Le pape ne renonce par à redire que la paix est la seule voie

Irak: Le sort de l’humanité menacé par la guerre en Irak, affirme Jean Paul II

Rome/Bagdad, 23 mars 2003 (Apic) Le sort de l’humanité est menacé par la guerre en Irak, a affirmé samedi Jean Paul II, qui avait mis tout son poids dans la balance pour éviter la guerre voulue par le président George W. Bush et son allié Anthony Blair. Recevant au Vatican les journalistes de la télévision italienne «Telepace», le pape a lancé un nouvel appel urgent pour la paix.

Alors que les combats s’intensifient en Irak, de nombreuses voix se sont élevées au sein de l’Eglise catholique pour appeler à l’arrêt rapide des attaques et à la reprise du dialogue. «Quand la guerre, comme ces derniers jours en Irak, menace le sort de l’humanité, il est encore plus urgent de proclamer, d’une voix forte et déterminée, que la paix est la seule voie pour construire une société plus juste et solidaire», a lancé Jean Paul II d’une voix claire et forte.

Plusieurs dizaines de collaborateurs de la télévision catholique italienne «Telepace» étaient présents dans la salle Clémentine du Vatican. Ils fêtaient le 25ème anniversaire de la fondation de «Radio Pace» ­ devenue plus tard une télévision. Créée dans «un climat préoccupant» de violence et de terrorisme, cette institution a toujours eu comme vocation de «donner la voix à ceux qui n’en avaient pas», a précisé Jean Paul II.

La paix est un don de Dieu

Profitant du fait que «Telepace» transmet aujourd’hui sur tous les continents, le Souverain pontife a rappelé que «jamais la violence et les armes n’ont résolu les problèmes des hommes». «La paix est un don de Dieu ainsi qu’une conquête humble et constante des hommes». C’est la première fois que le pape intervenait personnellement depuis le début des attaques américaines en Irak, le 20 mars. Quelques heures après le début des bombardements, le porte-parole du Saint-Siège avait fait part de la «profonde tristesse» de Jean Paul II et de sa «déception» quant à l’interruption des négociations.

Egalement préoccupés par les conséquences de la guerre en Irak, les responsables chrétiens de Bagdad et du monde entier interviennent chaque jour pour demander l’arrêt rapide des combats. Sur une population de 22 millions d’habitants, l’Irak compte près de 700’000 chrétiens, dont 80% de catholiques, en majorité de rite chaldéen.

Ruines et cris d’enfants

Interrogé par Radio Vatican le 22 mars, Mgr Emmanuel-Karim Delly, évêque auxiliaire émérite du patriarcat de Bagdad des chaldéens, a affirmé que les bombes de ces dernières heures sont tombées à près de 100 mètres du siège de l’Eglise chaldéenne. «Nous espérons que cela ne durera pas longtemps, car sinon, les conséquences seront encore plus grandes», a-t-il déclaré en soulignant notamment le manque de nourriture et d’eau. «Il y a tant de ruines, tant de cris de personnes, d’enfants. Ceux qui ont un coeur aussi dur devraient avoir au moins un coeur plus paternel», a lancé le prélat.

Les bombes américano-britanniques ont provoqué de légers dommages au siège du Patriarcat chaldéen au centre de Bagdad. Selon la Caritas locale, des centaines de familles, terrorisées par les vagues de missiles qui s’abattent sur la capitale irakienne et les cris stridents des sirènes, ont quitté leurs maisons pour chercher refuge dans des écoles où l’organisation catholique leur fournit assistance alimentaire et médicale.

La veille, il s’était retrouvé avec tous les évêques catholiques présents en Irak pour faire le chemin de croix et prier pour la paix. Parmi les prélats se trouvaient notamment le nonce apostolique en Irak, Mgr Fernando Filoni, ainsi que l’actuel évêque auxiliaire du patriarcat catholique de Bagdad, Mgr Shlemon Warduni.

Ce dernier en a profité pour demander aux parties engagées dans le conflit, «au nom de tout le peuple irakien», de «faire cesser la guerre». «Nous voulons la paix et seulement la paix!», a-t-il lancé. Vendredi 21 mars, les évêques des différents Eglises chrétiennes d’Irak ont participé dans la cathédrale chaldéenne de Saint-Joseph, en présence de la statue de la Vierge pèlerine «Reine de la Paix» venue de France, à la consécration solennelle de l’Irak à la Vierge Marie.

Selon l’organisation «MARY FOR PEACE», de nombreux prêtres et religieux étaient présents lors du couronnement de la Vierge, dont les Pères dominicains, les petites soeurs de Mère Teresa, les soeurs dominicaines, des fidèles et quelques musulmans. La statue «pèlerine» de la Vierge Marie «Reine de la Paix» continuera ces prochains jours son tour des églises de Bagdad, «invitant à la prière, à la confiance et à l’espérance, malgré les conflits des hommes.»

L’évêque chaldéen catholique de Bagdad légèrement blessé dans le bombardement

Mgr Emmanuel-Karim Delly a été légèrement blessé vendredi soir dans le bombardement de la capitale irakienne, annonce l’agence missionnaire MISNA, en se basant sur des sources de la Caritas.

Agé de 75 ans, Mgr Delly, jusqu’en octobre dernier évêque auxiliaire du Patriarche chaldéen Raphaël Ier Bidawid, a subi de légères blessures dues à des éclats de verre projetés par les explosions des missiles au cours des attaques aériennes de vendredi soir, selon Hanno Schaefer, coordinateur du réseau de Caritas à Amman, en Jordanie. AS/JB

Encadré

Voix catholiques opposées à la guerre de Bush et Blair

Aux Etats-Unis, le cardinal Theodore Edgard McCarrick, archevêque de Washington, a souhaité que la guerre «soit conduite en accord avec les règles internationales» et que «tout soit fait pour chercher à conclure le conflit très rapidement». La Conférence épiscopale américaine a publié, le 19 mars, une déclaration condamnant la guerre engagée en Irak par le président George Bush.

’’Cette guerre que mène le président Bush est fausse», a dénoncé pour sa part le Très Révérend Thomas Shaw, évêque épiscopalien du Massachusetts, lors de la première manifestation interreligieuse pour la paix qui s’est tenue samedi à Boston. ’’Il projette tout le mal qui se trouve dans notre société vers quelqu’un d’autre.’’

En Angleterre, les responsables anglicans, catholiques, juifs et musulmans du pays ont signé une déclaration conjointe faisant part de leur désaccord avec le gouvernement de Tony Blair, proche allié des Américains dans le cadre du conflit irakien.

Les plus hauts responsables du Vatican sont unis dans la réprobation de la guerre et de la rhétorique martiale. Le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, a souligné dans une interview avec la télévision italienne que le nom de Dieu – manipulé tant par George W. Bush que par Saddam Hussein – ne devait en aucun être utilisé «pour justifier la violence». Il a qualifié cette utilisation de «triste». Il a relevé que d’après la conception catholique, une guerre préventive – un concept utilisé par Bush et Blair, ndr – ne peut jamais correspondre aux critères d’une «guerre juste». AS/JB

Encadré

L’évêque de Koweït contre la guerre

«Nous sommes attristés par ce que la population de l’Irak est contrainte à subir ces jours-ci, après des années d’embargo et de souffrances», a déclaré à l’agence MISNA Mgr Francis Adeodatus Micallef. Religieux carme d’origine maltaise, le vicaire apostolique de Koweït City, qui est à la tête d’une communauté uniquement composée d’expatriés, raconte qu’il a prié avec le pape et la communauté chrétienne avant le conflit. «Nous continuerons, dans l’espoir que cette guerre fasse le moins de victimes possible et que la paix et la stabilité soient rapidement rétablies», chef de l’Eglise catholique au Koweït depuis 21 ans.

«Les gens n’ont pas vraiment peur mais ils sont angoissés, raconte le prélat. Parmi les quelques personnes qui circulent, certaines ont des masques à gaz pendus au cou par crainte d’une attaque chimique. (.) Depuis qu’ont commencé les bombardements sur l’Irak, les gens restent chez eux, conscients que le danger n’est pas encore passé». Mgr Micallef dit suivre avec «appréhension et effroi» ce qui se passe plus au nord, par delà les immenses étendues de puits de pétrole et de gisements du Koweït. La communauté catholique de ce petit pays du Golfe, qui compte entre 80’000 et 150’000 croyants selon les sources, accueille les fidèles de nombreux rites orientaux, reflet de la Babel de langues et de nationalités qui peuplent le Koweït: catholiques de rite latin, syro-malabar (originaires de l’Inde), maronites du Liban), copte et arménien.

«Nous sommes une Eglise non locale, parce que les catholiques sont tous étrangers», commente le prélat. Sur près de 2,5 millions d’habitants, seuls 37% sont Arabes. Le reste provient du Pakistan, de l’Egypte, du Sri Lanka, de l’Inde, du Bangladesh, des Philippines, mais aussi des Etats Unis et d’Europe. De nombreuses Asiatiques ont trouvé du travail en tant que domestiques chez les riches Arabes vivant des recettes de l’or noir. A Ahmadi, à une soixantaine de kilomètres au sud de la capitale, se trouve depuis environ soixante ans une communauté carmélitaine, née pour assister les ouvriers irlandais qui travaillaient sur les sites pétrolifères. (apic/misna/imedia/bbc/be)

23 mars 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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