avait déclaré que le moment n’était pas venu pour une visite papale». (apic/cip/fs/pr)




