International

Ignace Ephrem II: en raison du terrorisme, la présence chrétienne est menacée en Syrie

Moscou, 12.11.2015 (cath.ch-apic) En raison de l’expansion du terrorisme et de l’extrémisme «apportés dans notre pays depuis l’extérieur», la présence chrétienne au Moyen-Orient est «particulièrement menacée». Ce cri d’alarme a été lancé par le patriarche Ignace Ephrem II, chef de l’Eglise syriaque orthodoxe, lors de sa rencontre avec le patriarche Cyrille de Moscou, le 10 novembre 2015.

Au cours de cette rencontre à la résidence patriarcale du monastère Saint-Daniel de Moscou, le patriarche Ignace Ephrem II a souligné que ce n’était pas la première fois que des responsables de son Eglise s’adressaient à l’Eglise orthodoxe russe «dans des temps difficiles». Le patriarche syro-jacobite a rappelé le centenaire, cette année, du génocide de la population chrétienne de l’Empire ottoman.

Moscou, solidaire des chrétiens du Moyen-Orient

«Il y a cent ans, de nombreux représentants de notre communauté syro-jacobite sont venus chercher le salut en Russie, fuyant la terreur et les meurtres visant les chrétiens», a-t-il déclaré, en remerciant Moscou pour sa solidarité avec les chrétiens du Moyen-Orient. «(…) En ces temps difficiles, vous luttez avec nous épaule contre épaule. Nous sommes reconnaissants des fermes déclarations que vous publiez en notre faveur. (…) Nous vous sommes aussi reconnaissants de l’aide humanitaire que l’Eglise orthodoxe russe accorde à notre peuple».

Le patriarche Ignace Ephrem II a également mentionné les opérations militaires de la Russie en Syrie. «Nous voulons vous assurer que la plus grande partie du peuple syrien, de même que la plus grande partie du peuple irakien, vous sont reconnaissantes (…) de cette aide», a déclaré le chef de l’Eglise syriaque orthodoxe, soulignant que c’était la population civile de ces pays qui souffrait, «les chrétiens comme les musulmans».

Refus de soutenir «la soi-disant révolution»

«En ce qui concerne les chrétiens, a poursuivi le patriarche syro-jacobite, ils sont l’objet de persécutions non seulement parce qu’ils ont refusé de soutenir la soi-disant révolution, de s’allier à l’opposition, mais aussi tout simplement parce qu’ils sont chrétiens et restent fidèles à leur foi. Des dizaines d’églises et de monastères antiques, remontant aux IV-Ve siècles, ont été détruits. Des milliers de personnes ont été tuées», a-t-il poursuivi.

Le patriarche Mar Ignace Ephrem II a récemment visité l’antique ville de Sadad, mentionnée dans l’Ancien Testament. Une communauté syro-orthodoxe y réside, qui compte 50’000 personnes. En octobre 2013, le Front al-Nosra, également dénommé Jabhat al-Nosra, a attaqué cette ville et 48 personnes ont été tuées. Les forces armées syriennes ont libéré la ville, et les gens sont revenus. Cependant, Daech, l’Etat islamique, s’est emparé d’un petit village proche de Sadad et y a détruit le monastère Saint-Elie.

«Plus de 40% des chrétiens ont quitté la Syrie»

«Nous avons pu emmener les personnes âgées, les femmes et les enfants; les jeunes sont restés dans la ville pour la défendre, a expliqué le chef de l’Eglise syro-jacobite. Grâce à Dieu, ces jeunes gens sont soutenus par d’autres communautés de toute la Syrie, y compris par des communautés chrétiennes, et ils ont pu refouler l’attaque de ‘l’Etat islamique’. Il me semble que la ville a été sauvée principalement parce que les gens commencent à espérer grâce aux opérations militaires de la Russie en Syrie. Avec votre soutien, les gens ont reçu une nouvelle impulsion, ils se sont remis à espérer qu’on pourrait vaincre la violence, le terrorisme, l’extrémisme. Nous observons la même chose dans toute la Syrie!», a-t-il ajouté.

Abordant le problème des réfugiés fuyant les différentes régions en conflit, il relève qu’une grande partie d’entre eux sont membres de communautés chrétiennes persécutées. «Selon nos évaluations, plus de 40% des chrétiens ont quitté la Syrie. (…) Beaucoup de nos frères et sœurs commencent à perdre espoir. Ils se posent la question: avons-nous un avenir, pouvons-nous rester sur la terre de nos ancêtres, où ils ont vécu des milliers d’années avant la naissance du christianisme, y demeurant lorsque le christianisme, puis l’islam sont apparus ?»

En Irak, 150’000 chrétiens privés de leurs maisons

Le patriarche syro-jacobite a également mentionné le sort des chrétiens d’Irak: «Dans la vallée de Ninive, en un clin d’œil 150’000 personnes ont été privées de leurs maisons. Ils vivent aujourd’hui dans des camps de réfugiés dans la partie kurde du pays. Ils attendent depuis un an et demi l’aide promise par l’Occident, mais cette aide n’est toujours pas arrivée».

«Lorsqu’il s’agit de gens qui n’ont ni pétrole, ni ressources naturelles, il apparaît que leur sort n’intéresse pas ces pays, ces grandes puissances. Pourtant, nous sommes aussi des hommes, a dit le patriarche Mar Ignace Ephrem II. C’est pourquoi nous estimons la position de la Russie et de l’Eglise orthodoxe russe. Cela nous permet d’espérer pouvoir vivre en paix et en sécurité sur la terre de nos ancêtres».

La pire des persécutions

Le patriarche Cyrille a rappelé que chaque fois qu’un danger menaçait les chrétiens d’Orient, la Russie s’était fait un devoir de leur venir en aide. Il a souligné qu’aujourd’hui, les communautés chrétiennes du Moyen-Orient traversaient une époque très difficile. «Ces souffrances sont comparables à celles des premiers chrétiens, qui ont été persécutés par le pouvoir païen des Romains. Mais il y a une différence: les Romains ne détruisaient ni les maisons, ni les villages, tandis que les ennemis actuels du christianisme démolissent les maisons et des villages entiers. Ils chassent des milliers et des milliers de chrétiens des lieux où ils ont toujours vécu».

Le chef de l’Eglise orthodoxe russe a redit son «extrême inquiétude» au sujet du sort des métropolites d’Alep Paul Yazigi et Youhanna Ibrahim, enlevés en Syrie par des djihadistes le 22 avril 2013, alors qu’ils se dirigeaient vers la frontière turque pour obtenir la libération de deux prêtres enlevés en février 2013. «Depuis plus de deux ans, on est sans nouvelles de ces deux hiérarques chrétiens, on ne possède sur eux aucune information sûre, on ignore même s’ils sont vivants ou non», a déploré le patriarche Cyrille.

Le Synode de l’Eglise orthodoxe russe a publié à plusieurs reprises des déclarations sur la situation des chrétiens au Proche Orient. Le patriarche de Moscou ne manque pas d’en parler lors de ses rencontres avec les chefs d’Etat et les responsables des organisations internationales, notamment avec les autorités de la Fédération de Russie. L’Eglise orthodoxe russe travaille en permanence sur ce thème avec le ministère des Affaires étrangères russe.

La communauté internationale se mobilise enfin

En mars 2015, à l’initiative de la Russie, du Vatican et du Liban, dans le cadre de la XXVIIIe session du Conseil aux droits de l’homme de l’ONU, une déclaration de «Soutien des droits des chrétiens et des autres communautés, en particulier au Moyen-Orient», a été adoptée.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, peut-on lire sur le site internet du Patriarcat de Moscou, «c’était la première fois que le communauté internationale reconnaissait l’existence du problème. Jusque-là, pendant quatre ans, il ne se passait rien et pratiquement personne ne parlait des souffrances des chrétiens. Nous savons que la communauté internationale réagit très vite et prend des résolutions ou adopte des déclarations très fermes sur d’autres cas de discrimination, mais rien de ce genre n’a été fait pour la défense des chrétiens du Moyen-Orient. Nous espérons qu’aujourd’hui, grâce à l’activité de la Russie pour la lutte contre le terrorisme international, des changements positifs interviendront!» (apic/mospat/be)

Le patriarche Cyrille de Moscou et le patriarche Ignace Ephrem II, chef de l'Eglise syriaque orthodoxe
12 novembre 2015 | 15:33
par Jacques Berset
Cyrille (33), Ignace Ephrem II (3), Moscou (93), Syrie (395)
Partagez!