L'Eglise catholique à Hong Kong est dans une situation particulière | © Philip Roeland/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0
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L'Eglise catholique à Hong Kong est dans une situation particulière | © Philip Roeland/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0

Hong-Kong: la délicate position de l’Eglise

12.08.2019 par Jean-Jacques Durré, cathobel

Alors que la grogne se poursuit à Hong-Kong à l’encontre du gouvernement pro-chinois, les évêques du lieu s’engagent aux côtés des manifestants tout en restant prudents. En cause: les relations sino-vaticanes. Tentative d’analyse.

Depuis 31 mars, l’île de Hong-Kong est la proie de manifestations anti-gouvernementales qui prennent de l’ampleur au fil du temps. A l’origine, les manifestants protestaient contre le projet de loi du gouvernement visant à faciliter les extraditions vers la Chine continentale. Pour rappel, Hong-Kong, ancienne colonie britannique, a été rendue à la Chine communiste en 1997 et possède un statut particulier auquel les Hongkongais sont attachés viscéralement. La péninsule jouit d’une large autonomie, régie par une loi fondamentale qui stipule que tous les résidents bénéficient de la liberté de conscience et de la liberté de religion. La pratique du culte est également libre, à la différence du reste de la Chine continentale. Cette liberté a ainsi permis une nomination aisée des évêques du diocèse de Hong Kong, et même de la remise de la barrette cardinalice à certains d’entre eux. Toutefois, le Saint-Siège a toujours observé une certaine prudence dans les nominations.

Prudence de l’Eglise

Il est indéniable que Pékin aimerait faire pleinement revenir Hong-Kong dans son giron. En effet, l’autonomie de l’île diminue progressivement et certaines libertés semblent remisent en cause. La politique des autorités communistes chinoises s’est également manifestée de façon tout à fait concrète en inaugurant fin 2018 un pont reliant l’île au continent. Tout un symbole!

Dans ce contexte tendu, les évêques catholiques de Hong-Kong se montrent particulièrement prudents, sans doute en raison de l’accord ‘provisoire’ signé en septembre dernier par le Saint-Siège et Pékin au sujet de la nomination des évêques en Chine. Les termes de cet accord sur la nomination des évêques en Chine sont restés confidentiels et la seule explication fournie par le pape François est que ces nominations feront l’objet d’un dialogue entre les deux parties. Toutefois, au vu de la situation particulière de Hong Kong et de sa large autonomie, il est difficile de savoir si l’île est concernée par l’accord dont l’étendue n’est pas connue. Le Vatican a toutefois annoncé qu’il était signé avec la République populaire de Chine, ce qui en théorie comprend Hong-Kong, qui en est une région administrative spéciale.

Soutien moral et appel au dialogue

La situation s’est aussi compliquée avec le décès inopiné de Mgr Michael Yeung, évêque de Hong-Kong le 3 janvier dernier, dix-huit mois seulement après avoir été nommé à la tête du diocèse. Cette disparition a constitué un premier défi pour les autorités religieuses dans le cadre de l’accord provisoire. Qui nommer, sans que cela apparaisse comme une provocation aux yeux du gouvernement de Pékin, lequel pourrait remettre en cause le fragile accord?

A la suite du décès de Mgr Yeung, le diocèse de Hong-Kong compte aujourd’hui un évêque auxiliaire, Mgr Joseph Ha et les deux évêques émérites, les cardinaux Joseph Zen et John Tong. Compte tenu de cette situation, Rome temporise et a nommé le cardinal Tong administrateur du diocèse, jusqu’à la nomination du nouvel évêque, selon l’agence Ucanews. En effet, pas question de désigner le cardinal Zen, évêque émérite du diocèse: il est farouchement opposé à tout compromis avec la Chine communiste et a ouvertement attaqué le pape François sur cet accord provisoire qui, à ses yeux, “pourrait mener à l’anéantissement de la vraie Eglise chinoise”,selon les termes d’une tribune publiée dans The New York Times, en octobre dernier. Pour le prélat, le pape doit rompre cet accord.

Un chant catholique comme hymne de ralliement

Dès le début des manifestations contre le gouvernement hongkongais pro-chinois, les Eglises chrétiennes de l’île se sont impliquées dans la rébellion. Hong-Kong compte 7,4 millions d’habitants, dont un peu plus de 5% sont catholiques (quelque 400’000 personnes) et environ autant protestantes – pour plus de quatre fois plus de bouddhistes et de taoïstes (2 millions). Or, selon des agences de presse, plusieurs figures du mouvement revendiquent leur foi catholique. Certains observateurs en veulent pour preuve que le chant de messe “Chante Alléluia au Seigneur” est apparu assez rapidement des les premières confrontations avec les forces de l’ordre. Du coup, les Eglises chrétiennes, et notamment la catholique, se sont retrouvées impliquées dans la crise politique. Si elles apportent leur “soutien moral” aux manifestants, elles temporisent pour éviter tout motif qu’invoquerait Pékin pour accuser l’Eglise d’être à la tête de ce que la Chine appelle une insurrection.“La plupart des gens qui le chantent ne font pas vraiment attention aux paroles. Ils aiment bien la mélodie”, minimise un jeune pasteur.

Tout au long de la contestation, des stands de veillées de prière et des chapelles de campagne sont apparus à proximité des points chauds. L’évêque auxiliaire de Hongkong, Mgr Joseph Ha, a participé activement aux veillées de prières œcuméniques face au Parlement de Hong-Kong.

Jouir de la paix et de la tranquillité

Dans ce contexte empreint d’incertitudes quant à l’issue des protestations populaires, l’Eglise reste donc très prudentes. De passage à Rome, le cardinal Tong, administrateur apostolique du diocèse de Hong-Kong, a déclaré à Vatican News que la violence ne doit pas faire partie de l’action civile : “Nous sommes pour le respect de la liberté des individus. Donc si des Hongkongais sortent dans les rues manifester, leur opinion a le devoir d’être respectée. Néanmoins, si certains usent et abusent de la violence, blessent autrui, alors non, nous nous y opposons” et d’insister: “les violences contre la police ou contre les autorités ne doivent pas être tolérées; nous avons besoin de stabilité et d’un certain ordre de la société”.

Le cardinal a demandé aux catholiques de prier pour Hong-Kong et a appelé au respect mutuel et au dialogue entre le gouvernement et les manifestants, avec un seul objectif: que les habitants “puissent jouir de la paix et de la tranquillité”. (cath.ch/cathobel/jjd/mp)

 


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