Dossier

La messe 'moderne' face à la messe 'de toujours' 1/2

13 septembre 2021 | 17:13
par Maurice Page
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Après la décision du pape François de restreindre la célébration de la messe selon le rite tridentin, les milieux traditionalistes ont vivement exprimé leur indignation. Mais en quoi la messe de saint Pie V serait-elle la ‘messe de toujours’ au détriment de celle de saint Paul VI?

En 1903, le pape Pie X souhaitait déjà que l’on puise le «véritable esprit» de la liturgie «à sa source première et indispensable: la participation active aux mystères sacro-saints et à la prière publique et solennelle de l’Église», rappelle le Père Olivier de Cagny, professeur de liturgie à Paris.

Cette notion de «participation active» exprime un des principaux objectifs du «Mouvement liturgique», terreau de la réforme de Vatican II dont l’objectif est que «tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques» 

La messe de la paroisse du Christ-Roi, à Bienne, diffusée en 2019 dans trois pays: Suisse, Belgique et Pays-Bas. | © Paroisse de Bienne

La participation active des fidèles

Pour le journaliste Nicolas Senèze, auteur de La crise intégriste, on a là un des nœuds du problème: «Il existe une différence essentielle entre les deux missels: «Le Missel de Trente prévoit la manière dont le prêtre doit dire «sa» messe, souligne un théologien. Celui de Vatican II, pour sa part, commence par ces mots: «Lorsque le peuple est rassemblé…» En d’autres termes : autrefois, les fidèles «assistaient» à la messe, aujourd’hui ils y «participent».

Messe face au peuple

La célébration face au peuple – déjà possible avec l’ancien missel – est évidemment étroitement liée à cette participation des fidèles. La présentation du missel de Paul VI précise: «Il convient, partout où c’est possible, que l’autel soit érigé à une distance du mur qui permette d’en faire aisément le tour et d’y célébrer face au peuple. On lui donnera l’emplacement qui en fera le centre où converge spontanément l’attention de toute l’assemblée des fidèles.»

Pour les traditionalistes, cette insistance sur la dimension communautaire et la participation active des fidèles aurait abouti à gommer la présence du sacrifice de la croix et l’adoration envers la présence réelle, qui seraient mieux exprimées dans la messe tridentine.

Buts et moyens de la réforme liturgique

Après avoir exprimé la nécessité de cette participation, le décret conciliaire Sacrosanctum Concilium explicitait en 1963 les buts et les moyens de la réforme. Si la liturgie «comporte une partie immuable, celle qui est d’institution divine», elle comporte aussi «des parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées» (21).

Messe pontificale de la Fraternité Saint-Pierre à Wigratzbad | capture d’écran Youtube

Le texte conciliaire pose trois principes pour la réforme. Le premier est la simplicité des rites. Ils «manifesteront une noble simplicité, seront d’une brièveté remarquable et éviteront les répétitions inutiles; ils seront adaptés à la capacité des fidèles et, en général, il n’y aura pas besoin de nombreuses explications pour les comprendre.» (34) Dans le même ordre d’idées, les paroles du prêtre seront prononcées clairement et à haute voix, pour qu’elle soient écoutées attentivement par tous. Par conséquent, pendant que le prêtre les prononce, il n´y aura pas d´autres prières ni d´autres chants, l´orgue et les autres instruments resteront silencieux.

Plus de place à la Bible

Le deuxième principe est la référence plus directe à la Bible reçue comme la Parole de Dieu. C’est pourquoi «on restaurera une lecture de la Sainte Écriture plus abondante, plus variée et mieux adaptée.» Dans le même élan, la prédication aura en premier lieu sa source dans la Bible.

Le troisième principe est le respect de l’Église pour les qualités des divers peuples. Elle ne désire pas «imposer la forme rigide d’un libellé unique: bien au contraire, elle cultive les qualités et les dons des divers peuples.» (37) Elle considère que si l’usage du latin doit être conservé l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple. (36)

Le document rappelle notamment que l’ambon est approprié pour l’homélie, moins «pour les commentaires, les avis, la direction du chant» | © catt.ch

Des années de travail

Forts de ces principes, les liturgistes mettront encore plusieurs années pour établir un nouveau missel. Lors de sa promulgation en 1969, le pape Paul VI peut dire: «Il ne faudrait pas croire, cependant, que cette révision du Missel romain a été improvisée: les progrès que la science liturgique a effectués dans les quatre derniers siècles lui ont, sans aucun doute, ouvert la voie.(…) L’étude «des vieux manuscrits» de la Bibliothèque vaticane et d’autres (…) a beaucoup servi à la révision du Missel romain, depuis lors les sources liturgiques les plus anciennes ont été découvertes et publiées, tandis que les formules liturgiques de l’Eglise orientale étaient mieux connues.»
Le Missel de Paul VI restaure également la concélébration par plusieurs prêtres, attestée dès l’Antiquité chrétienne et manifestant l’unité du sacerdoce. (cath.ch/mp)

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Mgr Alain de Raemy célébre la messe du Jeudi-Saint à l'église St-Jean, à Fribourg | © Maurice Page

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