Jacques Nuoffer est à Rome pour le sommet sur la protection des mineurs | © Pierre Pistoletti
Suisse
Jacques Nuoffer est à Rome pour le sommet sur la protection des mineurs | © Pierre Pistoletti

Jacques Nuoffer: "Il faut inscrire la dénonciation obligatoire des abus dans le droit canon"

21.02.2019 par Pierre Pistoletti

Présent à Rome en marge du sommet sur la protection des mineurs, qui se tient du 21 au 24 février 2019, Jacques Nuoffer souhaite faire entendre un certain nombre de revendications concrètes. Rendre la dénonciation obligatoire en modifiant le droit canon de l’Eglise, par exemple. “Il ne faut pas s’attendre à un changement radical”, pondère néanmoins le fondateur de la principale association de victimes de prêtres pédophiles en Suisse romande. “Ce sommet est une étape”.

Quelles sont vos attentes quant à cette rencontre?
Jacques Nuoffer: Une véritable évolution de l’Eglise dans sa manière de traiter les abus sexuels. Le renvoi de l’état clérical du cardinal McCarrick est un signe positif en ce sens: les prélats ne sont plus inattaquables. Ceci dit, il faut être réaliste: tout ne va pas changer du jour au lendemain grâce à ce sommet. En Suisse, il a fallu un renouvellement d’évêques pour faire avancer les choses. Il en va sans doute de même à Rome. Il se peut que quelques prélats évoluent. Mais tant que les autorités ecclésiales actuelles restent en place, il ne faut pas s’attendre à un changement radical.

Le modèle suisse est à promouvoir auprès des conférences épiscopales du monde entier.

On reproche au pape un manque de mesures concrètes. Les mots, les prières et le jeûne qu’il préconise ne suffisent pas à lutter efficacement contre les abus sexuels dans l’Eglise. Concrètement, que faudrait-il faire?
Quand on parle de “tolérance zéro”, on pense aux abuseurs. Il faut étendre cette fermeté aux responsables d’Eglise qui les protègent. Pourquoi ne pas inscrire dans le code de droit canon l’obligation de dénoncer à la justice civile tout cas d’abus? On pourrait aussi développer la collaboration avec les victimes dans une optique de prévention et d’accompagnement adéquats. Sans oublier la réparation: promouvoir une réparation financière qui atteste concrètement de la responsabilité de l’Eglise. Il faut aussi s’interroger, dans certaines parties du monde, sur le statut social du prêtre. Si, comme dans certains pays d’Afrique, il reste sur un piédestal, les victimes auront beaucoup plus de mal à faire entendre leur voix.

En Suisse, une commission d’écoute et d’indemnisation des victimes a vu le jour en 2016. Est-ce un modèle à promouvoir dans d’autres pays?
Oui, clairement. En Suisse, victimes, évêques et responsables politiques ont mis en place une entité indépendante, la CECAR. C’est un modèle à promouvoir auprès des conférences épiscopales du monde entier. Il faudrait que chaque diocèse mette en place une commission réellement indépendante et neutre où chaque victime puisse être reçue, y compris celles qui ne veulent plus entendre parler de l’Eglise.

Vous représentez le Groupe SAPEC, association de victimes romandes, dans une entité plus large, présente à Rome, l’ONG Ending Clerical Abus (ECA). Quels sont, durant le sommet, vos moyens de pressions pour faire entendre vos idées?
Principalement les médias. Nous avons organisé différentes conférences de presse en marge du sommet. Nous avons également organisé des marches dans la ville. Les quatre prélats organisateurs ont reçu douze victimes, dont 6 membres de l’ONG ECA. Ceci dit, nous regrettons de ne pas avoir pu nous adresser aux gens qui, dans l’Eglise, ont le pouvoir de faire changer les choses. A commencer par le pape. (cath.ch/pp)


Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon | © Maurice Page

Le cardinal Barbarin a remis sa démission au pape François

Pour les catholiques pratiquants, parler des abus sexuels est une nécessité | © Pixabay

Vevey: Comment les baptisés vivent-ils la crise des abus sexuels?

Actualités ›